Les Yvelines, terre agricole à protéger

Lors du Salon international de l’agriculture qui se tenait du 21 février au 1er mars, les Yvelines et ses exploitants tenaient un stand au pavillon 7. Un rappel sur l’importance de la place des agriculteurs au sein de notre territoire et des bénéfices qu’ils apportent dans le quotidien des habitants. Une richesse à préserver.

Il n’y avait aucun bovin au salon international de l’agriculture 2026 pour cause d’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse. Mais bon, ce n’est pas cela qui allait empêcher le chiraquiste Pierre Bédier de parcourir les allées de la plus grande ferme de France. Le président du Département a fait le tour du stand des Yvelines que son institution subventionne depuis 3 ans. « Cela leur permet de se faire connaître et de venir faire leur publicité » explique-t-il en discutant avec des représentants de la ferme du Haubert, éleveurs de poulets, pintades de plein air et volailles festives et qui cultivent aussi des fruits et légumes. Quentin Maurice, président des Jeunes agriculteurs de Mantes, ajoute : « Nous sommes de moins en moins mais l’agriculture est encore très ­présente sur le territoire. »

En effet, avec 90 000 hectares de terres agricoles, soit 48 % de son territoire, les Yvelines sont une véritable terre nourricière où 800 agricultrices et agriculteurs se lèvent chaque jour pour surveiller leur production, générant ainsi plus de 2 000 emplois agricoles. C’est également un acteur environnemental et écologique essentiel puisque tout ce petit monde entretient nos paysages pittoresques. « Ce sont les jardiniers des Yvelines ! » s’exclame Pierre Bédier. Cependant, cela reste une profession en danger car leur production ne leur assure toujours pas le moyen de vivre correctement. « Les prix ne sont pas avantageux du tout pour nous, constate Quentin Maurice. Il nous manque 40 à 60 euros de la tonne au niveau du prix de vente pour que cela compense les charges. »

Des difficultés internes et externes

D’autres difficultés s’ajoutent. Alors que des lois devaient simplifier la vie des agriculteurs – textes promis suite à des blocages massifs d’axes routiers ou autoroutiers, comme nous avions pu le voir nous-même sur l’A13 – elles n’ont toujours pas réalisé l’intégralité de la navette parlementaire. De plus, parfois les menaces viennent de l’international. « Moi, ce que je redoute, c’est l’arrivée de l’Ukraine dans l’Union européenne » précise le président des Jeunes agriculteurs de Mantes.

Alors, le Département essaye de leur venir en aide autant que faire se peut. En plein débat d’orientation budgétaire, Pierre Bédier et consort tentent de maintenir les subventions au même niveau que les années précédentes : « La faillite de l’Etat nous impacte terriblement, même si nous, nos comptes sont équilibrés. Et néanmoins, on fait un effort pour l’agriculture. Mais il faut que les Yvelinois prennent conscience que les agriculteurs nous nourrissent. » Pour faciliter cette prise de conscience, le Département utilise les assiettes des collégiens. Dans les cantines, 6 millions de repas sont servis chaque année avec à l’intérieur 30 % de produits yvelinois, représentant 3,5 millions d’euros injectés annuellement dans l’économie agricole locale. Au total, ce sont plus de 30 producteurs yvelinois partenaires et 7 transformateurs locaux qui contribuent à nourrir 50 000 jeunes, avec des produits du territoire : pommes de terre, carottes, lentilles, pommes, poires ou encore salades.

16 exploitations agricoles yvelinoises se sont succédées sur le stand des Yvelines au salon international de l’agriculture.

Malgré ces difficultés, la profession arrive toujours à séduire. Prenons l’exemple des deux cousins et représentants de la ferme du Haubert, Ancelin et Matthieu Emery. Le premier se destinait à des études… d’astrophysicien. Mais finalement « le contact avec le client » et faire la promotion « de produits qu’il aime manger » l’ont fait bifurquer de voie. Quant à son compère, il avait obtenu son diplôme d’ingénieur agronome et écumé plusieurs sociétés avant d’atterrir dans l’exploitation familiale.

Ils concèdent que les journées peuvent être à rallonge, « mais quand tu commences à prendre des responsabilités dans une entreprise, tu ne comptes plus tes heures aussi » indique Matthieu. Les deux cousins s’accordent aussi sur le fait qu’il faut réinventer la façon de travailler : « Notre génération demande une vie sociale développée. Peut-être que les nouvelles technologies peuvent apporter un plus. »

Pour Quentin Maurice, un élément reste indispensable : la ­passion. « Après, on ne va pas se mentir, bon courage à lui » glisse-t-il. Le céréalier au sein de la ferme du Colimaçon se veut tout de même optimiste sur la réussite des nouveaux venus sur le marché agricole. Selon lui, l’Île-de-France regorge d’institutions qui peuvent les aider à s’installer, à comment demander des aides. « Surtout, il ne faut pas qu’il s’enferme dans son coin » prévient-il.

La diversification comme bouée de sauvetage

Les exploitants agricoles peuvent aussi miser sur la diversification, à l’instar de ce qui se passe dans le Bordelais. La baisse de consommation d’alcool a poussé certains viticulteurs à se tourner vers l’huile d’olive. À la ferme du Colimaçon, on a misé sur les escargots, et « c’est ce qui fait vivre la ferme maintenant ». Toutefois, il faut le faire de manière raisonnée en accordant sur qui fait quoi. « S’ils font tous la même diversification sur la même région, ça va faire de la concurrence entre eux et diminuer le nombre d’agriculteurs » prédit Quentin Maurice. « Il faut arriver à de la polyculture, donc l’activité céréalière, mais aussi de l’élevage, du vin, pourquoi pas. Même si l’on ne transforme pas, ils peuvent fabriquer des raisins qu’ils vendent dans le Sud. Ce que fait par exemple le Domaine du Roi » analyse Pierre Bédier. Attention tout de même. Qui dit diversification, dit plus de normes à respecter.

Par ailleurs, et si les agriculteurs devenaient des producteurs d’énergie ? À Renonvilliers, à une dizaine de kilomètres de Rambouillet, six agriculteurs se sont associés et, avec l’aide de la commune de Sonchamp, du Département, de la Région, du Parc naturel de la haute vallée de Chevreuse, de l’ADIE (Association pour le droit à l’initiative économique), de l’ADEME (agence de la transition écologique), ont pu faire construire un méthaniseur. Cette unité absorbe 40 tonnes de matière par jour et produit 199 normo mètres cubes-heure de biogaz, alimentant ainsi 5 500 foyers rambolitains. « On y réfléchit » indique Matthieu Émery.

Le Département semble être également ouvert sur le sujet. Enfin, les exploitations pourraient s’inscrire dans des circuits touristiques en proposant des chambres d’hôtes. « Il faut songer à toutes les activités possibles et imaginables pour que le revenu agricole augmente car actuellement il est en forte baisse » explique le président du Département qui en appelle aussi « au bon sens yvelinois » : « Quand vous allez chez vos bouchers, demandez-lui de l’agneau ou du bœuf yvelinois, demandez-lui des carottes Yvelinoises ! » Faut-il en avoir aussi le budget…