400 candidats, 300 postes : le Mantois se bouscule aux portes d’IKEA

En juin prochain, le géant de l’ameublement suédis inaugurera sa nouvelle plateforme logistique à Limay. Pour recruter ses futurs employés, un job dating s’est tenu le 5 mai à l’Agora de Mantes-la-Jolie. Un engouement massif, révélateur d’un projet qui dépasse largement les frontières du bassin d’emploi local.

« Y a du monde qui cherche du travail ! » Il est 14h, la session de job dating débute à peine que la file d’attente se garnit déjà. Les recruteurs savent que cette journée sera chargée puisque 400 personnes sont attendues à l’Agora de Mantes-la-Jolie. « Nous sommes là jusqu’à 20h » lâche d’emblée Ikrame Amine, responsable d’équipe chez France Travail, l’un des co-organisateurs de cet événement avec IKEA et la Mission locale du Mantois.

Plusieurs raisons peuvent expliquer l’afflux massif de demandeurs d’emplois en ce mardi 5 mai. Tout d’abord, la renommée de la marque fondée par Ingvar Kamprad. « C’est une grande entreprise, avec de belles valeurs » assure Mohamed, qui espère devenir « employé opérations logistiques » dans un mois. Ensuite le nombre de postes à pourvoir : 300. Un chiffre conséquent, mais en accord avec les objectifs que s’est fixé le leader mondial de l’ameublement pour sa nouvelle plateforme logistique, opérationnelle en juin prochain : 380 000 m³ de marchandises devront transiter par cet entrepôt tous les ans afin de livrer 500 000 clients.

Car derrière ce job dating se cache un projet d’envergure, mûri de longue date. Tout a commencé après le départ de PSA, qui occupait un terrain de 16 hectares sur le port de Limay/Porcheville pour stocker des véhicules. Le gestionnaire Haropa Port a alors lancé un appel à projets pour trouver un repreneur. IKEA a saisi l’opportunité. « Ikea a profité de cette annonce et a présenté, ce qui était très important pour nous, le concept de la logistique fluviale pour l’approvisionnement de Paris et la petite couronne », racontait dans nos colonnes Mariusz Wiecek, directeur de l’Agence Seine-Aval, suite à l’annonce du projet.

Pour le géant suédois, le site était une aubaine : les terrains d’une telle superficie à proximité d’une voie d’eau sont une denrée rare en Île-de-France. « Le site de Limay est stratégique pour développer une logistique durable et multimodale pour Ikea, grâce à sa proximité avec la Seine et l’autoroute A13 », déclarait la firme après avoir remporté l’appel d’offres. De quoi la convaincre d’investir pas moins de 120 millions d’euros dans le projet.

Pour ceux qui s’imaginent un grand magasin Ikea en bord de Seine, c’est raté… mais le concept n’est pas moins ambitieux. La plateforme est entièrement orientée vers le e-commerce : une fois la commande passée en ligne, le meuble est préparé dans le centre logistique de Limay, puis expédié par voie fluviale vers un quai parisien, avant d’être acheminé en véhicule électrique jusqu’au domicile du client. « Cela consiste au départ quotidien d’un bateau de Limay, pour arriver à un quai parisien avant la diffusion en véhicule électrique dans Paris intramuros et dans la petite couronne », détaillait Mariusz Wiecek. « Ce qui nous a convaincu, c’est cette chaîne environnementale très propre, de la conception à la phase de chantier et, enfin, à l’exploitation. »

Plusieurs raisons peuvent expliquer l’afflux massif de demandeurs d’emplois en ce mardi 5 mai.

IKEA n’a d’ailleurs pas attendu l’ouverture de Limay pour se roder à ce modèle. Depuis fin 2022, la société se teste à Gennevilliers, où son activité portuaire est installée provisoirement. « Pour nous, c’est quelque chose d’extraordinaire, ça nous fait un test, confiait Mariusz Wiecek. Quand ils vont arriver sur Limay, le système sera déjà rôdé et ils partiront tout de suite en plein régime sur le fluvial. »

Dans le Mantois, où les chiffres du chômage battent des records depuis le déclin industriel, l’arrivée d’IKEA résonne comme un signal de réindustrialisation. Bakou, 18 ans, ne s’y est pas trompée en poussant les portes de l’Agora ce mardi : « J’ai vu que cela allait être une grosse installation, donc ça m’intéresse. » Aziz, Mantevillois de 19 ans, a lui aussi tenté sa chance malgré un BAC Pro animation jeunes et personnes âgées en poche : « Ça évite la monotonie », dit-il au sujet des horaires décalés, une spécificité du poste sur laquelle France Travail avait d’ailleurs pris soin de préparer les candidats en amont. « On a fait des réunions d’informations collectives avant pour s’assurer du véritable intérêt, car il y a des spécificités comme le travail en décalé », confirme Ikrame Amine.

La question de l’emploi local avait d’ailleurs été au cœur des discussions lors de la réunion publique organisée à Porcheville en novembre 2024, où près d’une centaine d’habitants s’étaient pressés, bien au-delà de ce qu’anticipaient les organisateurs. « Évidemment, pour le territoire, c’est une nouvelle très importante, c’est le sujet qui fait adhérer tout le monde à ce projet », reconnaissait alors Mariusz Wiecek. La volonté affichée : favoriser les recrutements de proximité, en lien avec les communes, la communauté urbaine et le Département, pour que les habitants du Mantois bénéficient en priorité de ces 300 postes. Un vœu qui semble se concrétiser au fil des candidatures : Mohamed, Aziz, Bakou, Anir… autant de visages du bassin de vie local qui se sont présentés ce jour-là.

Chaque candidat a dû prendre son mal en patience. Deux salles avaient été réservées pour l’occasion : une première pour s’assurer que tout le monde avait bien été inscrit, et éviter qu’il y ait trop de monde dans la seconde, où se déroulaient les entretiens. Ça stresse un peu avant d’entendre son nom. Pour faire patienter les candidats, des petites douceurs étaient disposées sur des tables : les fameux kafferep (biscuits à base d’avoine au chocolat) et gifflar kanel (petites brioches à la cannelle). Au moins, on reste dans l’ambiance du géant suédois.

Une fois appelé, Anir, CV en main, se présente devant son éventuel futur manager. C’est la première fois qu’il postule dans de telles conditions. Impressionné, le jeune homme de 20 ans en oublie presque ses mots, mais arrive à reprendre le fil de la discussion. « Ils étaient vraiment gentils » nous confie-t-il une vingtaine de minutes plus tard — une impression confirmée par Aziz (« moi aussi j’ai cru que je n’allais pas réussir à parler »), Mohamed et Bakou.

Celles et ceux qui auront tapé dans l’œil des recruteurs seront recontactés d’ici un mois, promet IKEA. Les heureux élus seront ensuite intégrés progressivement entre juin et décembre. Une autre session est par ailleurs prévue le 23 mai, toujours à l’Agora de Mantes-la-Jolie. Et les organisateurs attendent autant de monde qu’aujourd’hui…