
Lors de son discours à l’Île Longue (Finistère) du 2 mars dernier, le président de la République Emmanuel Macron a rappelé l’un des principes fondamentaux de la doctrine nucléaire française : la souveraineté nationale. Nous devons donc être en capacité de produire nos propres missiles, ce qui est le cas grâce à ArianeGroup et son site muriautin, que Catherine Vautrin, la ministre des Armées, a pu visiter le 10 mars. En effet, le groupe issu de la joint-venture entre Safran et Airbus conçoit et fabrique le M51.3, qu’il revendique comme « invulnérable » et « imparable ».
Ce missile mer-sol fonctionne de la manière suivante. Il est d’abord lancé depuis l’un de nos sous-marins nucléaires. Après trois minutes, il quitte l’atmosphère pour rejoindre l’espace à une altitude supérieure à 2 000 kilomètres. Une demi-heure plus tard, il revient sur Terre à la vitesse de 20 000 km/h (Mach 20) pour atteindre sa cible quelques secondes plus tard. Et bien que le chiffre exact de leur portée soit confidentiel, le M51.3 peut traverser un continent.
La présentation fait froid dans le dos, mais Catherine Vautrin ne saurait déroger à la maxime prêtée à l’auteur romain Végèce, si vis pacem para bellum. « Si je devais illustrer l’année 2026, commence-t-elle, nous ne sommes que le 10 mars et nous avons déjà connu le Venezuela, le Groënland et maintenant l’Iran. Vous voyez la nécessité pour notre pays à être prêt ? » Par ailleurs, si la France n’est pas en économie de guerre, d’un point de vue cynique, la supply chain complète du M51.3 fait travailler environ 7 000 personnes. Et cette politique du « glaive et du bouclier » n’est pas prête de s’arrêter.

ArianeGroup planche depuis 2019 sur un planeur hypersonique. En plus de sa vitesse, sa trajectoire faite de rebonds le rend imprévisible et donc difficile à contrer pour les systèmes anti-aériens. Baptisé V-MAX, son utilisation n’est pas encore totalement définie. Il pourrait aussi bien servir pour le civil comme pour le militaire, « c’est l’État qui décidera » tranche un représentant d’ArianeGroup. Et puisque le « bouclier » a été évoqué, il faut donc parler d’Helix, le premier réseau européen de surveillance spatiale actif depuis 2009. Il fournit des données très précises de positionnement et d’orbitographie des objets spatiaux en orbite basse, moyenne et géostationnaire, donnant l’alerte en cas de comportement inhabituel.
« Parce nous savons regarder le monde tel qu’il est, nous sommes en capacité de continuer à inventer des technologies qui protègent la liberté » assure Catherine Vautrin, félicitant au passage toutes les équipes opérant sur ces projets. Dorénavant, le prochain défi de la France sera de mettre en œuvre un développement stratégique conventionnel avec d’autres pays européens afin de poursuivre cette dissuasion avancée. Actuellement, huit pays sont autour de la table des négociations dont l’Allemagne et l’Italie. La France serait le fer de lance de cette coopération puisque notre pays est le seul à disposer d’une dissuasion aéroportée et aéronavale opérationnelle.