
Pour chaque vocation, il y a un déclic. Un jour où le destin bascule. Pour Antony Hamoud, ce jour-là a eu lieu il y a plus de 20 ans. En mars 2000, plus précisément, quand son grand frère meurt dans un accident de voiture. « Je me suis dit que je ne pouvais plus rien faire pour lui, mais que je pouvais peut-être empêcher que ça se reproduise pour d’autres ».
Alors âgé de 8 ans, Antony fait le serment de transformer ce drame personnel en une mission de vie : ne plus jamais laisser une victime seule. Quelques années plus tard, il s’engage en tant que pompier volontaire et devient secouriste bénévole dès l’obtention de son permis de conduire, en 2012.
Depuis, en dehors de son activité professionnelle de chauffeur pour personnes à mobilité réduite, il consacre une vingtaine d’heures de son temps libre, chaque semaine, à la sécurité des autres. « Après une journée de travail, je fais des rondes, ou bien je me poste à un endroit stratégique entre Poissy et Plaisir ». Un engagement si ancré en lui qu’il prend parfois le pas sur sa vie privée… même dans ses moments les plus solennels. « Le jour de mon mariage, j’étais en route pour l’église quand j’ai vu une voiture retournée dans un champ, se souvient-il. Le gars était bourré, mais indemne. Alors j’ai appelé les secours en leur disant « magnez-vous, ma femme m’attend ! » »
Si l’épisode de son mariage reste une parenthèse mémorable, le quotidien d’Antony est beaucoup plus méthodique. Pour assurer sa veille lors de journées plus ordinaires, il s’appuie sur une botte secrète : l’application Waze, grâce à laquelle il repère les accidents de la route, « même depuis [sa] cuisine ». Il peut alors intervenir rapidement en attendant l’arrivée des secours. « Je ne suis pas prioritaire, donc j’y vais en allumant mon gyrophare mais en respectant le code de la route, assure-t-il. Par exemple, je suis intervenu il y a quelques jours sur une départementale à Plaisir. Quand j’arrive, je regarde s’il y a des blessés, leur nombre, la cinétique, le nombre de véhicules impliqués… Et une fois que j’ai toutes les infos, je contacte le 18 avec mon oreillette, et je sécurise la zone avec mes plots ».
Le secouriste est d’ailleurs solidement équipé pour porter secours aux personnes accidentées, grâce à son partenaire AMV Sécurité : bouteille d’oxygène, tensiomètre, défibrillateur, extincteur… Tout l’attirail nécessaire pour ensuite passer le relais au SAMU ou aux pompiers lorsqu’ils arrivent sur les lieux. « Je ne suis pas là pour me substituer à quelconque service, mais pour les déclencher », nous explique le natif de Fontenay-aux-Roses.
La collaboration avec les forces de l’ordre se veut d’ailleurs fluide et bienveillante. Car il faut savoir que le rôle de citoyen sauveteur a bien un cadre légal, défini par l’article L.721-1-1 du Code de la sécurité intérieure, qui reconnaît officiellement le rôle crucial des particuliers dans la chaîne des secours. Ce qui le protège de toute responsabilité civile pour les dommages résultant de son aide bénévole face à un péril imminent, à condition qu’il n’ait pas commis de faute intentionnelle ou caractérisée.
« Je sais que je ne peux pas empêcher l’accident, conclut Antony, lucide. Mais si, quand mon frère a eu son accident, des gens formés s’étaient arrêtés, il y aurait une chance qu’il soit encore vivant ». Et si sa mère ne cache pas son inquiétude de le voir arpenter les routes, il sait la rassurer. « Je lui réponds que je suis prudent, pour moi et pour les autres ».