Délinquance dans les Yvelines : la Préfecture fait le point

La Préfecture des Yvelines lançait en janvier 2025 son plan de sécurité du quotidien. Cette feuille de route composée de 8 axes, avec la lutte contre le trafic de stupéfiants comme priorité, avait pour but de renforcer la tranquillité publique. Le bilan de ces actions a été présenté le 6 février.

DIPN 78 SIPJ 78 OFAST VERSAILLES

À l’instar de l’année dernière, la délinquance est en recul dans les Yvelines. Selon les chiffres compilés par la Préfecture et dévoilés le 6 février, il y a eu 77 944 faits en 2025 alors qu’en 2024, 81 932 avaient été recensés, soit une baisse de -5.07 %. « Et qui dit faits en moins dit victimes en moins » assure Frédéric Rose. Toutefois, il n’est guère dans les habitudes du Préfet de se pavaner. Anticipant l’absence des Jeux Olympiques et Paralympiques – l’événement planétaire avait permis d’augmenter fortement la présence de « bleus » sur le terrain – lui et ses équipes ont rédigé un grand plan départemental de la restauration de la sécurité du quotidien. À l’intérieur se trouve huit priorités, avec en tête la lutte contre les ­stupéfiants.

En effet, notre territoire se trouve sur la route des go fast avec le péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines, connu pour être une des portes d’entrée du cannabis pour les trafiquants remontant de l’Espagne. De plus, il fallait faire face aux différents moyens d’approvisionnement des consommateurs : « Les uns vont directement dans les points de deal tandis que d’autres se font livrer via « Uber Shit » ». Plusieurs actions ont donc été menées comme « mettre des patrouilles au bon endroit et au bon moment » souligne Olivier Dimpre, le directeur interdépartemental de la police nationale des Yvelines. « C’est devenu un acte élémentaire du quotidien » ajoute son homologue de la gendarmerie, le colonel Emmanuel la Combe.

Ses équipes sont déployées constamment au niveau de la gare de Versailles Chantiers – identifiée comme un « nœud » – avec huit gendarmes, des réservistes et une brigade cynophile. Les résultats sont là : elle concentre 23 % des affaires de stupéfiants du groupement de gendarmerie dans les Yvelines. Des agents sortent aussi exprès pour traquer les consommateurs et les dealers. Toutefois, les forces de l’ordre savent que les trafiquants disposent de réelles facultés d’adaptation. « On avait des points de deal fixes alors que maintenant il faut boucler les flux routiers, autoroutiers, fluviales et ferroviaires » note le colonel.

Le préfet des Yvelines, Frédéric Rose (au centre), loue la synergie entre tous les services yvelinois.

Policiers et gendarmes s’aident également de l’arsenal juridique, notamment de l’interdiction de paraître. « Un trafiquant n’a plus le droit de se rendre à un point précis. En cas de non-respect, c’est l’arrestation », détaille Olivier Dimpre. Par ailleurs, les consommateurs sont toujours autant visés puisque 5 200 amendes forfaitaires ont été dressées, un chiffre quasi-identique lors de l’année des Jeux Olympiques

Cela a permis les prises records de 4,4 tonnes de cannabis et d’1,4 tonne de cocaïne, « des résultats au-dessus de nos espérances » s’enthousiasme Jean-David Cavaillé, le procureur de la République de Versailles. Dans les 366 trafics qui ont ainsi pu être démantelés, il y a quelques prises notables comme à Saint-Germain-en-Laye. Dans la ville natale de Louis XIV, à l’automne 2025, l’Office antistupéfiants (OFAST) de Versailles a mis la main sur un réseau structuré d’importation de stupéfiants opérant entre l’Espagne et les Yvelines. L’enquête a révélé un mode opératoire organisé, reposant sur des convois réguliers et des lieux de stockage disséminés dans plusieurs coins de la sous-préfecture yvelinoise. Lors d’une opération coordonnée dans la nuit du 9 au 10 décembre, 12 individus ont été interpellés et 1,463 tonne de résine de cannabis a été saisie ainsi que 5 000 euros en espèces et quatre lingots d’or. Autre « belle affaire », cette fois-ci à Rambouillet, au printemps dernier. Tout part d’un banal contrôle routier au niveau du péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines. Les forces de l’ordre ont pu remonter la filière jusqu’à une boutique rambolitaine vendant du CBD. Après analyse, il s’avèrera que le taux des produits dépassait plus de 10 fois le seuil autorisé et qu’en plus, dans la réserve, se trouvaient plusieurs ­produits stupéfiants.

