Au Val Fourré, la seconde mosquée plus polémique que jamais

Situé dans le quartier du Val Fourré, le chantier d’un second lieu de culte musulman à Mantes-la-Jolie fait actuellement l’objet d’une lutte aujourd’hui judiciaire entre les dirigeants de l’association portant le projet, comme d’un litige entre l’association elle-même et l’entreprise chargée des travaux.

Entre l’ex-président et l’ex-trésorier de l’association Othmane Ibn Affane, portant le projet d’une seconde mosquée mantaise, dans le quartier du Val Fourré, rien ne va plus. Le contexte est celui de suspicions généralisées de détournements de la collecte de fonds auprès des fidèles, alors que le Maroc est en train de reprendre les rênes de ce chantier qui s’éternise (voir encadré).

Ce jeudi, les dirigeants (ou leurs avocats, Ndlr), qui revendiquent tous deux la présidence de l’association, se retrouveront à la barre du tribunal de Versailles. M’Hamed Rabiti, le responsable historique, demande l’annulation des deux dernières assemblées générales de l’association des fidèles, qu’il considère comme irrégulières au regard de ses statuts. Lahoucine Oumoulli, ex-trésorier qui s’estime légitime depuis sa désignation à la présidence par un bureau élargi en mai dernier, défendra la régularité de ces réunions.

« Notre assignation porte sur l’annulation de ces assemblées générales, nous estimons qu’elles sont irrégulières. Monsieur Oumoulli est persuadé d’être président en bonne et due forme et d’avoir fait élire de nouveaux membres au conseil d’administration, indique Aurélie Belgrand, l’avocate de M’Hamed Rabiti. Sauf que dans une association, il y a des statuts, qu’il faut respecter. » Entre les deux anciens dirigeants et leur entourage, la lutte est donc maintenant entre les mains de la justice.

Une fois terminée, normalement à l’image de l’esquisse ci-dessus, la mosquée Othmane Ibn Affane doit pouvoir accueillir 4 000 à 5 000 fidèles.
Une fois terminée, normalement à l’image de l’esquisse ci-dessus, la mosquée Othmane Ibn Affane doit pouvoir accueillir 4 000 à 5 000 fidèles.

Selon l’avocate, « une ligue contre Monsieur Rabiti » se serait formée suite à la convocation des deux hommes devant la brigade financière de la police judiciaire de Versailles (voir encadré).
A suivi la tenue d’une assemblée générale extraordinaire le 9 mai, où s’est constitué un nouveau bureau dirigeant, élargi « de 15 à 25 ou 27 membres ». Aurélie Belgrand assure, plaintes à l’appui, que certains des membres ayant voté ce jour-là « n’étaient pas présents ».

Mercredi 3 août dernier, Le Parisien rapportait l’altercation ayant opposé les partisans des deux hommes lorsque Lahoucine Oumoulli et ses soutiens parmi les membres de l’association ont voulu se réunir en assemblée générale dans le bâtiment en chantier. Seule l’intervention de la police nationale a permis à ces derniers de tenir réunion, après ouverture des portes par un serrurier (toutes les serrures avaient été changées, Ndlr).

« Ce n’est pas de gaieté de coeur mais nous souhaitons dénoncer le comportement de Monsieur Rabiti », a expliqué le lendemain au Parisien le nouveau président accompagné de trois membres de l’association. En effet, ce chantier, qui s’éternise depuis plusieurs années, est à l’arrêt depuis décembre 2014, tandis que des malfaçons importantes affecteraient la sécurité à l’intérieur du bâtiment, expliquait alors Lahoucine Oumoulli. Pourtant, en 2015 comme cette année, le lieu de culte avait ouvert ses portes aux fidèles lors du Ramadan.

Au coeur du litige entre les deux hommes figure ainsi l’entreprise générale de construction payée pour le chantier. « Dans cet autre dossier, le problème est l’architecte, qui a fait travailler une société qui appartient à sa femme et à sa fille, avec des soucis entre les facturations et la réalité des travaux effectués », analyse l’avocate de M’Hamed Rabiti.

