6 ans après, Brahim Chnina ne comprend toujours pas ses agissements

Le père de la jeune fille à l’origine de la rumeur ayant causé la mort de Samuel Paty était entendu le 18 février à la cour d’appel de Paris. Comme en première instance, bien qu’il assume ses actes, Brahim Chnina n’a toujours aucune explication à fournir.

Cela fait déjà trois semaines que le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty a débuté à la cour d’appel de Paris. Et sur les bancs des parties civiles, on commence à souffler. Certains ont l’impression de voir un pâle remake de ce qui s’était déroulé en première instance un an auparavant, alors qu’au fond d’eux, ils n’espéraient qu’une seule chose : un changement de paradigme de la part des accusés et plus de réponses. Brahim Chnina est dans cette droite lignée. Le père de Z., l’adolescente qui a enclenché le premier rouage de la rumeur conduisant à la décapitation du professeur d’histoire-géographie, était d’ailleurs entendu à la barre le 18 février.

L’homme de 52 ans a l’air épuisé. Il paraît en avoir 10 de plus, la faute aux médicaments, à la dépression et au sentiment de culpabilité. « Pas une seule journée ne passe sans que je pense à Monsieur Paty » indique-t-il à la présidente de la cour. Comme à chaque début d’interrogatoire, l’ancien chauffeur pour personnes handicapées présente ses excuses qui vont de la famille de l’enseignant jusqu’aux professeurs dans leur intégralité. Puis, pendant près de 40 minutes sans interruption, il déroule sa ­version de l’histoire.

Tout d’abord, Brahim Chnina assure ne pas être un islamiste, des propos confirmés par les rapports de la SDAT (Sous-direction anti-terroriste) et même par son histoire personnelle : il avait lui-même dénoncé auprès de la police le départ en Syrie de sa petite sœur mineure et mentalement retardée, séduite « par un violeur » affilié à DAESH.

Et bien qu’il n’apprécie guère les caricatures du prophète, le cinquantenaire respecte la loi française et le droit au blasphème. Selon lui, ce qui l’a fait dégoupiller, c’est l’exclusion de deux jours de sa fille, qu’il prenait pour « une vengeance de la part de la CPE (Conseillère principale d’éducation, Ndlr) ». Quelques semaines auparavant, la jumelle de Z. serait venue au collège en étant cas contact, ce qui aurait provoqué l’ire de la fonctionnaire d’État.

L’Algérien d’origine assume ses erreurs mais ne comprend toujours pas le comportement qu’il a eu. Coupable d’avoir cru trop vite sa fille, il avait le pouvoir d’arrêter lui-même cette spirale macabre à plusieurs reprises. Dans cette uchronie où Brahim Chnina se voit intervenir le 16 octobre pour sauver le professeur d’histoire-géographie, il aurait déjà pu faire comme d’autres parents qui ont mal compris les desseins du cours de Monsieur Paty : prendre rendez-vous avec la CPE et repartir soulagé. Autre point de bascule : le 9 octobre, lorsqu’on lui montre les incivilités de sa fille depuis la rentrée 2020 (14 en tout) et où jamais le nom de Samuel Paty n’est mentionné. « Z. adorait cet enseignant en plus » regrette-t-il.

Au lieu de cela, il y aura les vidéos, le nom et les adresses révélés et même une conversation téléphonique avec Adbullak Ansorov. Pendant une minute, le terroriste a parlé à Brahim Chnina mais on ne saura jamais la teneur de cette discussion : « Je n’ai aucun souvenir, sûrement il voulait m’apporter son aide car sinon je n’aurai pas ­enregistré le numéro. »

Par ailleurs, il met aussi en cause « Monsieur Sefrioui ». Homme de lettre, instruit, le prédicateur islamiste l’aurait poussé à hurler à la discrimination jusqu’au bout, empêchant ainsi toute forme de dialogue. Au final, une impression de gâchis prédomine avec la sensation que la barbarie aurait pu être largement évitée.