Cependant, un fléau peut en cacher un autre : le protoxyde d’azote. Un arrêté préfectoral a dû être pris en urgence il y a une dizaine de jours, interdisant la vente aux particuliers. « On voulait qu’il dure un an mais si le texte était trop large d’un point de vue territoire et trop long d’un point de vue durée, il y avait des risques de se faire retoquer au tribunal administratif. Donc il va durer un mois mais peut être prorogé plusieurs fois » indique Frédéric Rose. Et le hasard faisant bien les choses, le matin même du bilan, une opération au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines (encore une fois) a conduit à la confiscation de 29 bouteilles.

Pour le moment, les sanctions pénales restent faibles, « un texte est en préparation au Sénat » rappelle Jean-David Cavaillé, et seule une amende peut être dressée. De classe C2, elle prévoit 300 euros maximum par bombonne saisie. Le magistrat pointe aussi un autre problème : leur destruction. Alors qu’il était en poste à Perpignan, le procureur avait souhaité en faire un don à des écoles de cuisine, mais leur composition diffère de celles vendues à destination des professionnels. Pour les détruire, des moyens ­spécifiques sont donc nécessaires.

Tous ces délits devant être punis, la Justice se heurte à la situation préoccupante de l’administration pénitentiaire. En effet, Bois d’Arcy fait toujours partie du top 3 des prisons avec le plus haut taux de surpopulation carcérale. « Des projets de réflexion sont en cours avec la directrice du SPIP (Alexandrine Borgeaud, Ndlr) » révèle Jean-David Cavaillé, qui souhaite sanctionner plus durement les délinquants au niveau du portefeuille.

Malgré ces chiffres plus qu’encourageants, quelques bémols subsistent. En 2025, la sécurité routière dans les Yvelines reste un enjeu critique car le nombre de morts et d’accidents ont augmenté. On dénombre 1 007 accidents corporels soit une hausse de 38 %, 37 personnes tuées sur les routes contre 31 et 1 338 blessées (+ 37 % par rapport à 2024). D’après la Préfecture, il touche particulièrement les usagers les plus vulnérables, un quart des victimes étant des piétons et un autre quart des cyclistes. Ces accidents résultent majoritairement de comportements dangereux. Dans 26 % des cas, la vitesse était excessive et les dépassements risqués ou l’inattention (conduite avec le téléphone ou sous stupéfiants) représentent 20 %. C’est pour cela qu’en 2026 un plan de contrôle routier va être lancé avec 5 priorités : la vitesse, les conduites sous addiction, les comportements dangereux et distracteurs, les deux-roues ­motorisés et les mobilités douces.

Enfin, la Préfecture, la Gendarmerie et la Police nationale constatent une diminution de la part des mineurs dans les infractions mais il y a désormais plus de jeunes impliqués sur des faits plus graves. « Ils occupent des postes hiérarchiques de plus en plus tôt dans certains trafics. Et nous avons des affaires avec des personnes inexpérimentées donc avec des modus operandi très violents » s’inquiète Frédéric Rose.

En 2026, une brigade environnementale de la gendarmerie va être créée

Les atteintes à l’environnement au cadre de vie demeurent une préoccupation dans le plan départemental de restauration de la sécurité du quotidien dans les Yvelines. Une brigade « verte » va voir le jour prochainement. Cette unité spécialisée composée de six enquêteurs formés aux atteintes à l’environnement sera basée à la sous-préfecture de Rambouillet. Elle interviendra cependant sur l’intégralité du département et formera les 700 gendarmes yvelinois. Elle sera chargée de rechercher les infractions liées aux dépôts illégaux de déchets, à l’urbanisme et aux pollutions, et conduira des enquêtes judiciaires ciblées sur les trafics de déchets, le trafic de bois ou les pollutions industrielles.