
« C’est quoi cette dinguerie ? ». Il est 8h15 et les élèves du collège Sully souhaitent rentrer dans leur établissement en ce matin du 9 juin. Sauf qu’on les invite à rebrousser chemin : plusieurs de leurs professeurs ne peuvent pas assurer leur cours. Et pour cause, ils ont exercé leur droit de retrait suite à la « grande catastrophe » survenue la veille, dixit la représentante de la PEEP (Fédération des Parents d’Elèves de l’Enseignement Public) du collège.
Tout commence durant la pause méridienne. La tension monte, des rixes éclatent, 5 ou 6 selon nos sources. Aucune désescalade n’est possible car « environ 200 élèves les encouragent à continuer » témoigne un professeur. L’équipe éducative est surmenée, ramène tout le monde dans les classes et songe à exercer son droit de retrait. « Sauf que légalement, nous ne pouvons le faire que si les jeunes sont considérés en sécurité » poursuit l’enseignant. À 16h, les collégiens sont renvoyés chez eux. Il faut attendre un message sur Pronote une heure et demie plus tard pour que les parents sachent que leurs enfants se baladent dans la nature, un manque de communication qui a provoqué l’ire de plusieurs mamans. « De toute façon, les bagarres auraient continué dehors quoiqu’on fasse » soupire le membre de l’équipe éducative.
La police municipale, épaulée par la police nationale, débarque alors sur place pour éviter que la situation ne dégénère. Sauf que leur présence ne dissuade pas certains jeunes d’insulter copieusement une maman venue récupérer son fils légèrement blessé durant les rixes. Mais cela ne s’arrête pas là. Marie* (le prénom a été modifié), déjà harcelée depuis le début de l’après-midi, est suivie par une quarantaine de jeunes. « Dans la cour, une fille est venue me parler en me demandant pourquoi je faisais la maligne. Je l’ai ignorée pour éviter les embrouilles » indique l’adolescente. Le petit groupe la retrouve au niveau du Super U et là, Marie essuie une avalanche de coups de pieds, dans la tête, dans le ventre, dans le dos. « On m’a traité de sale pute, de connasse (sic), cela a duré une bonne trentaine de minutes » raconte-t-elle en réprimant des sanglots.

La jeune fille ne doit son salut qu’à deux bonnes samaritaines. La première, une femme qui faisait ses courses dans le supermarché et qui l’a prise sous son aile. La seconde est l’élue déléguée aux commerces, Katy Jeandidier. Témoin de la scène, elle la fait monter dans sa voiture afin de l’extirper de ce traquenard. Depuis, sa mère, Vicky, ne cesse de les remercier : « elles ont sauvé ma fille » résume-t-elle. Une plainte a été déposée, et l’élève de 3ème est venue au collège ce matin pour identifier ses agresseurs sur un trombinoscope. Elle doit également être examinée par l’Unité Médico-Judiciaire (UML) de Versailles pour évaluer son état psychologique. « À une semaine du brevet, ce n’est pas l’idéal » souffle Vicky. En tout, il y aurait 4 enfants blessés en plus de Marie, dont 1 qui est parti aux urgences de l’hôpital François Quesnay.
Suite à ces événements, une quinzaine de parents s’était donné rendez-vous le 9 juin devant le portail du collège Sully pour que « toute cette violence s’arrête ». Car malheureusement, ce ne sont pas des actes isolés mais plutôt le paroxysme d’une année scolaire émaillée de violence. Le 22 mai, une autre élève avait été frappée, cette fois-ci en classe, devant les yeux de son professeur. Ses agresseurs, pourtant exclus 8 jours, étaient déjà de retour le vendredi suivant… alors que la collégienne avait trouvé le courage de revenir en cours. « Elle les a vus et a directement fait une crise d’angoisse » fulmine sa maman qui a également demandé un conseil de discipline. « Mais la proviseure m’a répondu qu’il fallait attendre des événements plus graves » poursuit-elle.
La membre de la direction est d’ailleurs pointée du doigt par d’autres parents en colère. « Depuis le début de l’année, elle nous prend de haut, ne respecte pas la confidentialité des discussions, punit les bons comme les mauvais élèves… » énumère Fatima. Par ailleurs, la PEEP du collège Sully nous apprend qu’un conflit larve depuis le mois de février entre les surveillants et la direction. « Le jour des échauffourées, il n’y avait qu’un AED (assistant d’éducation, NDLR) sur les 8 habituels » précise la représentante des parents d’élèves. Une réunion a ensuite eu lieu plus tard dans la matinée entre parents élus, professeurs, représentants de l’académie de Versailles et la proviseure. Une rencontre qui n’a pas satisfait toutes les parties : dans un communiqué, les parents d’élèves ont appelé les familles à ne pas envoyer leurs enfants au collège, ce mercredi 10 juin, craignant pour leur sécurité.
Dans un communiqué qui nous avait été transmis, le personnel et les familles du collège Sully demandaient la reprise des cours en demi-jauge jusqu’à la fin de l’année (qui arrive d’ici la fin du mois, Ndlr), la nomination définitive de deux CPE et d’un assistant pédagogique à temps et le passage du collège en REP (Réseau d’Éducation Prioritaire) afin de limiter les classes surchargées. Enfin, ils souhaitent également une demande d’audience avec le Directeur Académique des Services de l’Éducation Nationale (DASEN) des Yvelines. Pour se faire entendre, plusieurs d’entre eux se sont rassemblés jusqu’au vendredi, organisant des piques-niques et des petits-déjeuners. Le lendemain, le DASEN a rencontré des membres de la communauté éducative. D’après un compte-rendu, il a tout d’abord constaté que l’équipe se montrait « solidaire, humaine et sincère » et a reconnu que la communauté qui s’était mobilisée activement pour les élèves faisait preuve « d’un grand respect à l’égard de leur éducation ».
Le cadre du rectorat a également souligné des « manquements importants » concernant le suivi éducatif des élèves. Parmi eux, des situations d’absentéisme non remontées, des conflits et cas de harcèlement insuffisamment traités ou encore une insécurité aux abords du collège et dans les procédures d’entrée à la grille. Il a ensuite pris la décision d’aménager les emplois du temps jusqu’à la fin de l’année scolaire, en privilégiant la présence des classes de 3ème pour leur garantir la continuité pédagogique jusqu’au brevet. Le 12 juin, les 3èmes ont pu revenir. Au début de cette semaine, c’était ensuite au tour des classes de 6ème, 5ème et 4ème, mais toujours dans le cadre d’un emploi du temps allégé.
Par ailleurs, un dispositif académique de prévention et de sécurisation a été mis en place pour recueillir la parole des élèves qui en ressentaient le besoin. De plus, les enseignants avaient aussi reçu carte blanche pour discuter des événements de la semaine passée avec les jeunes. Ensuite, le DASEN a également demandé à ce que des procédures disciplinaires en interne pouvant aller jusqu’au conseil de discipline soient prises à l’égard des élèves initiateurs des incidents violents du 8 juin. Enfin, des procédures judiciaires ont été entamées concernant les faits survenus à l’extérieur de l’établissement.
Pour que ce calme puisse perdurer, le rectorat a consenti à maintenir la présence d’un CPE à temps plein et une à mi-temps pour la rentrée prochaine. Et un demi-poste d’AED a été octroyé pour un total de sept AED à la rentrée 2026-2027. Il aura donc fallu de tels actes pour que les problèmes du collège Sully soient enfin pris à bras le corps…