« Le meilleur des médicaments » : l’importance des réunions des Alcooliques Anonymes

Depuis le début du mois de janvier, les Alcooliques Anonymes ont lancé une campagne de prévention dans le cadre de Dry January, ou Mois sans alcool. Pour mieux comprendre le fléau qu’est l’alcool, ils ont accepté notre présence lors d’une de leur réunion.

* Tous les prénoms ont été ­changés.

« Chez nous, Dry January c’est tous les jours ». Les Alcooliques Anonymes (AA), connus pour leurs groupes de soutien, ont accepté de nous ouvrir leurs portes le 7 janvier. « Ce n’est pas évident mais cela fait partie de nos traditions : transmettre nos paroles pour aider ceux qui en ont besoin » explique Laurent*. Nous voilà donc dans une salle paroissiale de Sartrouville, cependant, le lieu importe guère puisque toutes les réunions se déroulent de la même manière. « Ainsi, chaque alcoolique peut se sentir chez lui partout » souligne Clarisse. L’ambiance conviviale, les petits paquets de bonbons, le tutoiement et l’absence de jugement participant également à l’atmosphère de franche camaraderie.

Nous serons donc cinq ce soir et cette première séance de l’année revêt une importance particulière car elle se déroule juste après les fêtes, période où la tentation est très forte. « Pour une fois, je n’ai pas ressenti l’envie de boire » se félicite Florence. Tout le contraire de Michel. Pour lui, les réveillons de Noël et de la Saint-Sylvestre sont sa hantise et le lieu d’un questionnement fort : « Pourquoi je ne suis pas comme les autres, pourquoi je n’arrive pas à m’arrêter après un verre ? » C’est malheureusement la pénitence des AA et aussi la première des douze étapes afin de devenir et/ou de rester abstinent : « Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool et que nous avions perdu la maîtrise de notre vie. »

Chacun va alors confesser ses erreurs. Les récits sont poignants. « J’avais même caché des bouteilles chez mes beaux-parents » avoue Vincent. De son côté, Claude, ancien cadre dirigeant, avait posé sur son bureau une bouteille d’1,5L composée à moitié d’eau et à moitié de gin. « Et pour cacher l’odeur de l’alcool, j’avalais des grains de café » glisse-t-il en souriant. C’est aussi une facette de l’alcoolisme, toutes les catégories sociales sont représentées. Ils évoquent également les conséquences que cette maladie chronique peut avoir. « Plusieurs fois, mon épouse m’a prévenu qu’un jour, elle ne reviendrait pas » raconte Vincent.

Durant presque deux heures, tout le monde s’écoute, sans se couper. On sent une certaine forme de pudeur chez ces personnes cabossées par la vie. Ils se livrent sans concession mais refusent de s’apitoyer sur leur sort en gardant le sourire. « Ces réunions sont le meilleur des médicaments » confie Laurent. « Mais il n’y a pas que cela » prévient Clarisse. « Le téléphone doit aussi servir à prendre des nouvelles. »

Pour aider plus de monde à devenir « alcooliques abstinents », les AA ont décidé de mener une grande campagne de sensibilisation. Durant tout le mois de janvier, pour profiter de l’effet de Dry January, ils publieront de multiples témoignages sur leurs réseaux sociaux de personnes qui ont réussi à s’en sortir. « C’est difficile car l’alcool, contrairement à d’autres drogues, c’est un produit qu’on trouve partout et quasiment à toute heure. En plus, la réclame existe encore » analyse Florence qui ose même une comparaison : « Aujourd’hui, une bouteille de whisky est moins cher qu’un paquet de clopes.