D’ici fin 2025, les emblématiques cheminées de la Centrale à fioul de Porcheville auront disparu du paysage. Mise à l’arrêt définitif en 2017 après quasiment 60 ans de bons et loyaux services, l’usine de production d’Électricité de France (EDF) fait l’objet depuis lors d’une déconstruction complète avant la réhabilitation intégrale du site qui conservera une vocation industrielle. Un processus qui demande entre 10 et 20 ans par site.

C’est ici qu’entre en jeu une unité spéciale de l’électricien français, le Centre de post exploitation, expert de la réhabilitation du patrimoine thermique d’EDF avec à sa tête, Philippe Astié, le directeur du centre. Car, non seulement EDF ne prend visiblement pas à la légère la réhabilitation de ses sites mais ne s’en sépare pas dans la grande majorité des cas. Basé à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), le Centre Post Exploitation et ses 61 salariés intervient sur 32 sites en réhabilitation répartis dans six régions en France. « EDF ne souhaite pas laisser des friches industrielles et fait tout pour donner une deuxième vie à son foncier, explique Philippe Astié. Cela ne représente pas moins de 1 800 hectares. En comparaison, le site de Porcheville fait 117 hectares. Le foncier est rare et cher et EDF ne souhaite pas artificialiser d’autres sols. Nous avons besoin de ce patrimoine pour les moyens de production futurs mais il faut d’abord ­commencer par réhabiliter. »

Philippe Astié et l’un des membres de son équipe du Centre Post Exploitation devant un des quatre condensateurs entièrement vidé de ses centaines de tuyaux de laiton.

Alors, depuis 2017, les équipes du CPE sont à l’œuvre sur le site de la centrale de Porcheville. Mise en sécurité du site, diagnostics, nettoyages, vidanges, tris, « nous récupérons tout ce qui peut être valorisé ou réutilisé, précise le directeur. Il faut savoir que 96 % des déchets des sites que nous réhabilitons sont recyclés. C’est le cas notamment des D3E (Déchets d’équipements électriques et électroniques comme les cartes électroniques, les câbles, les connecteurs, etc., Ndlr). C’est également le cas des tuyaux de laiton des condensateurs dont nous récupérons une part de la revente à la tonne. Enfin, plus tard, nous trierons également les ferrailles et les bétons. Ces derniers serviront d’ailleurs en partie à combler les trous pour rendre les sols de nouveau utilisables. »

Avant cela, si les sols sont pollués, si certains bâtiments contiennent encore de l’amiante « nous procédons au désamiantage. Pour les sols pollués, nous mettons en place des bio-tertres avec des bactéries et nous attendons qu’elles fassent le travail jusqu’à ce que le sol soit correctement dépollué. Mais nos terrains sont en général très peu pollués », assure Philippe Astié.

Après avoir mis à nu les alentours de l’unité de production en dégageant les casemates, les transformateurs et tout ce qui pouvait gêner la suite du travail, la réhabilitation du site de la centrale de Porcheville va désormais entrer dans la phase de déconstruction. Et cela va commencer par les cheminées, de 220 m de haut. « Elles font parties des plus hautes de France, signale Philippe Astié. Et si nous débutons par les cheminées c’est aussi en raison du potentiel danger qu’elles représentent. À partir du moment où elles ne sont plus en activité, elle se fragilisent rapidement. »

Des tonnes de tuyaux de laiton sont enlevées des condensateurs pour ensuite être boyés et recyclés.

Pour cela, le Centre post exploitation lance un appel d’offres pour utiliser les services d’une entreprise spécialisée. « Nous ne pouvons pas tout faire en interne. Une fois l’entreprise sélectionnée, nous saurons s’il est préférable de procéder par grignotage ou de faire tomber les cheminées. L’avantage ici à Porcheville, c’est que nous avons de la place. » Une fois les cheminées à terre et évacuées, la phase suivante concernera la déconstruction en elle-même de l’usine de production. Ce grand bâtiment de béton et de ferrailles, parcouru de tuyaux, pompes, condensateurs paraît désormais bien vide et silencieux quand on sait qu’il a pu accueillir jusqu’à 250 personnes. « Il y a une âme ici », remarque avec nostalgie un ancien de l’équipe lors de la visite de La Gazette sur le site. Une déconstruction du site qui ne demandera pas moins de six ans entre les études, la préparation de la déconstruction des blocs usines, et la phase ­opérationnelle.

Le site de Porcheville pourra alors entamer « sa deuxième vie industrielle, explique Philippe Astié. Rien n’est encore décidé mais plusieurs possibilités s’offrent à nous. Nous pouvons installer des panneaux photovoltaïques comme cela se fait déjà sur différents sites en France. Cela a l’avantage d’être facilement réversible. Si les besoins évoluent, le site redevient rapidement disponible car c’est bien moins lourd à déconstruire. » Et de poursuivre : « Nous pouvons aussi envisager de mettre en place une production hybride avec le cycle combiné gaz. Cette solution a l’intérêt d’avoir des rendements beaucoup plus élevés qu’une simple turbine à vapeur. La turbine à combustion entraine directement l’alternateur. Les gaz de sortie sont récupérés et sont redirigés vers une chaudière. L’eau ainsi chauffée produit de la vapeur qui entraine une deuxième turbine. Résultat, le rendement monte ainsi à 60 % », se f­élicite Philippe Astié.

L’avenir du site de la centrale de Porcheville est donc assuré. Quelle que soit la solution retenue, il conservera sa vocation industrielle.

Le calendrier prévisionnel de réhabilitation
de la Centrale de Porcheville

2023 : appel d’offres pour la déconstruction des cheminées
2024/2025 : déconstruction des cheminées
2026/2029 : études et préparation de la déconstruction des blocs usines
2030/2032 : déconstruction des blocs usine
2032/3035 : réhabilitation des sols (cette phase permettra de rendre le terrain apte à un nouvel usage industriel).
2035 : restitution du site

Les grandes dates de Porcheville

1958 : ouverture de la centrale à charbon
1968 : ouverture de la centrale à fioul
1986 : arrêt de la centrale à charbon
2015 : la centrale est classé site Seveso
2017 : la production d’électricité est totalement arrêtée