L’annonce a fait l’effet d’une douche froide. Le 5 septembre, la société Vert marine en charge de la gestion de 90 piscines et patinoires publiques en France a annoncé publiquement la fermeture temporaire d’une trentaine de piscines sur le territoire national en raison de la hausse des prix de l’énergie. Sur le territoire de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), cette décision n’est pas sans conséquence puisqu’elle concerne trois centres aquatiques communautaires. C’est le cas de celui de Conflans-Sainte-Honorine. Le Mantois est également particulièrement affecté avec la fermeture des centres aquatiques Aqualude, à Mantes-la-Jolie, et Aquasport, à Mantes-la-Ville.

« Les hausses du coût de l’énergie que nous subissons tous ne nous permettent plus aujourd’hui de gérer les équipements de manière équilibrée économiquement et pérenne socialement et ainsi de mener à bien nos missions de service public. Si cette hausse était impactée sur le prix d’entrée dans les établissements, ces derniers seraient multipliés par trois. C’est impensable ! », expliquent, dans un communiqué, Thierry Chaix, président de la société Vert marine, et Jean-Pascal Gleizes, ­directeur général de l’entreprise.

Alors que la date de réouverture des trois centres aquatiques sur le territoire de GPSEO n’est actuellement toujours pas connue, les deux hommes appellent les politiques locales et gouvernementales à résoudre la situation. « Nous en appelons aux instances locales et gouvernementales afin de prendre les décisions nécessaires et inédites pour revenir à des coûts supportables pour répondre à cette crise urgente, déclarent-ils. Dès que des solutions permettront de retrouver des coûts d’exploitation rationnels, votre équipement rouvrira sans délai. »

Cette déclaration n’a évidemment pas manqué de faire réagir la présidente de la communauté urbaine et maire de Meulan-en-Yvelines, Cécile Zammit-Popescu (DVD). « Nous déplorons la méthode qui porte préjudice à l’ensemble des usagers, à savoir les clubs sportifs, les scolaires et bien sûr le grand public, affirme-t-elle dans un communiqué du 7 septembre. Une situation que nous comprenons d’autant moins que nous étions prêts, dès le mois de juillet dernier, à ouvrir le dialogue avec Vert marine sur la question de la sobriété énergétique. » Selon GPSEO, « 350 000 visiteurs » fréquentent chaque année les trois centres aquatiques communautaires impactés par la décision de Vert marine.

L’avis de la présidente de la communauté urbaine est, en tous cas, partagé par les maires des communes concernées par les fermetures. Comme le maire mantais, Raphaël Cognet (DVD), qui s’est dit « scandalisé », l’édile conflanais, Laurent Brosse (DVD), regrette, sur sa page Facebook, d’avoir été « mis devant le fait accompli ». L’édile mantevillois, Sami Damergy (SE), insiste, quant à lui, sur le caractère brutal et non anticipé de la décision de Vert marine. « Faire pression sur les collectivités sous prétexte de la crise énergétique, crise dont on parle depuis des mois, est ­irresponsable », poursuit-il.

« Non mais avec l’argent des autres c’est facile [de donner des leçons]. Mais moi, je fais comment ? J’ai une responsabilité sociale [envers mes employés] et je dois sauver l’entreprise. Je ne fais pas ces fermetures par gaîté de cœur », lâche Jean-Pascal Gleizes en rappelant que les fermetures des piscines concernent les centres aquatiques les plus « énergivores ».

« Nos citoyens qui subissent déjà de nombreuses difficultés liées à l’inflation n’ont pas à subir cela. Pour rappel, il a été confié à Vert marine une mission de service public », rétorque le maire de Mantes-la-Ville. Interrogés par La Gazette, plusieurs habitants des communes impactées par les fermetures se sont effectivement dits « choqués » d’apprendre la décision de Vert marine.

Selon Vert marine, les cours des personnes concernées par l’école de natation seront « rattrapés dès la réouverture [des centres aquatiques] ».

C’est le cas de Leila, une Mantevilloise de 11 ans scolarisée en classe de sixième. Alors que des cours de natation étaient prévus avec son collège, la jeune fille s’inquiète qu’ils n’aient finalement pas lieu. « C’est vraiment dommage. La piscine c’est vraiment bien. En plus, c’est important car cela permet d’apprendre la natation aux personnes qui ne savent pas nager. J’espère que cela va vite rouvrir », ­affirme-t-elle.

Le prélèvement mensuel des abonnés au mois de septembre fait également grincer des dents les habitants. « J’ai entendu dire qu’ils avaient prélevé le mois de septembre. Pour faire cela, ils sont forts mais, après pour assurer le service, il n’y a plus personne. En plus ils faisaient une offre de rentrée (le 31 août, Aqualude indiquait sur sa page Facebook que les frais d’adhésion étaient limités à 10 euros du 1er au 30 septembre, Ndlr). C’est n’importe quoi ! », s’exclame un Mantais de 34 ans, visiblement furieux.

