
Chaque année, c’est la même rengaine : le printemps arrive et l’académie de Versailles dévoile son projet d’ouverture et de fermetures de classes. Mais contrairement aux fleurs qui vont se multiplier au fil des jours, les classes, elles, ont l’air d’être condamnées à disparaître. En Vallée de Seine pour la rentrée prochaine, 24 pourraient passer à la trappe. Du côté du représentant de l’Éducation nationale, on justifie ce chiffre par la courbe démographique en berne : « Il est prévu 2 315 écoliers en moins dans les écoles à la rentrée 2026. Cette tendance de fond est constatée tant en zones rurales qu’en zones urbaines. » Un discours qui n’a pas été du goût des syndicats comme la FSU-SNUIPP 78.
D’emblée, ils ont annoncé une semaine de mobilisation de « l’ensemble des collègues » à partir du 30 mars et une manifestation devant les locaux de la Direction des Services Départementaux de l’Education nationale des Yvelines (DSDEN 78) le mardi 31 mars à Guyancourt. Les organisations syndicales aimeraient justement profiter de cette baisse d’élèves pour améliorer les conditions d’apprentissage et reprochent la vision « beaucoup trop arithmétique de la DSDEN 78 » qui peut avoir des répercussions énormes, comme à Hargeville par exemple.
Dans ce village de 420 âmes, c’est l’établissement scolaire Henri-Barlet qui est en ligne de mire. Actuellement, il dispose de trois classes : une qui va de la très petite section à la grande section, une du CP au CE2 (13 élèves) et une dernière de CM1/CM2 (13 élèves). Pour le moment, personne ne sait laquelle pourrait être sacrifiée. « L’école est un pilier de vie dans notre commune » assène Laura, un des quatre parents délégués élus. En effet, l’école joue le rôle de structure centrale et permet à tout le monde de se connaître et de partager de vrais moments de vie. « Nos adolescents sont très bienveillants, ils agissent comme des grands-frères et des grandes-sœurs avec les plus petits. C’est un lien familial qu’on ne veut pas perdre » explique l’Hargevilloise.
La disparition de cette classe entraînerait des sections à quintuple niveau, or « certaines études démontrent qu’un tel dispositif creuse les difficultés ». « L’inspectrice nous dit également que regrouper le CP avec les maternelles ne pose aucun problème alors que c’est une période charnière où l’on apprend à lire et à compter » s’alarme Laura, qui craint aussi de voir les conditions d’apprentissage se dégrader. Le cas échéant, les parents pourraient alors se tourner vers d’autres établissements, rendant ainsi l’avenir de l’école Henri-Barbet incertain. La commune perdrait donc un point essentiel de son attractivité et de sa vitalité. « S’il faut bloquer l’école on le fera. La Mairie s’est emparée du sujet et nous soutient » prévient la représentante des parents d’élèves. De son côté, la DSDEN 78 nous répond « qu’à date, et avant réunion des instances de concertation départementales (CDEN), rien n’est acté ». Par ailleurs, ce projet de fermeture de classe cache parfois d’autres écueils…

À quelques kilomètres de là, l’Association Autonome des Parents d’Élèves d’Épône (AAPEE) a constaté plusieurs manquements au sein de l’école Madeleine Vernet. « Ces derniers mois, l’inspection académique n’a pas réussi à nommer des remplaçants stables pour couvrir les différentes absences des enseignants. Ce problème de non remplacement des enseignants absents est récurrent depuis plusieurs années » s’indigne un de ses représentants. Résultat, le 31 mars, une manifestation avait lieu devant l’établissement scolaire. En revanche, le son de cloche est totalement différent pour la direction départementale puisque tout semble aller correctement : « Une classe de l’école Madeleine-Vernet d’Épône a été affectée par l’absence d’une enseignante. Le remplacement a pu être effectué et continuera à être assuré autant que nécessaire. »
Pour Bastien Deschamps, co-secrétaire départemental de la FSU-SNUIPP 78, le rectorat n’est pas le seul responsable. « Il fait aussi avec les dotations ministérielles qui sont en baisse. La question centrale, ce sont les 4 000 suppressions de postes qui se déclinent dans toutes les académies et les départements » tempère ce directeur d’une école primaire aux Mureaux. « Les fermetures, si elles sont actées, ne sont pas proportionnelles à la baisse des effectifs. Sinon elles auraient été plus nombreuses » ajoute le DSDEN 78. L’enseignant rappelle que ces ouvertures et fermetures ne sont qu’à l’état de projet. L’année dernière, il était annoncé 180 fermetures pour 110 ouvertures et « in fine, le solde était de 49 à la rentrée 2025-2026 ».
« On est en fonctionnaire, on doit fonctionner… »
Cependant, pour le syndicaliste, le directeur académique dispose de quelques variables d’ajustement pour améliorer les conditions de travail. Prochainement, un Pôle d’Appui à la Scolarité (PAS) doit voir le jour, un dispositif censé aider dans les situations d’inclusion scolaire. « 27 postes vont être créés mais ces enseignants ne sont pas forcément spécialisés » s’indigne Bastien Deschamps qui aimerait plutôt voir ces professeurs titularisés derrière une classe.
De plus, il ne comprend pas la mutualisation de toutes les brigades de remplacement alors que chaque cas de figure est différent : « Dans les Hauts-de-Seine, il a été décidé de garder les brigades pour l’éducation prioritaire. » Également, les syndicats ont noté l’apparition d’un phénomène dans les Réseau d’Éducation Prioritaire (REP et REP+) : les écoles dites « orphelines ». Il s’agit de structures pourtant bien présentes dans les quartiers prioritaires de la ville mais absente des listes d’ouverture de droits spécifiques de la DSDEN 78 et datant de 2001. « Grâce à cela, les professeurs disposent de points supplémentaires pour leur mutation et des avancements plus rapides » précise le directeur d’école primaire.

Le statut des professeurs remplaçants mériterait-il d’être aussi revu ? C’est en tout cas l’avis des syndicalistes. Lorsqu’ils viennent remplacer un enseignant, ceux-ci touchent des indemnités, comme le remboursement des frais kilométriques. En revanche, si l’absence se prolonge du fait d’une longue maladie, le poste passe alors vacant et le remplaçant perd ses indemnités. « La direction académique pourrait changer cela, affirme Bastien Deschamps. Il y a des endroits en France où ça ne se gère pas comme ça comme à Bordeaux. » La lourdeur administrative est également dans le viseur avec « des tonnes et des tonnes de documents » à remplir : « Il n’y a plus d’humanité dans la fonction, « on est en fonctionnaire, on doit fonctionner » nous balance certains inspecteurs… »
Concernant les fermetures de classes pour la rentrée 2026-2027, des ajustements peuvent encore intervenir. Les inscriptions réalisées en juin permettront d’affiner les prévisions d’effectifs. « Le constat de rentrée en septembre offre une vision plus précise des besoins réels. Ces étapes sont essentielles pour s’assurer que les décisions prises reflètent au plus près la réalité du terrain et pour apporter, si nécessaire, des corrections qui préservent l’intérêt des élèves et des personnels » se veut une Direction des Services Départementaux de l’Education nationale des Yvelines rassurante. En revanche, pour une meilleure prise en compte de la fonction d’enseignant, il semblerait devoir attendre encore…