
L’Histoire du football est jalonnée de France-Brésil mythiques en coupe du monde. Dans l’imaginaire collectif, le premier à venir en tête reste celui de 1998, suivi de près par 2006, les deux estampillés des prestations quasi-divines de Zinedine Zidane. 1958, bien que très lointain, n’est pas en reste, surtout marqué par le triplé d’un jeune Brésilien de 17 ans qualifié alors de prometteur, Edson Arantes do Nascimento, plus connu sous le nom de Pelé. Mais d’après « le Roi », la rencontre de 1986 mériterait tous les superlatifs, puisque lui-même qualifie ce quart-de-finale comme « le match du siècle ». Pourquoi ? « Parce qu’en plus du jeu altruiste et inventif proposé, le temps de jeu effectif est de 71min, un record pour une phase finale » s’enthousiasme Karl Olive, auteur d’un livre sur le sujet qui paraît ce mercredi 27 mai et qui a réussi à avoir une grande majorité des joueurs français. « Quand Michel [Platini] m’a dit oui, je savais que les autres allaient suivre » indique-t-il.
Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire, Sous le soleil de Guadalajara n’est pas une ode au tourisme, où on se prélasserait sous le soleil en enquillant des tequilas, mais bien l’aventure intérieure d’une rencontre épique, une « finale avant la finale » affirme le député de la 12e circonscription des Yvelines. D’un côté, tous les éléments convergeaient pour que ce match marque les esprits. Les Bleus, auréolés de leur titre de champion d’Europe 1984, débarquent au Mexique en position de favoris, en compagnie de l’Italie, de l’Argentine et des Auriverde, qui sortent d’un premier tour solide avec 9 buts marqués pour 0 encaissé. Ajoutons un soupçon de superstition : Alain Giresse fait des pieds et des mains pour que l’équipe de France dorme dans l’hôtel des champions du monde brésilien de 1970, quant à la Seleção, elle souhaite disputer un maximum de rencontres dans le stade Jalisco afin d’imiter leurs aînés entraînés par Mario Zagallo 16 ans auparavant.
Le 21 juin arrive, il est midi et la chaleur est accablante : le thermomètre affiche 30 degrés, ressenti 35. Michel Platini reste en charentaise le plus longtemps possible pour soulager son pied blessé. Tous les acteurs du match passent par la petite chapelle avant d’arriver sur la pelouse et la partie peut débuter. Les Brésiliens ouvrent le score dans le premier quart d’heure, Platoche égalise cinq minutes avant de rentrer aux vestiaires. Le deuxième acte est marqué par l’entrée de Zico, le « Pelé blanc ». Sur son premier ballon, il lance en profondeur Branco, qui est fauché par Bats dans la surface de réparation. Penalty ! Mais le portier du PSG rattrape sa bourde en stoppant le tir du numéro 10 brésilien.
Il faudra attendre les tirs au but et la tentative fructueuse de Luis Fernandez pour voir les Bleus s’envoler pour la demi-finale contre l’Allemagne, « allez mon petit bonhomme ! ». Après cette victoire, tout le monde profite de l’anniversaire de Michel Platini pour faire la fête, parfois un peu trop. « Bruno Bellone aurait pu se marier avec une Brésilienne » confie Karl Olive. Et la suite ? Les corps sont trop usés, la revanche de 82 n’aura pas lieu, et la Mannschaft nous élimine sur un 2-0 net et sans bavure. « C’est la fin d’une génération » regrette le député, car après, il faudra attendre 98 pour que les Bleus regouttent à une Coupe du monde.