Rixes, menaces, droit de retrait des professeurs… Que s’est-il passé au collège Sully de Rosny-sur-Seine ?

Plusieurs bagarres ont éclaté au collège Sully de Rosny-sur-Seine dans l’après-midi du 8 juin. Face à ce déluge de violences, la direction de l’établissement scolaire a renvoyé les élèves chez eux à 16h, ce qui n’a pas empêché les affrontements de se poursuivre dans plusieurs lieux de la commune. Au moins 5 enfants seraient blessés. Nous avons recueilli le témoignage de l’un d’entre eux.

Une quinzaine de parents se sont réunis le 9 juin pour exprimer leur colère face à cette violence

« C’est quoi cette dinguerie ? ». Il est 8h15 et les élèves du collège Sully souhaitent rentrer dans leur établissement en ce matin du 9 juin. Sauf qu’on les invite à rebrousser chemin : plusieurs de leurs professeurs ne peuvent pas assurer leur cours. Et pour cause, ils ont exercé leur droit de retrait suite à la « grande catastrophe » survenue la veille, dixit la représentante de la PEEP (Fédération des Parents d’Elèves de l’Enseignement Public) du collège.

Tout commence durant la pause méridienne. La tension monte, des rixes éclatent, 5 ou 6 selon nos sources. Aucune désescalade n’est possible car « environ 200 élèves les encouragent à continuer » témoigne un professeur. L’équipe éducative est surmenée, ramène tout le monde dans les classes et songe à exercer son droit de retrait. « Sauf que légalement, nous ne pouvons le faire que si les jeunes sont considérés en sécurité » poursuit l’enseignant. À 16h, les collégiens sont renvoyés chez eux. Il faut attendre un message sur Pronote une heure et demie plus tard pour que les parents sachent que leurs enfants se baladent dans la nature, un manque de communication qui a provoqué l’ire de plusieurs mamans. « De toute façon, les bagarres auraient continué dehors quoiqu’on fasse » soupire le membre de l’équipe éducative.

La police municipale, épaulée par la police nationale, débarque alors sur place pour éviter que la situation ne dégénère. Sauf que leur présence ne dissuade pas certains jeunes d’insulter copieusement une maman venue récupérer son fils légèrement blessé durant les rixes. Mais cela ne s’arrête pas là. Marie* (le prénom a été modifié), déjà harcelée depuis le début de l’après-midi, est suivie par une quarantaine de jeunes. « Dans la cour, une fille est venue me parler en me demandant pourquoi je faisais la maligne. Je l’ai ignorée pour éviter les embrouilles » indique l’adolescente. Le petit groupe la retrouve au niveau du Super U et là, Marie essuie une avalanche de coups de pieds, dans la tête, dans le ventre, dans le dos. « On m’a traité de sale pute, de connasse (sic), cela a duré une bonne trentaine de minutes » raconte-t-elle en réprimant des sanglots.

Marie a plusieurs ecchymoses sur son corps et souffre du dos
Marie a plusieurs ecchymoses sur son corps et souffre du dos

La jeune fille ne doit son salut qu’à deux bonnes samaritaines. La première, une femme qui faisait ses courses dans le supermarché et qui l’a prise sous son aile. La seconde est l’élue déléguée aux commerces, Katy Jeandidier. Témoin de la scène, elle la fait monter dans sa voiture afin de l’extirper de ce traquenard. Depuis, sa mère, Vicky, ne cesse de les remercier : « elles ont sauvé ma fille » résume-t-elle. Une plainte a été déposée, et l’élève de 3ème est venue au collège ce matin pour identifier ses agresseurs sur un trombinoscope. Elle doit également être examinée par l’Unité Médico-Judiciaire (UML) de Versailles pour évaluer son état psychologique. « À une semaine du brevet, ce n’est pas l’idéal » souffle Vicky. En tout, il y aurait 4 enfants blessés en plus de Marie, dont 1 qui est parti aux urgences de l’hôpital François Quesnay.

Suite à ces événements, une quinzaine de parents s’était donné rendez-vous le 9 juin devant le portail du collège Sully pour que « toute cette violence s’arrête ». Car malheureusement, ce ne sont pas des actes isolés mais plutôt le paroxysme d’une année scolaire émaillée de violence. Le 22 mai, une autre élève avait été frappée, cette fois-ci en classe, devant les yeux de son professeur. Ses agresseurs, pourtant exclus 8 jours, étaient déjà de retour le vendredi suivant… alors que la collégienne avait trouvé le courage de revenir en cours. « Elle les a vus et a directement fait une crise d’angoisse » fulmine sa maman qui a également demandé un conseil de discipline. « Mais la proviseure m’a répondu qu’il fallait attendre des événements plus graves » poursuit-elle.

La membre de la direction est d’ailleurs pointée du doigt par d’autres parents en colère. « Depuis le début de l’année, elle nous prend de haut, ne respecte pas la confidentialité des discussions, punit les bons comme les mauvais élèves… » énumère Fatima. Par ailleurs, la PEEP du collège Sully nous apprend qu’un conflit larve depuis le mois de février entre les surveillants et la direction. « Le jour des échauffourées, il n’y avait qu’un AED (assistant d’éducation, NDLR) sur les 8 habituels » précise la représentante des parents d’élèves. Une réunion a ensuite eu lieu plus tard dans la matinée entre parents élus, professeurs, représentants de l’académie de Versailles et la proviseure. Une rencontre qui n’a pas satisfait toutes les parties : dans un communiqué, les parents d’élèves ont appelé les familles à ne pas envoyer leurs enfants au collège, ce mercredi 10 juin, craignant pour leur sécurité.