
Depuis le 16 avril, la production est à l’arrêt dans l’usine Linxens de Buchelay. Tous les agents de production et techniciens, soit tout le personnel hors comité de direction, ont déclenché une grève d’une ampleur inédite pour ce site spécialisé dans les connecteurs de puces pour cartes bancaires et cartes SIM.
Le déclencheur : des sanctions disciplinaires contre trois salariés, pour des motifs jugés aberrants par les syndicats. « C’était la goutte d’eau », avoue Mohamed Bouzid, délégué syndical FO. Mais derrière cette étincelle, un brasier couvait depuis des mois. Depuis l’arrivée d’une nouvelle DRH en juillet 2025, le climat s’est dégradé brutalement à partir de septembre dernier. Suppression de la mutuelle pour les conjoints, pressions sur les managers, tentatives de remise en cause des RTT et des acquis sociaux… « Elle voulait nous dépouiller », résume le délégué syndical, qui rapporte des salariés contraints à des heures supplémentaires contre leur gré, des gens « qui pleuraient » au quotidien, et un cas extrême : un salarié qui évoquait l’envie de mettre fin à ses jours.
Un climat intenable qui n’était pas arrangé par la conjoncture économique : le marché des puces pour cartes bancaires recule face au paiement mobile et sans contact. L’usine tente de pivoter vers le médical, mais les volumes seront moindres. L’an dernier, une rupture conventionnelle collective avait déjà conduit des dizaines de salariés vers la sortie, sous pression des actionnaires. Les grévistes redoutent une nouvelle vague de suppressions de postes : « on sent les choses depuis un moment », confie le délégué syndical.
Après des nuits de négociation tendues, un accord de fin de grève était en cours de rédaction au moment de notre reportage : maintien des RTT pour 2026, création d’une commission anti-harcèlement, réinscription d’une clause de protection en cas de plan social… Une reprise du travail était envisagée pour ce lundi. Sous conditions.