
6h du matin, les rideaux d’une échoppe située rue de l’ambassadeur à Conflans-Sainte-Honorine se lèvent. C’est un petit événement dans le quartier de Chennevières car, depuis plusieurs mois, les portes de cette boutique restaient tristement closes, le précédent propriétaire ayant fait faillite. La gérante, Isabelle Osmont, aperçoit alors la silhouette d’une femme accompagnée de son mari dont le regard indique clairement qu’il aurait préféré gratter encore quelques minutes au lit. « On ne voulait rater cette occasion pour rien au monde » glisse son épouse avec un sourire jusqu’aux oreilles.
Le plein de pain et de viennoiseries fait, le couple conflanais quitte donc la boulangerie Osmont. Oui, la boulangerie, et non la pâtisserie, secteur qui a fait la renommée de la famille de Jean-Marie Osmont, meilleur ouvrier de France 1987, dans toute la cité batelière. Cette envie de se diversifier ne date pas d’hier, Isabelle en parlait à son frère Vincent dès 2020. « Cela fait 6 ans qu’elle me demande « quand est-ce qu’on se lance » » nous confie-t-il. L’idée avait fait son nid mais des éléments contraires, comme le COVID, les ont forcés à retarder l’échéance.
Un autre problème s’était ajouté : la boutique se trouvant rue Maurice Berteaux n’était pas assez grande pour accueillir cette nouvelle activité et il fallait en trouver une autre. « Notre agenceur nous appelle au début de l’année et nous dit qu’il y a une opportunité à 300 mètres de chez moi » explique-t-il. Isabelle et Vincent se positionnent et obtiennent le bail. L’aventure commence. Avant l’inauguration du 2 juin dernier, chacun a mis la main à la pâte pour les travaux, parfois importants. « Le laboratoire avait manqué de beaucoup d’amour » confie l’aîné de la fratrie.
Pour que tout soit fait dans les règles de l’art, Vincent, pâtissier de formation, a dû se former pour devenir boulanger, « un métier technique et vivant » assure-t-il. Avec sa sœur, ils sont également allés interroger des confrères comme les chocolatiers Gwen et Clem basés à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) qui s’étaient lancés dans des expériences similaires, ainsi que le champion du monde de la pâtisserie Mathieu Blandin. « On voulait savoir ce qui avait fonctionné ou pas chez eux » confie Isabelle.
Si ouvrir une boulangerie leur tenait tant à cœur, c’est aussi parce que cela leur permet de renouer avec l’héritage familial. « Nous sommes petits-fils et arrière-petit-fils de boulangers » révèle la gérante. Avec cette nouvelle boutique, la troisième en tout, Isabelle et Vincent Osmont n’ont pas de peur de cannibaliser la clientèle de la pâtisserie. « On est le pâtissier d’une ville mais le boulanger d’un quartier » résume le désormais boulanger-pâtissier, qui n’exclut pas de s’étendre dans d’autres coins de Conflans-Sainte-Honorine.
Enfin, cette première matinée fut fructueuse. En plus des deux lève-tôt, 170 autres curieux se sont précipités rue de l’ambassadeur. « On a manqué de viennoiserie donc nous avons dû improviser en proposant des tranches de brioches » s’en amuse Isabelle. Et parmi les clients venus leur souhaiter bon courage se trouvait… Jean-Marie Osmont, ravi de voir la tradition se perpétuer.