Le mardi 20 décembre à quelques jours des fêtes, le conseil municipal d’Aubergenville se réunissait pour la dernière fois de l’année, suite au report de la séance du 14 décembre, faute de quorum. Un conseil en apparence comme les autres, jusqu’à la mention d’un sujet qui a fait réagir l’opposition, incarnée par Philippe Gommard (LO) et Véronique Wernlé-Liorzou.

La municipalité a en effet acté, avec 25 voix pour et 2 voix contre, la modification de la composition des repas dans les cantines des établissements scolaires de la ville, avec la suppression pure et simple des entrées. Les repas, jusqu’alors composés de 5 plats, n’en comporteront plus que 4, avec le plat protidique, sa garniture, un produit laitier et un dessert.

Une décision qui a de quoi interroger de prime abord, mais qui a été mûrement réfléchie et débattue en amont par la municipalité et les parents d’élèves, sur fond d’augmentation des tarifs municipaux, et donc de la restauration scolaire. « Nous avons rencontré les représentants des parents d’élèves, qui étaient embêtés par l’augmentation des prix de la cantine, se souvient Gilles Lécole, maire LR d’Aubergenville. Nous avons alors proposé d’absorber le coût supplémentaire pour les familles en supprimant une composante des repas », en l’occurrence, l’entrée.

Le débat a accouché d’un vote entre les représentants des parents d’élèves des différents établissements, à l’issue duquel « la grande majorité a demandé à ce qu’on supprime l’entrée comme composante pour absorber l’augmentation du coût, souligne l’édile. C’était un exercice de démocratie participative ». Ainsi, le prix du repas pour un élève (intra-muros) en école maternelle passe de 3,90 euros à 3,73 euros, et de 3,97 euros à 3,80 euros en école primaire.

Une décision « scandaleuse » selon Philippe Gommard. « C’est inacceptable que l’alimentation des enfants fasse les frais de la spéculation des grands groupes de l’agro-alimentaire et de l’énergie. Les parents ont eu le choix entre supprimer un élément du repas, ou augmenter la prestation, ce qui n’est pas possible pour eux avec tous les prix qui augmentent. Même si on leur a demandé leur préférence, je ne pense pas que ce soit un véritable choix. C’est comme choisir entre la peste ou le choléra » déclare le conseiller municipal d’opposition.

Pour justifier cette décision, la Ville souligne une autre problématique grandissante : celle du gâchis alimentaire.

Pour justifier cette décision, la Ville souligne une autre problématique grandissante : celle du gâchis alimentaire. « Les professionnels nous alertent au sujet d’un gaspillage énorme dans les cantines, assure Gilles Lécole. Les enfants ne mangent plus d’entrées. Même les familles admettent qu’à la maison, ce n’est plus une habitude. Les élus d’opposition ne voient pas comment cela se passe dans une cantine, ils ne voient pas tous les repas qui nous restent sur les bras ! Bien que ces restes soient récupérés par une association, qui les distribue aux personnes dans le besoin ». À en croire une étude publiée par Kantar en 2017, il semblerait bien que les habitudes alimentaires des Français aient changé. En effet, l’institut de sondage soulignait une baisse de 10,2 millions d’entrées consommées par semaine lors des repas des Français, entre 2014 et 2017.

De son côté, Philippe Gommard juge « fallacieux » l’argument du gaspillage alimentaire. « Il existe, mais il faut se donner les moyens pour que les enfants goûtent à tout, affirme-t-il. L’école devrait jouer un rôle d’éducateur en la matière. L’augmentation des prix est un prétexte. Aujourd’hui, on supprime l’entrée. Mais si demain les prix augmentent encore, qu’est-ce qu’on va encore supprimer dans leur repas ? Pourquoi il n’y a pas de personnel qualifié pour les inciter, et leur donner envie de tout goûter ? Ils n’ont clairement pas fait ce choix ».

Une proposition « irréaliste » pour le maire d’Aubergenville, qui rappelle que « les premiers éducateurs, ce sont les parents. Quand on a un enfant qui n’aime pas quelque chose, on peut toujours essayer ! On encadre les enfants, mais on ne peut pas avoir un adulte qui reste derrière chacun d’entre eux pour qu’ils goûtent leurs salsifis ».

La suppression des entrées pose également la question de l’équilibre des repas. Comme le souligne Philippe Gommard, le repas de la cantine « est, pour beaucoup d’enfants de milieu populaire, le seul repas équilibré de la journée ». Gilles Lécole se veut rassurant, et précise que des « commissions de restauration » se tiennent plusieurs fois par an pour échanger autour de l’alimentation des élèves. « On se réunit avec le prestataire Ekilibre, l’adjointe aux affaires scolaires Marie-Christine Lozach-Paiola, mais aussi des représentants de parents d’élèves, une diététicienne et même le conseil municipal des enfants. Si on laisse uniquement la parole à ces derniers, il y aurait frites et burgers à la cantine tous les jours. Mais une diététicienne veille à l’équilibre. On lui a confié pour mission de prendre en considération la modification de la composition des repas ».

Si elle est loin de faire l’unanimité, cette mesure, effective depuis le 1er janvier, était nécessaire selon le maire de la Ville, pour « réduire le gaspillage » et « maîtriser » les coûts pour les familles. Elle témoigne surtout de l’impact de l’inflation sur leur quotidien, et ce jusque dans le réfectoire scolaire.