
« J’aurais préféré avoir quelqu’un en face ». S’il est forcément enthousiaste à l’idée de repartir pour un nouveau mandat, Philippe Méry ne le cache pas : il aurait aimé avoir un débat, un véritable duel programme contre programme, plutôt que de se voir remettre les clés de l’hôtel de ville sur un plateau. Car oui, Flins-sur-Seine fait partie des 29 communes de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise à n’avoir qu’une seule liste inscrite à la Préfecture des Yvelines à l’occasion de ces élections municipales 2026.
Un tel phénomène n’a rien de surprenant dans les plus petites bourgades de notre territoire. Dans des communes comme Boinville-en-Mantois, Montalet-le-Bois, le Tertre-Saint-Denis ou Tessancourt-sur-Aubette, la liste unique, il s’agit de la norme lors des élections municipales. Et cette année 2026 ne fait pas exception. Toutefois, même certaines villes moyennes du Nord Yvelines sont impactées. Notamment celle d’Ecquevilly : les habitants de la commune, qui sont au nombre de 4279, n’auront qu’un seul bulletin dans les bureaux de vote ce dimanche, celui du maire sortant Marc Herz.
Le fils de l’ancien maire, qui occupait la fonction entre 1977 et 2001, s’apprête en effet à être élu pour un second mandat, et ce sans la moindre opposition. C’est aussi le cas de la maire de Bouafle, Sabine Olivier qui, après être sortie vainqueure d’un duel face à Franck Lallau en 2020, est seule sur la ligne de départ pour sa propre succession.
« Le mandat s’est très bien passé »
Le cas de Philippe Méry n’est donc pas un cas isolé sur le territoire, loin s’en faut. Et il illustre bien la crise de vocation que traverse le statut de l’élu local, car lui-même n’était pas sûr de rempiler. « J’ai quand même réfléchi un peu, avoue-t-il. Je me suis décidé pour des raisons purement personnelles : je suis en retraite depuis deux ans et mon épouse travaille encore. Je ne voulais pas attendre que le temps passe, seul chez moi ».
C’est surtout la volonté de voir ses projets initiés prendre vie qui a poussé Philippe Méry à briguer un nouveau mandat, notamment la construction du futur groupe scolaire. À part ça, l’édile mise sur la continuité et le maintien d’un niveau de service équivalent, ce qui représente déjà un défi « car les dotations de l’État baissent de plus en plus ».

Mais pourquoi le maire flinois est-il seul à se présenter ? Quand on lui pose la question, sa réponse est claire : « C’est parce que je suis bon ! lance-t-il dans un sourire. J’ai fait campagne comme si j’allais avoir quelqu’un en face. Peut-être que c’est parce que les habitants sont satisfaits de ce que l’on fait ». Pour en avoir le cœur net, nous avons contacté le seul conseiller municipal d’opposition de la commune et candidat en 2020, Rachid Zerouali, pour savoir pourquoi il ne repartait pas au combat. Et sa réponse est claire. « On avait fait campagne contre monsieur Méry, j’avais d’abord un à priori sur ces gens, mais finalement, le mandat s’est très bien passé, raconte-t-il. J’ai de très bons rapports avec lui aujourd’hui. J’ai même pu marier plusieurs personnes alors que j’étais dans l’opposition ! »
S’il a bien été sollicité pour repartir en campagne face au maire, pour Rachid Zerouali, il n’en était pas question. « J’arrête carrément la politique, assure-t-il. Même dans le milieu professionnel, je n’ai pas eu un dialogue aussi constructif. On a construit et avancé ensemble pour l’intérêt de la commune et des habitants. C’est pour ça qu’on est élu ! »
Crise de vocation
C’est donc dans un climat particulièrement sain que Philippe Méry va pouvoir poursuivre sa politique sur Flins-sur-Seine… et préparer la suite. Car c’est une liste renouvelée à 40 % qui va l’accompagner sur ce nouveau… et dernier mandat. « J’ai été agréablement surpris, parce que parmi les gens que j’avais ciblé, deux m’ont dit non et tous les autres m’ont dit oui, souligne-t-il. J’ai essayé de prendre toutes les catégories d’âge, mais surtout de rajeunir l’équipe, car moi, si je suis élu là, ce sera le dernier mandat. Alors je leur ai dit : tentez l’expérience, et après, c’est vous l’avenir ! »
L’avenir, justement, ne s’annonce pas des plus radieux pour l’engagement local. Les chiffres en attestent : le nombre de communes yvelinoises avec une seule liste a fortement augmenté au fil des ans, passant d’une cinquantaine en 2014 à environ 80 en 2020 et même atteindre 114 en 2026. Des chiffres qui prouvent que la fonction peine de plus en plus à susciter des vocations : c’est ce qui a motivé les députés à voter, en fin d’année dernière, pour la loi relative au statut de l’élu local, qui vise à rendre la fonction attractive à nouveau. Cela passe par la revalorisation du montant maximal des indemnités de fonction des maires et de leurs adjoints dans les communes de moins de 20 000 habitants, l’élargissement du remboursement de certains frais spécifiques, comme les frais de transport ou de représentation, ou encore l’octroi automatique de la protection fonctionnelle pour l’ensemble des élus locaux victimes de violences, de menaces ou d’outrages.
Il reste désormais un défi à ces candidats uniques pour ce premier tour des élections municipales : convaincre les habitants à aller glisser le bulletin dans l’urne, même si l’issue est déjà certaine. « C’est un peu le nœud de l’histoire, avoue Philippe Méry. J’aimerais quand même être élu avec plus de 50 % de participation, ce serait quand même une forme de reconnaissance ». Finalement, ce sera l’abstention l’adversaire de ces candidats.
Les communes à 1 ou 2 listes
1 liste : Boinville-en-Mantois, Bouafle, Breuil-Bois-Robert, Brueil-en-Vexin, Chapet, Ecquevilly, Evecquemont, La Falaise, Favrieux, Flacourt, Flins-sur-Seine, Follainville-Dennemont, Fontenay-Mauvoisin, Fontenay-Saint-Père, Gaillon-sur-Montcient, Goussonville, Jambville, Jouy-Mauvoisin, Jumeauville, Lainville-en-Vexin, Montalet-le-Bois, Morainvilliers, Nézel, Oinville-sur-Montcient, Perdreauville, Saint-Martin-de-la-Garenne, Soindres, le Tertre-Saint-Denis, Tessancourt-sur-Aubette.
2 listes : Les Alluets-le-Roi, Arnouville-les-Mantes, Auffreville-Brasseuil, Aulnay-sur-Mauldre, Buchelay, Chanteloup-les-Vignes, Drocourt, Gargenville, Guernes, Guerville, Guitrancourt, Juziers, Limay, Magnanville, Médan, Méricourt, Mézières-sur-Seine, Mézy-sur-Seine, Mousseaux-sur-Seine, Rolleboise, Sailly, Triel-sur-Seine, Vert.