
L’union fait la force. Pour augmenter leurs chances de terminer en tête le soir du premier tour des élections municipales le 15 mars prochain, Guillaume Quévarec et Kanza Sakat ont décidé de s’allier sous la bannière de « Mantes-la-Jolie en commun ». « Il fallait occuper le terrain de février à décembre » estime le conseiller municipal d’opposition du Printemps mantais pour justifier ce ralliement à moins d’un mois de la date butoir du dépôt des listes. De son côté, la suppléante du député de la 8ème circonscription Benjamin Lucas assure qu’ils ont toujours voulu « travailler ensemble ».
Car c’est une particularité de la Gauche dans le Mantois. Si, sur le territoire national, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) a explosé en plein vol et que le Nouveau Front Populaire (NFP) – créé à l’occasion des élections législatives 2024 – se fissure et semble promis au même destin que son prédécesseur, dans Mantes-la-Jolie et ses environs, la collaboration demeure. « C’est ainsi depuis les cantonales de 2021 » glisse l’élu EELV. Cependant, il manque encore deux parties politiques dans cette alliance : le PS et le PCF pour une Gauche complètement unie. La question est censée être réglée au cours de cette semaine, leurs instances respectives devant se réunir et statuer si oui ou non ils participent à l’aventure. Toutefois, signe que la porte est encore grande ouverte, la liste des 43 noms + 2 remplaçants n’est pas encore figée.
Nonobstant ce détail, Mantes-la-Jolie en commun a révélé le trio de tête. La militante LFI décide alors de mettre fin au suspense : « J’ai l’honneur d’être choisie pour mener la liste. » Guillaume Quévarec est quant à lui le numéro 2, et, preuve de vouloir mener une démarche citoyenne, Houleye Ba, éducatrice spécialisée encartée dans aucune structure politique, complète le podium. « On a même essayé de travailler avec l’équipe d’Adama Gaye, révèle le conseiller municipal d’opposition. On les a rencontrés mais nous n’avons pas trouvé de point de convergence définitif. » D’autres personnes issues de la société civile seront également présentes comme Stéphanie Debeauche, avocate en droit des étrangers et Leïla, éducatrice spécialisée.
Kanza Sakat numéro 1
Tous ont dans le viseur le bilan de Raphaël Cognet. Ils lui reprochent notamment l’abandon du service public, symbolisé par le bureau de poste de Gassicourt, qui a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête. « Il a fallu que la pétition dépasse les 3 000 signatures pour qu’il [Raphaël Cognet] cherche une solution » Ensuite, la fermeture de 26 classes en trois ans provoque l’ire de la formation politique mantaise. « C’est l’équivalent d’un groupe scolaire » analyse Kanza Sakat. L’un comme l’autre reconnaissent que ces décisions proviennent tout d’abord du rectorat mais « s’il y a bien deux personnes qui peuvent s’opposer à cela, ce sont les syndicats et le maire ». Or les organisations syndicales ont plusieurs fois protesté, alors que l’édile mantais aurait juste « pris le thé » avec les représentants de l’Éducation nationale.
« Finalement, il n’a fait que du visible » résume la suppléante du député. Elle pointe du doigt les deux millions d’euros engloutis par Lueurs de Mantes et la rénovation des quatre places de la ville : place du Marché au Blé, Saint-Maclou, Paul-Bert, Sainte-Anne. Guillaume Quévarec raille la dernière citée : « C’est une aberration, on ne comprend pas pourquoi autant d’argent pour si peu. Pour les gens, rien n’a changé. » Leïla pointe une absence de volet social depuis 2022, mis en exergue par l’épisode de froid de la semaine dernière. « Raphaël Cognet a décidé d’ouvrir un gymnase après l’appel de Mantes-la-Jolie en commun le 5 janvier. Et encore, il y a eu tellement peu de communication, que même les associations ignoraient qu’elles pouvaient l’utiliser » fustige-t-elle. « Et finalement on s’aperçoit que Cognet et Bédier, c’est bonnet blanc, blanc bonnet » s’amuse Guillaume Quévarec. Dernier élément qui gêne les candidats, l’accointance de l’actuel résident de l’Hôtel de Ville avec Pierre-Édouard Stérin. L’homme d’affaires d’extrême droite l’aurait aidé à financer son « école des futurs maires » Politicaë.

Le programme de Mantes-la-Jolie en commun se veut donc en rupture de l’équipe municipale actuelle. « On veut être réaliste mais la priorité c’est la jeunesse » annonce le membre du Printemps Mantais. Pour connaître les marges de manœuvre, un audit financier sera commandé. Cela permettra de mettre en place des actions sur la cantine au sein des établissements scolaires puisque les candidats aux prochaines élections municipales veulent progressivement tendre vers la gratuité. « On a remarqué avec les professeurs que des enfants arrivaient le matin affamés. Deux petits-déjeuners par semaine pourront être proposés » indique Kanza Sakat.
La culture sera plus mise à l’honneur. « Quand j’étais plus jeune, il y avait des fêtes lors de la Saint Jean, note Stéphanie Debeauche. Et la Foire aux oignons (devenue la Médiévale de Mantes, Ndlr) se déroulait dans toute la commune et n’était pas conscrit au centre-ville. » Le projet d’une médiathèque pourrait voir le jour ainsi qu’un centre municipal de Santé. « Alors que c’est une grande cause nationale, il n’y a aucun psychiatre sur Mantes-la-Jolie » s’offusque Leïla. Pour le moment, le collectif n’a pas de lieu précis mais il n’est pas inquiet. En effet, la Ville est propriétaire de nombreux bâtiments qui pourraient faire l’affaire.
Dernier dossier épineux : l’installation du village des mineurs non accompagnés. Tous sont pour – à voir toutefois s’il serait installé au niveau l’ancien collège André Chénier – et regrettent surtout l’instrumentalisation qui en est faite. « On ne va pas se mentir, Pierre Bédier l’a mis ici pour embêter Raphaël Cognet » se désole l’avocate en droit des étrangers. Et le dérapage du maire, une comparaison entre le Val-Fourré et la colline du crack, passe toujours aussi mal. L’élu avait ensuite fait amende honorable en présentant ses excuses et arguant que « comparaison n’est pas raison », ses paroles ne s’envolent pas.
Les premiers tracts ont été distribués dans les boîtes aux lettres mantaises le week-end du 10 janvier. Le lancement officiel se tiendra lors d’une réunion publique le 21 janvier. Elle se déroulera au Joyau, à Mantes-la-Jolie, et aura comme invité d’honneur les députés LFI Paul Vannier, Gabrielle Cathala ainsi que celle EELV Sabrina Sebaihi.