Photo une : Mantes Actu

Fermetures de commerces, incendies à répétition, loyers trop importants, hausse des coûts de l’énergie et des matières premières, les commerces du centre-ville de Mantes-la-Jolie font grise mine. Avant la crise sanitaire, la situation n’était pas forcément très évidente pour des commerçants qui ont dû faire face à une concurrence commerciale accrue dans les villes voisines de Mantes-la-Jolie, mais le coup d’arrêt des deux années de crise Covid (malgré la vente en ligne), conjuguées à la crise énergétique et à l’inflation qui n’en finit pas de grimper, mettent véritablement à mal les petits commerces.

« Aujourd’hui, lorsque je me promène dans la ville, je vois bien que de nombreux commerces ferment, assure Jean-Luc Santini, élu LR d’opposition à Mantes-La-Jolie. Et nous voyons bien que la solution ne passera pas par l’ouverture de restaurants ou de bars qui, pour bon nombre, sont déjà à vendre sur leboncoin. Non, nous sentons clairement une inquiétude générale des commerçants qui se remettent difficilement des deux ans de Covid qu’ils viennent de traverser et qui dorénavant s’inquiètent pour leur avenir et pour certains veulent carrément arrêter. » Plus d’une vingtaine de commerces sont actuellement à vendre sur la plateforme en ligne. Depuis 2020, près d’une vingtaine de commerces a déjà baissé le rideau.

Alors pour l’élu d’opposition, la problématique est profonde. « La question des loyers est cruciale, affirme-t-il. Le m2 est beaucoup trop cher. Voilà quelques années, la municipalité a préempté un certain nombre de surfaces commerciales. Le parc immobilier est relativement important et a même suscité l’intérêt de la Caisse des dépôts. Nous aurions dû monter une Société d’économie mixte (SEM) à ce moment-là pour gérer, restructurer et commercialiser tout cela. Cela ne s’est pas fait. C’est d’autant plus regrettable qu’aujourd’hui le maire parle beaucoup mais il n’agit pas. L’équipe dédiée aux commerces est quasiment inexistante. Résultat, nous avons les surfaces mais pas la dynamique qui va avec ! »

Ex-adjointe au maire en charge du commerce, Carole Philippe fait le même constat et regrette que la Ville ait « laissé passer l’opportunité de monter une Société d’Économie Mixte (Sem) pour doper le commerce. Nous avions les investisseurs idoines pour le faire. Cela aurait permis de préempter, de restructurer et de commercialiser avec des professionnels. J’ai peur qu’aujourd’hui on ait du mal à trouver des investisseurs qui veuillent investir à Mantes-la-­Jolie ».

Depuis 2020, près d’une vingtaine de commerces a baissé le rideau.

Et Carole Philippe ne peut que déplorer cette situation « particulièrement inquiétante. Nous voyons que même des établissements réputés cherchent à vendre. C’est d’autant plus inquiétant qu’à Mantes-la-Jolie, tout est axé sur le centre-ville. Bien entendu, c’est un ensemble de paramètres qui rentrent en ligne de compte mais lorsque l’offre s’étiole, les clients hésitent à venir. »

Et, malheureusement, l’élue d’opposition ne voit pas aujourd’hui de motifs de se réjouir. « Nous avions monté un Office du commerce, dissocié de la municipalité, où chacun pouvait trouver de l’aide et des réponses concernant son commerce. Je constate aujourd’hui que c’est devenu une annexe administrative. Or, les commerçants ont besoin de réactivité, que l’on passe les voir, qu’on s’occupe d’eux. Le temps d’un commerce n’est pas celui d’une administration. » Une manageuse de centre-ville avait été recrutée et elle avait pour mission de faire venir de nouvelles enseignes pour diversifier l’offre commerciale et répondre aux attentes des clients.

L’épicerie exotique Colobanne a été la cible d’un incendie criminel le 2 novembre au matin. Crédits photo : Mantes Actu

En 2020, la municipalité avait également tenté de soutenir son commerce en lançant une campagne pour inciter à la consommation locale, le stationnement gratuit pendant 3 heures en souterrain le samedi, en exonérant des droits de terrasse pour 2020, et en créant un fonds de soutien aux commerces fermés pendant le confinement. Or visiblement, ces mesures n’ont pas été suffisantes pour enrayer le déclin du ­commerce du centre-ville.

Contacté par La Gazette, Arnaud Léonard, le président de l’association des commerçants Cœur de Mantes qui devait nous rappeler, n’a finalement pas donné suite à notre sollicitation. Idem du côté de la municipalité où, le maire, Raphaël Cognet (DVD), également contacté, n’a pas donné suite aux sollicitations de La ­Gazette en Yvelines. Étonnement, dimanche dernier, le maire ne manquait pas de se féliciter sur sa page Facebook de la réouverture du commerce La Terrine, liée selon lui « à notre stratégie en faveur de la diversité des commerces pour la Ville de Mantes-la-Jolie […] » Hasard du calendrier ? D’autant que dans le même temps, le maire n’hésite pas à voter en faveur de projets de développement d’enseignes nationales dans la périphérie, à l’exemple de ce qui se passe à Buchelay. D’aucuns diront qu’il s’agit là d’un positionnement pour le moins contradictoire qui ne colle pas avec une stratégie de sauvegarde du commerce de proximité.

Une série d’incendies au Val-Fourré

Hasard ou malveillance ? La question mérite d’être posée quand en à peine trois mois, ce sont déjà trois commerces qui sont partis en fumée. Après le magasin Sharuka le 11 août 2022 et le Palais d’Istanbul le 30 septembre dernier, un nouveau commerce de la dalle du Val-Fourré a été la cible d’un incendie criminel le 2 novembre au matin. Des individus ont forcé le rideau métallique de l’épicerie exotique « Colobanne », et malgré l’intervention du gérant de la boulangerie d’à côté avec ses extincteurs, l’épicerie a en partie brûlé. Car les mêmes individus sont revenus mettre le feu quelques minutes plus tard. Les dégâts sont concentrés sur l’entrée du magasin mais finalement l’enseigne n’a pas entièrement été ravagée. Une enquête pour incendie volontaire est en cours.

Toujours sur la dalle du Val-Fourré, l’épicerie exotique Sharuka et le bar Chez Mehmet avaient donc également été victimes d’un incendie quelques semaines plus tôt. De nombreux sapeurs-pompiers avaient dû être mobilisés pour venir à bout de cet incendie. Une enquête a aussi été ouverte pour déterminer les circonstances de l’incendie. Le Palais d’Istanbul, lui aussi situé au Val-Fourré, avait été touché par un incendie. Et cette fois-ci, la piste d’un incendie criminel a immédiatement été privilégiée par les enquêteurs. « Selon les premières constatations, le feu a été allumé contre la façade arrière du bâtiment, cachée de la route, avant de gagner l’intérieur et de tout ravager », relatait alors un article de 78actu. Fort ­heureusement, à chaque fois, aucune victime n’a été à déplorer.

Cela interroge vivement d’autant que la dynamique commerciale est plutôt bonne dans ce quartier de la ville de Mantes-la-Jolie. Le marché est réputé dans toute l’Île-de-France et les habitants ont vraiment l’habitude de faire leurs courses à proximité. Alors que se passe-t-il ? « Concernant les incendies, c’est à la police nationale de savoir ce qui se passe exactement. En revanche, trois incendies en trois mois, cela fait bien longtemps que l’on n’avait pas connu cela, assure Jean-Luc Santini, élu LR d’opposition à Mantes-La-Jolie. Le commerce au Val-Fourré ne se porte pas trop mal à vrai dire. »