Jean-Pascal Gleizes et Thierry Chaix affirment être conscients de l’inquiétude des nageurs. « Des mesures seront prises [une fois les centres aquatiques rouverts] afin de limiter les conséquences de notre action sur vos expériences sports-loisirs », écrivent-ils. Ces mesures ont été détaillées le 5 septembre sur la page Facebook d’Aqualude. « Pour nos abonnés Pass, les prélèvements seront suspendus dès le mois d’octobre si la situation n’était pas résolue d’ici-là, explique le communiqué. Le prélèvement du mois de septembre ayant déjà été effectué, le premier mois vous sera offert dès la réouverture de votre équipement. » Les détenteurs d’une carte permettant 10 entrées dans le centre aquatique verront « [la] durée de validité [de la carte] prolongée au prorata de la période de fermeture de l’équipement ». Les cours des personnes concernées par l’école de natation seront, eux, « rattrapés dès la ­réouverture [du centre aquatique] ».

Au-delà de la fermeture des piscines et en attendant leur réouverture, les élus se disent aussi inquiets de la hausse des prix de l’énergie pour tous les établissements publics. C’est pourquoi, Laurent Brosse, Sami Damergy et Raphaël Cognet ont, envoyé une lettre au ministre de l’Économie, Bruno Le Maire (Ensemble), pour créer un « bouclier tarifaire » sur le coût de l’énergie. Ce courrier est co-signé par Sonia Brau, maire de Saint-Cyr-l’Ecole et vice-présidente de Versailles Grand Parc, et François de Mazières, édile de Versailles et président de Versailles Grand Parc. La piscine Montbauron, à Versailles, est aussi concernée par une fermeture.

« Les Villes subissent également de plein fouet les hausses des tarifs de l’énergie sans aide particulière de l’État et ne sauront faire face, seules, à cette problématique, écrivent-ils. Tout nous conduit à penser que la volatilité des cours de l’énergie va se poursuivre et que ce sont l’ensemble de nos installations qui seront impactées à court terme. Mais bien qu’elles disposent de fortes capacités d’adaptation, les collectivités territoriales sont dans l’impossibilité de supporter seules l’impact de ces charges nouvelles. Il est donc indispensable que l’État soit présent à nos côtés pour nous permettre de surmonter cette difficulté et la réouverture de nos piscines […]. De façon plus structurelle, si nous voulons que nos équipements puissent continuer à fonctionner, il serait nécessaire qu’un système de bouclier tarifaire soit également mis en œuvre au profit des collectivités et des délégataires de services public évitant à certains producteurs d’électricité de réaliser des super profits au détriment des contribuables. »

Pour le président LR du Département, Pierre Bédier, l’impact de la hausse du coût de l’énergie doit effectivement être pris au sérieux par les collectivités. « Ce que je pense profondément c’est que nous, élus locaux, il va falloir interroger nos habitants, peut-être faire des référendums d’initiatives locales pour savoir ce qu’ils souhaitent. Est-ce qu’on augmente les impôts chaque année pour pouvoir financer des services ou est-ce qu’on arbitre ? Est-ce qu’il ne faut pas suspendre les activités des piscines l’hiver au moment où ça coûte le plus cher ? Il va falloir qu’on trouve des solutions. Moi je ne crois pas que la solution soit d’augmenter les impôts. Il faut faire un choix mais si on n’augmente pas les impôts, il faut dans ce cas-là, accepter une dégradation, je n’aime pas le mot mais je n’en ai pas d’autres, des ­services. »

Dans une lettre du 9 septembre à Vert marine, GPSEO a exigé la réouverture des centres aquatiques. « Par le présent courrier, je vous mets en demeure de réouvrir les établissements Aqualude, Aquasport et Conflans–Sainte-Honorine dans un délai de 5 jours calendaires à compter de la réception de la présente ». Reste désormais à savoir si cela sera entendu…

Des piscines déjà partiellement fermées cet été

Cet été a été particulièrement chaud dans les Yvelines. De ce fait, de nombreux habitants se sont rendus dans les piscines pour se rafraîchir. Or, comme le déplore un Mantais de 34 ans, il était impossible de se rendre, fin août à Aqualude.

« On est en été et on ne peut même pas se rafraîchir, lance-t-il. En plus, c’est pendant les vacances d’été que les enfants veulent aller à la piscine. » Sur sa page Facebook, le centre aquatique Aqualude a effectivement indiqué faire « la fermeture technique annuelle du 20 au 28 août inclus ». Cette fermeture était programmée du 29 août au 7 septembre inclus au centre aquatique de Conflans-Sainte-Honorine.

Aquasport a, lui, été fermé quelques jours en juillet. Le 15 juillet, la page Facebook du centre aquatique indiquait effectivement qu’une fermeture était prévue en raison des « conditions climatiques prévues le lundi 18 et le mardi 19 juillet 2022 et pour des raisons techniques ».

Mise à jour: Le 14 septembre, la présidente de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), Cécile Zammit-Popescu, a affirmé avoir, ce jour-même, une réunion avec l’entreprise Vert marine pour rouvrir rapidement les piscines. Selon 78Actu, à l’issue de cette réunion, il aurait été planifié pour le 17 septembre la réouverture de la piscine Aqualude, à Mantes-la-Jolie, et Aquasport, à Mantes-la-Ville. Celle de Conflans-Sainte-Honorine rouvrirait le 19 septembre.