
« C’est le projet le plus important de la communauté urbaine et même des Yvelines ». Le président du Département, Pierre Bédier, ne craint pas les hyperboles lorsqu’il parle du futur quartier Mantes Université. D’un côté, on parle d’une zone de 45 Ha, à cheval sur les communes de Buchelay, Mantes-la-Jolie et Mantes-la-Ville qui promet de redynamiser ce secteur concerné par l’arrivée du RER Eole et son terminus Mantes-la-Jolie. « Un projet d’une telle ampleur ne peut être pensé sans vous, assurait Samy Damergy, le maire de Mantes-la-Ville lors du lancement de la concertation en février 2025. Vos propositions doivent nourrir la réflexion collective. »
Des opérations de concertation, il y en a eu. Des marches exploratoires de jour comme de nuit, des réunions, des ateliers, avec, en tout, plus d’une centaine d’habitants au côté de l’Établissement Public d’Aménagement du Mantois Seine Aval (EPAMSA) et des partenaires engagés dans la construction de ce quartier. Les résultats étaient présentés le 29 janvier, au sein de l’Institut des sciences et techniques des Yvelines (ISTY), même s’il reste encore un petit mois pour proposer quelques idées.
Pour commencer, tous s’accordent pour donner à « Mantes U » une identité urbaine forte et un patrimoine architectural. C’est dans ce but que la halle Sulzer a été sauvegardée. Bien que son coût représente tout de même environ 6 millions d’euros, chacun est ravi de voir l’édifice métallique rester debout. Cependant, une question fuse dans la salle concernant sa tenue dans le temps. « Les peintures doivent tenir 15 ans » explique Emilie Niepceron, la cheffe de projet Mantes Université.
Le dialogue a permis une révision du plan guide avec une densité maîtrisée avec des hauteurs variées et des ilots ouverts. Depuis 2014, 1 400 logements sont sortis de terre. Cyril Tretour, architecte-urbaniste au sein de l’ANMA, assure désormais que « la hauteur des bâtiments ne dépassera pas les cinq étages ». Par ailleurs, l’utilisation de toitures à versants sera de plus en plus fréquente. Ainsi, leur végétalisation pourra être envisagée, tout comme la création de jardins partagés au pied des immeubles.

Ces logements auront une grande incidence pour Buchelay et Mantes-la-Ville puisque l’EPAMSA estime qu’environ 3 000 habitants garniront le quartier sur 15 ans, ce qui représente un accroissement de 1 à 2 % de la population par an. Il faudra donc penser à implanter des commerces et des services. Les participants des réunions publiques estiment qu’il y en a peu. Pour les rendre attractifs, une charte graphique sera imposée, assurant ainsi une uniformisation visuelle. La fameuse identité citée plus haut sera donc assurée. L’accueil de nouvelles populations doit également être bien corrélé avec l’aménagement d’équipements, notamment à destination des enfants, et espaces verts publics.
Le stationnement reste une problématique importante. Aujourd’hui, les riverains jugent que se garer aux abords de la piscine est difficile. Celui autour de la gare n’est pas non plus satisfaisant, ce qui rend difficile le fait de déposer une personne en voiture. L’EPAMSA mise sur une mutualisation. « Sur les 3 200 places jugées nécessaires, 2 400 verront le jour avec des parkings silos » Samy Adel, le dirigeant de COSITREX. Sur le principe, cela fonctionnerait de cette manière. Le matin, les travailleurs s’en vont, leur place pouvant ainsi être prise par ceux de « Mantes U ». Et vice-versa le soir.
Une femme présente dans l’amphithéâtre de l’ISTY alerte tout de même sur la gratuité ou non des places de parkings. « Cela a tué le centre-ville de Mantes-la-Jolie, il faut plutôt l’utilisation de disques » prévient-elle. Sur ce point, Tristan Roger, architecte-urbaniste de l’ANMA, a évoqué les exemples du Val d’Europe (Seine-et-Marne) et d’Atlantis (Massy, Essonne). Dans le 77, les quartiers avec zone à disque insuffisamment surveillée voyait la voirie être constamment saturée alors que les parkings de bureaux étaient à moitié vides. Tandis que dans le 91, le stationnement payant a entraîné une baisse de la congestion sur voirie et donc d’avantage de places pour les visiteurs.

Pour que cette valse urbaine s’effectue, il faudra que chacun puisse rentrer ou sortir facilement du quartier. Un participant de la réunion publique à Buchelay se demandait si le boulevard Salengro pouvait être élargi. L’EPAMSA a répondu par la négative, à cause des bâtiments présents de chaque côté. Des nouvelles voiries sont ainsi prévues pour éviter que toute la circulation se retrouve sur le boulevard : l’objectif est bien de trouver d’autres axes parallèles au boulevard Salengro et normalement l’arrivée d’Eole va également changer la manière de se déplacer.
Les prochaines échéances sont les suivantes. En mars-avril, les diverses études dont celle d’impact seront finalisées, tout comme le dossier de la création de la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC). Puis de mai à juin, l’autorité environnementale rendra son avis. En octobre, le dossier de la création de ZAC sera censé être validé. Avec l’espoir dans quinze ans d’avoir un quartier dynamique et rayonnant sur tout le Mantois.
Focus sur l’école intercommunale de Mantes-la-Ville
Deux futures écoles intercommunales doivent voir le jour dans le quartier de « Mantes U », l’une à Buchelay, l’autre à Mantes-la-Ville. La pose de la première pierre du futur établissement scolaire mantevillois s’est déroulée le samedi 31 janvier. Elle comptera 18 classes et sera située le long de l’avenue de la Grande Halle, face à la piscine Aquasport. Son ouverture est prévue pour 2027, avec une répartition déjà fixée : 12 classes pour les élèves mantevillois et 6 pour les élèves buchelois. Afin de rentabiliser au mieux l’investissement important qu’elle représente, 15 millions d’euros subventionnés à 70 % par le Département, l’école intercommunale a pour but d’être utilisée toute l’année. Les associations qui voudront l’utiliser passeront par des accès spécifiques afin de ne pas gêner les petits écoliers.
D’une surface de 3 860 m², elle sera composée de deux cours – une pour les élémentaires, une pour les maternelles – s’enroulant « comme un cocon protecteur » d’après les architectes de l’agence Engasser & Associés en charge du projet. 20 places seront achetées dans un parking silo par la Mairie de Mantes-la-Ville pour que les enseignants puissent se garer aux abords du groupe scolaire. Toujours sur cette question de stationnement, des arrêts-minutes seront présents aux abords de l’école intercommunale pour permettre aux parents de déposer leurs enfants sans gêner le trafic. Des voies de mobilités douces pourront aussi être privilégiées par les habitants du quartier. Pour le moment, la carte scolaire n’est pas complètement établie. « Cela nécessite beaucoup de réflexion » explique Samy Damergy. Cette école servira également de test pour sa « voisine » bucheloise. Celle-ci sera dotée de 15 classes et se trouvera dans la zone de « la Raquette ». Elle viendra compléter l’offre éducative dans les prochaines années.