
Pour les uns, un coup en douce mettant à mal leurs finances, pour les autres, un moyen de mieux entretenir les logements. Dans le quartier du Valibout à Plaisir, l’association Droit au logement 78 (DAL78) vient en aide aux locataires de diverses manières comme la distribution de légumes en vrac. Mais dernièrement, leurs membres sont en colère. En décembre dernier, le bailleur, les Résidences Yvelines Essonne (LREY) a annoncé via un courrier l’arrivée d’une nouvelle ligne dans les charges de ses 32 résidents chaque mois à partir du 1er mars : 9 euros, qui correspondent à un contrat multiservice. D’après le bailleur social, les locataires ont ainsi la possibilité de faire intervenir pour réparation ou remplacement, sans limitation, des prestataires sélectionnés dans le cadre de 22 interventions-types (remplacement de serrure, changement de prise de courant, changement de robinet ou de chasse d’eau…). Ceci servirait à empêcher les appartements de devenir vétustes.
Toutefois, pour Etienne Recht, l’un des porte-paroles de DAL78, ce qui semble être sur le papier « un cadeau » est « juste une obligation légale ». Il rappelle qu’autrefois, du temps de l’OPIEVOY (disparu à cause de la loi ALUR, remplacé par LREY, Ndlr), « ces prestations étaient obligatoires ». Par ailleurs, le porte-parole indique que les bailleurs sociaux doivent aussi remettre en état les habitations quand leurs occupants s’en vont : « Sauf que maintenant, comme le turnover est plus faible, les gens restent plus longtemps, voire toute leur vie. Et ce qu’ils (LREY, Ndlr) appellent de la vétusté, c’est simplement un appartement qui vieillit. »
DAL78 se plaint également du procédé d’adoption : « On nous a présenté le projet sans négociation et nous n’avons pas pu discuter des montants. » Un passage en force dont se défend complètement le bailleur. Un de ses représentants assure que « le dispositif résulte d’un accord collectif signé avec les représentants des locataires ». « La concertation s’est déroulée en toute conformité avec l’article 42 de la loi du 23 décembre 1986 et a été validée par cinq des six associations représentatives, représentant 84,36 % des locataires » précise-t-il. Si DAL78 assume totalement d’être l’association manquante, elle revendique toutefois représenter les personnes les plus pauvres : « plus de 50 % de nos résidents reçoivent les APL. »
Marie, une des locataires du quartier du Valibout résume bien la situation dans laquelle elle va être confrontée dès le mois prochain. « Ils croient qu’on est millionnaire ? » peste la Plaisiroise qui explique qu’avec 9 euros, elle peut acheter autant de baguettes. Par ailleurs, elle s’étonne également de voir des prestations qui sont comprises dans son assurance habitation.
DAL78 a donc décidé de se coordonner pour dénoncer ce contrat multiservice. Pour que des négociations aient à nouveau lieu, il faut réunir les voix de 50 % des locataires en moins de 2 mois, l’échéance se situant à la mi-février. « Sauf que c’est injuste, s’emporte Diabé Kamara, également porte-parole de l’association. D’après la loi, seuls les courriers en recommandé sont comptés. Alors que les Résidences ont juste eu besoin de nous envoyer une lettre toute simple. » Ils vont tout de même distribuer des tracts dans tous les endroits gérés par le bailleur social, en demandant d’envoyer des mails. « On a vu avec un avocat, avec la jurisprudence, cela peut compter comme une voix » espère Etienne Recht.
Dernière crainte pour le porte-parole : voir le montant du contrat s’envoler, comme il l’a déjà vu dans d’autres offices HLM. « Le contrat est strictement encadré, rétorque la société dirigée par Arnaud Legros. Il n’existe pas de mécanisme d’évolution automatique. Toute modification relèverait des règles applicables aux charges locatives, avec information et concertation des représentants des locataires. » Etienne, Diabé et consort ont peu d’espoir de voir la porte des négociations être rouvertes, mais au moins ils se seront battus pour faire entendre la voix des locataires les plus précaires.