
Un exemple, Manon Altazin ? Pourtant, lorsqu’on pose cette question à la principale intéressée, celle-ci ne se sent pas forcément légitime de l’être. « Je ne m’en rends pas compte » confie-t-elle. Toutefois, en parcourant ses exploits – escalade du Mont Blanc, participation à des marathons, obtention de son brevet de pilote ULM – la quarantenaire sourde de naissance mais de parents entendants mérite bien cette appellation. Selon elle, cette énergie proviendrait de « sa famille entreprenante ». Même si celle qui a passé sa jeunesse à Triel-sur-Seine reconnaît que le handicap y a forcément joué un rôle : « Il m’a certes façonnée d’une façon, à force d’épreuves et d’obstacles ». Par exemple, pour devenir kinésithérapeute, elle a dû s’exiler en Belgique, la faute aux nombreux directeurs d’écoles françaises lui conseillant de changer de voie.
Une partie de ces moments difficiles sont désormais visibles à travers le documentaire Elle entend pas la moto, de Dominique Fischbach, sorti le 10 décembre dernier. Pendant 25 ans, la réalisatrice a suivi le quotidien de Manon. « En 2001, elle cherchait une famille dont l’enfant est en situation de handicap, se remémore la pilote d’ULM. Nous nous sommes dits que ce film permettrait d’apporter les différentes possibilités d’aimer, d’éduquer aux futurs parents, d’apporter l’espoir et l’énergie aux personnes en situation de handicap pour réaliser leurs rêves. » Cette production audiovisuelle est également une sorte de thérapie familiale puisqu’il évoque le décès de Maxime, son petit frère aussi touché par la surdité, survenu huit ans auparavant. À travers les images d’archives, l’émotion est palpable, encore plus quand on constate sa ressemblance avec le fils aîné de Manon, Mathéo. « Ce n’est pas parce qu’il n’est plus là physiquement que nous devrions l’oublier, assure-t-elle. Il a beaucoup marqué les personnes qu’il a côtoyées de part son extrême gentillesse malgré sa souffrance de ne pas trouver sa place dans la société. »
L’autre objectif de ce documentaire est de montrer les défaillances des institutions politiques, des corps médicaux ainsi que de l’éducation nationale qui pourrait mieux intégrer la question du handicap, comme en apprenant la langue des signes dès le plus jeune âge. « Nous ne devrions même pas nous poser cette question si évidente ! martèle la protagoniste d’Elle entend pas la moto. Avec le baby signes qui se développe dans les crèches et les maisons d’assistantes maternelles, cela devrait se poursuivre dans les écoles. Surtout que les enfants adorent. »
Malgré cette nouvelle corde à son arc, Manon ne se voit pas poursuivre une carrière dans le monde du 7ème art, « pourtant mon grand-père me voyait bien en politicienne ou actrice » ajoute-t-elle en souriant. Cependant, elle a déjà plusieurs projets en tête comme l’ouverture de son cabinet paramédical à Bazemont ou continuer de faire rêver les enfants grâce à l’association Rêves de Gosse en tant que pilote bénévole.