Le chantier de la mosquée, qui s’éternise depuis plusieurs années, est à l’arrêt depuis décembre 2014.
Le chantier de la mosquée, qui s’éternise depuis plusieurs années, est à l’arrêt depuis décembre 2014.

Egalement chargée de celui de la future mosquée de Carrières-sous-Poissy comme d’autres édifices religieux franciliens, la société limayenne Amana construction BTP, proche de Mr Oumouli, a d’ailleurs récemment été épinglée par la direction générale des finances publiques des Yvelines. Suite à une vérification de comptabilité portant sur une période allant de mars 2013 à décembre 2014, l’administration fiscale lui demande un supplément d’impôt, ainsi que des intérêts et des amendes, pour un total de presque 715 000 euros.

Elle pointe surtout l’existence de plusieurs factures permettant de réduire son imposition par l’administration, parfois attribuées à des fournitures ou des opérations destinées au chantier de la mosquée Othmane Ibn Affane. L’entreprise « a volontairement enregistré dans les écritures de la société des factures fictives comme des opérations régulières destinées à égarer l’administration dans l’exercice de son droit de contrôle », constate le rapport.

Alors, pour un M’Hamed Rabiti qui se considère toujours comme le dirigeant légitime de l’association, face aux accusations internes, hors de question de laisser penser qu’il est le seul responsable de la situation. Selon nos informations, dans un courrier de 2013, Lahoucine Oumoulli indique être le « responsable de travaux » du chantier de la mosquée. Et nous sommes en mesure d’indiquer que l’un de ses fils a par ailleurs été embauché par l’entreprise concernée il y a quelques mois.

Contacté par La Gazette, Lahoucine Oumoulli, qui devait préalablement obtenir l’accord de l’ensemble des membres du nouveau bureau de l’association, n’a pas pu s’exprimer dans nos colonnes avant la publication de cet article. L’architecte en charge des travaux, sollicité par La Gazette, n’a pas retourné nos appels.

Enfin, ce lundi après-midi, lors de la prière de 14 h, un nouvel incident a émaillé la relation déjà tendue entre les deux hommes arguant de leur légitimité. En effet, l’imam historique de la mosquée s’est vu interdire l’entrée du lieu de culte par un Lahoucine Oumoulli prétextant son soutien de M’Hamed Rabiti.

Financements multiples et soupçons de détournement

Le 11 mai dernier, le quotidien Le Parisien révélait l’existence d’une enquête de la brigade financière de la Police judiciaire (PJ) de Versailles, au sujet de l’utilisation des dons des fidèles. Conséquence de l’envoi d’une lettre anonyme, elle a valu aux deux responsables de l’association, son président historique M’Hamed Rabiti et le dirigeant actuel (mais contesté, Ndlr) Lahoucine Oumoulli, une convocation à la PJ début mai.

En janvier, quelques mois plus tôt, l’on apprenait que le Maroc signait avec les représentants associatifs de la nouvelle mosquée un protocole d’accord lui accordant la propriété comme la gestion de l’édifice. Les autorités du royaume chérifien doivent apporter une aide financière pour terminer un chantier qui s’éternise, et en former les imams, toujours selon Le Parisien.

Si un audit a bien été réalisé en 2016 pour le compte des autorités marocaines, selon nos informations, la reprise de la mosquée en construction n’est pas définitivement finalisée.
Le Maroc n’est cependant pas le seul Etat impliqué dans le financement de cet édifice religieux. Un rapport sénatorial publié en juillet dernier, issu de la mission d’information « sur l’organisation, la place et le financement de l’Islam en France et de ses lieux de culte » indique ainsi des paiements significatifs provenant d’Arabie Saoudite.

En 2014, ce sont ainsi plus de 191 000 euros qui ont été abondés par les autorités saoudiennes pour la construction de la mosquée Othmane Ibn Affane.

EN CHIFFRES

6 à 7 : Estimation initiale, en millions d’euros, du coût du chantier de construction du bâtiment.

4 000 à 5 000 : Nombre de fidèles pouvant être accueillis une fois la mosquée terminée.