Les vidéos de prévention de ces jeunes cartonnent sur les réseaux sociaux

Depuis un an, Amadou, Zouheir, Fahd, et Ali réalisent des vidéos de prévention à l’attention des jeunes afin de les sensibiliser sur des thèmes forts comme les rixes ou le protoxyde d’azote. Leurs points forts : maîtriser les réseaux sociaux et avoir le même âge que leurs cibles.

Les cages d’escalier de la rue François-Pizzaré de Mantes-la-Jolie commencent à avoir leur petite notoriété. Si elles ont déjà été aperçues dans des clips de rap, Amadou et toute sa clique – Zouheir, Fahd, et Ali – les ont investies depuis l’année dernière. Chaque semaine, ces jeunes âgés de 15 à 22 ans y tournent des vidéos de prévention sur des sujets divers et variés tels que la vitesse excessive, la dyslexie ou le protoxyde d’azote. L’idée a germé dans l’esprit d’Amadou quand il se baladait dans le quartier des Garennes. « Je passais devant un groupe d’adolescents que je connais et ils avaient tous des puffs à la main, se rappelle-t-il. Sauf que pour eux, ce n’est pas dangereux. Ils se disent que ce n’est pas une cigarette puisque tu n’as pas l’odeur et il y a différents goûts. »

Le Mantais de 22 ans organise alors une réunion avec ses « potes » le 24 janvier 2025 et ensemble ils décident de passer à l’action en se filmant. Sauf que cela ne sera pas sur les cigarettes électroniques mais sur les rixes, « parce qu’à ce moment-là, j’entendais souvent des morts dans les médias ». Le tournage est quelque peu calamiteux. Les acteurs en herbe font des allers-retours dans la voiture pour se réchauffer, bloquent parfois en récitant les textes. « Et il y avait la voisine avec sa friteuse » glisse Zouheir en rigolant. La petite bande ne disposant pas encore de micro, l’intégralité des sons étaient captés par le téléphone. Résultat, au moindre de bruit de friture, ils devaient tout recommencer. Malgré ces péripéties, tout est dans la boîte à la fin de la journée, prêt à être ­balancé sur Instagram et Tiktok.

Il ne leur faut que quelques heures pour atteindre les 10 000 likes sur le réseau social chinois. « En moins de 24 h on avait déjà plus de 50 000 vues » s’enthousiasme Zouheir. Rapidement, ils se font remarquer par des médias importants comme BFM, C à vous, Booska-P. « Tout s’est enchaîné en avril. On n’a pas eu le temps de se remettre de nos émotions. C’est comme si on mangeait un bonbon et on nous en redonnait un tout de suite après » s’amuse Amadou. « Maintenant sur Snapchat, ça m’appelle Konbini » s’amuse son compère. Par ailleurs, ils reçoivent également un prix de la part de la mission locale du Mantois.

Fiers d’être issus de quartiers populaires, les quatre garçons sont heureux de briser les stéréotypes grâce à leurs vidéos évoquant le féminisme, l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques (ou SOPK). « Ici on a tous des cousines, des mères. Il y a toujours une représentation féminine » résume Zouheir. Hormis le format court – donc rapidement consommable – leur réussite provient aussi de leur âge, le même que le public visé. « On est tous pareils. On se réfère vraiment aux personnes qui nous ressemblent » analyse Amadou.

Prochainement, ils aimeraient réaliser un film, « avec un message à l’intérieur aussi ». Une cagnotte a été ouverte et le lien est disponible sur le profil Instagram d’Amadou @ml_782. Lancée il y a trois semaines, plus de 1 000 euros ont déjà été récoltés sur les 15 000 nécessaires.