
« Vous allez pouvoir manger des fruits et des légumes grâce aux déjections des poissons ». La phrase fait toujours son petit effet lorsqu’elle est prononcée. Mais vu le nombre de personnes présentes lors de la visite du chantier de la ferme aquaponique, beaucoup ont hâte de voir cette exploitation de 2 Ha tourner à plein régime. D’un côté, cela marquera un véritable tournant pour la zone appelée « la mer des déchets ». À cheval entre Carrières-sous-Poissy, Chanteloup-les-Vignes, Andrésy et Triel-sur-Seine, elle a vu ses terres être pollués pendant des décennies par des gravats, de l’amiante voire des pneus usagés.
Les travaux ont déjà débuté depuis le 1er septembre et selon le planning prévisionnel, les habitants de la Vallée de Seine pourront profiter dès cet été 2026 des premières récoltes. « 80 % des produits maraîchers seront en vente directe à la ferme » avance Thomas Boisserie, directeur des Nouvelles Fermes et gérant de la future exploitation. À terme, l’entreprise a pour ambition de produire chaque année jusqu’à 250 tonnes de fruits et légumes (salades, herbes aromatiques) et 60 tonnes de truites arc-en-ciel à destination des Franciliens dans un rayon de 50 kilomètres. D’ailleurs, le salmonidé a provoqué une question technique de la part de l’un des participants de cette visite organisée par la Municipalité carriéroise : « Sachant qu’elle n’aime que les eaux froides. Comment vous allez faire pour le maintien en température ? » Réponse des exploitants : « Les bâches seront différentes entre la pisciculture et l’agriculture et un système de refroidissement sera mis en place. »
Par ailleurs, ce n’est pas parce que les Nouvelles Fermes disposent déjà d’une exploitation dans la région bordelaise que sa petite sœur carriéroise va lui ressembler en tout point. « Les conditions météorologiques sont différentes, l’hydrométrie… énumère Laura Gaury, co-fondatrice de la société. Donc il y aura des produits bien spécifiques pour les Yvelines. » Ces fruits ou légumes seront identifiés par leur service de recherche et développement. En théorie, tout peut pousser au sein d’une ferme aquaponique. Cependant, l’économie reste le nerf de la guerre. « Pour avoir un fenouil correct, il nous a fallu 5 mois et demi. Nous devions donc le vendre 45 euros/kg si nous souhaitions être rentables » indique Laura Gaury.
Malgré un respect des normes environnementales et le recours le moins possible aux pesticides, l’exploitation agricole ne pourra tout de même pas se targuer d’avoir des produits estampillés de l’agriculture biologique, la faute aux racines de leur récolte qui ne vont pas chercher les nutriments dans la terre. Ce qui ne pose aucun souci aux Nouvelles Fermes. En effet, ils ont obtenu un prix de l’innovation grâce à leur rhizome subaquatique, conservé lors de la mise en vente des produits. « Cela permet de garder la salade plus fraîche plus longtemps, révèle Thomas Boisserie. Elles perdent 5 % de vitamines chaque heure après la découpe de la racine. Donc imaginez quand elles arrivent dans votre supermarché. »
Finalement, il n’y a pas que les habitants des communes qui avaient l’air enjoués de cette visite de chantier. Si Carrières-sous-Poissy avait d’ores et déjà annoncé être en négociation pour intégrer les produits de la ferme aquaponique dans les cantines de ses écoles, Andrésy souhaite également en faire de même.