Le restaurant bi-centenaire L’Esturgeon va-t-il disparaître ?

L’établissement historique, qui surplombe la Seine au niveau du Vieux-Pont de Poissy, est menacé de démolition. La faute à un bras de fer financier et juridique avec Voies Navigables de France (VNF) qui vire au dialogue de sourds.

Deux siècles d’histoire peuvent-ils être balayés en une dizaine de minutes ? C’est en tout cas le temps qu’aura duré la dernière réunion de conciliation entre Olivier Grémillet, patron de l’institution pisciacaise L’Esturgeon, et les représentants de Voies Navigables de France (VNF). « J’ai pris ma chaise, je l’ai rangée sous la table, et j’ai dit : je crois qu’on n’a plus rien à se dire, lâche le chef. Le dialogue est rompu ».

Tout bascule en 2004. Alors que la redevance pour l’occupation du domaine fluvial plafonnait à environ 1 000 euros par an, VNF exige soudainement 5 000 euros, puis 14 500 euros aujourd’hui. Une « erreur de tarification » historique selon l’administration, une « aberration économique » pour Olivier Grémillet, patron des lieux depuis 1999, et qui décide donc de ne plus payer ladite redevance. Résultat : 20 ans de procédures, deux victoires pour le restaurateur… mais un récent revers devant le tribunal administratif de Versailles. Ce dernier condamne l’établissement à 61 000 euros d’arriérés et, surtout, à la démolition de la salle de restaurant de 50 couverts pour cause d’« occupation au sol non-autorisée et illégale ».

Le nœud du problème est aussi juridique que géographique. Olivier Grémillet brandit ses actes notariés : selon le cadastre, il est propriétaire de sa parcelle jusqu’à la route. VNF, de son côté, considère que le terrain appartient au domaine public fluvial. Plus étonnant encore : la condamnation vise la SARL (l’exploitant), alors que les murs appartiennent à une SCI. « Comment obliger un locataire à casser des murs dont il n’est pas propriétaire ? », s’interroge le restaurateur, qui dénonce une « vendetta » administrative. Il pointe également ce qu’il considère être une injustice. Ses voisins, pourtant situés plus bas sur le lit de la Seine, ne verseraient aucune redevance.

Avec 15 salariés sur la sellette, c’est aussi une transmission familiale qui s’enraye : le fils d’Olivier Grémillet, chef en cuisine, refuse de reprendre une affaire lestée d’une telle « épée de Damoclès ».

Pendant ce temps, le soutien s’organise. Les habitants n’hésitent pas à témoigner leur soutien depuis que le bruit court sur la possible disparition du restaurant, et une pétition en ligne cumule plusieurs centaines de signatures, tandis que le Conseil Départemental des Yvelines a interpellé le Préfet. Face à la pression naissante, VNF semble enfin entrouvrir la porte du dialogue.

Mais pour L’Esturgeon, qui a survécu aux crues et aux guerres, le plus dur reste à faire : remporter le procès en appel qui l’oppose à VNF.