
Au stade Pierre de Coubertin, à Paris, Jean Betbeder a été accueilli comme un champion le samedi 31 janvier. Pourtant, le rameur de l’Aviron Club de Villennes-Poissy (ACVP) ne dispose pas de palmarès dans cette discipline, mais parmi les 4 300 participants du MAIF Aviron Indoor, il pouvait se targuer d’être le doyen de la compétition. À 88 ans, ce natif de Lyon mais Pisciacais d’adoption est toujours épris de ce sport, une histoire d’amour qui dure depuis sa première licence prise en 1956. « C’est l’esthétique qui m’a amené vers l’aviron » se remémore l’octogénaire.
Il loue la beauté du geste, les bras et les jambes qui se coordonnent afin de dégager un maximum de puissance, donnant l’impression au bateau de voler le long du fil de l’eau. L’aspect collectif prime également puisqu’il a toujours concouru avec trois coéquipiers à ses côtés. Jean insiste toujours sur le point quand il entraîne les jeunes pousses du club : « Je dis toujours « 1 cohésion, 2 puissance ». »
Il est prêt à révéler le secret de sa vitalité mais ne sait pas trop à quoi l’attribuer. Son enfance heureuse au sein d’une fratrie de 6 enfants, sa vie équilibrée et saine, « pas trop compliquée », même si le sportif a travaillé 25 ans en tant que métallurgiste dans l’atelier d’outillage central de Renault-Flins. Peut-être une bonne génétique aussi, dont il prend soin. En effet, chaque semaine il se soumet à sa séance d’entraînement d’1h15 et réalise 2 000 m sur un ergomètre avec un temps plus qu’honorable, 10 minutes en moyenne. Pour donner un ordre d’idée, les rameurs dans la fine fleur de l’âge sont autour des 5 minutes. Ne ménageant jamais ses efforts, Jean reste cependant attentif à sa condition physique grâce à son cardiofréquencemètre. « L’adage c’est 220 battements par minute moins l’âge, et parfois, en plein effort, je fais des pics à 140 » indique le presque nonagénaire.
L’année précédente, dans la même compétition, le sociétaire de l’AVCP avait atteint la troisième place, devancé par des « petits jeunes » de 82 et 84 ans. Donc pour ce millésime 2026, Jean espérait faire aussi bien. Les gradins sont bien garnis pour admirer la performance du dossard numéro 1, privilège de l’âge. Dans sa catégorie d’âge et de poids – plus de 80 ans et moins de 75 kg, ils ne sont que 4. Le speaker annonce le top départ, Jean s’élance et rame aussi vite que possible. Dans le sprint final, il en a encore sous le coude et se permet même d’accélérer sur les 300 derniers mètres. Score final : 10 minutes tout pile, soit 38 secondes de mieux que 2025. Une victoire personnelle mais cela s’arrêtera là car cette performance ne lui permet pas de décrocher une nouvelle médaille.
Alors qu’il aurait pu être frustré, le rameur reste plutôt philosophe en actant déjà sa participation pour la prochaine édition, « jamais deux sans trois » clame-t-il avec le sourire. Il va continuer à travailler sur sa puissance pour remonter sur le podium. Et qui sait, dans deux ans, les organisateurs du MAIF Aviron Indoor devront créer une catégorie pour les plus de 90 ans pour que Jean puisse continuer à battre des records de longévité.