Contexte économique « fragile », instabilité institutionnelle… Le Département vote un budget « contraint »

Réunis le vendredi 3 avril, les élus du Conseil départemental des Yvelines ont validé les orientations financières pour l’année en cours. Avec une stratégie : trouver l’équilibre entre « sobriété » et « performance », alors que les dotations de l’État continuent de baisser.

L’assemblée départementale des Yvelines a adopté, le vendredi 3 avril dernier, un budget primitif de 2,2 milliards d’euros qui fera date. Si l’exécutif tente de maintenir une sémantique de « volontarisme », le climat dans l’hémicycle versaillais a rarement été aussi pesant. Au-delà de la présentation des grands projets, c’est un véritable cri d’alarme sur la survie même des institutions départementales qui a dominé les débats, illustré par un basculement historique : pour la première fois, la dette des Yvelines va franchir le cap symbolique du milliard d’euros.

Le constat dressé par Pierre Bédier est sans appel. Confronté à une chute de 200 millions d’euros des recettes immobilières (DMTO) entre 2022 et 2024 et à une baisse de 126 millions d’euros des dotations de l’État depuis 2016, le Département se retrouve dans une impasse structurelle. « Ce que je vois dans notre budget, c’est que si un Département comme les Yvelines n’est plus viable, j’ai tendance à penser qu’il n’y en a pas beaucoup qui le sent, a-t-il lâché. Si on pense que la structure départementale a fait son temps, supprimons-là. Parce que là, c’est un gaspillage, c’est le supplice chinois : la goutte tombe régulièrement, et ça rend fou. […] Même si on reprenait un cours normal, les impasses dans le secteur social continueront à croître puisque les dépenses continuent à croître. Le nœud du problème est là ».

Cette croissance inéluctable des dépenses se lit dans les chiffres : le budget 2026 prévoit une hausse de 37 millions d’euros pour le seul bloc des solidarités. L’autonomie des aînés (+24 millions d’euros), la protection de l’enfance (+9 millions d’euros) et la revalorisation du RSA (+4 millions d’euros) constituent des charges obligatoires que la collectivité ne maîtrise plus, alors même qu’elle n’a plus aucun levier fiscal pour y répondre. Pour ne pas sombrer dans l’immobilisme, les élus ont une nouvelle fois dû recourir à un emprunt massif. En 2026, les Yvelines vont emprunter 254 millions d’euros, seul moyen de financer un budget d’investissement qualifié d’« ambitieux » pour construire et rénover les collèges, soutenir les communes ou encore développer l’enseignement supérieur et la ­transition énergétique.

En acceptant de voir sa dette exploser et son épargne fondre sous le poids des intérêts (+6 millions d’euros), le Département des Yvelines joue son va-tout. L’objectif est de tenir jusqu’en 2027, date à laquelle Pierre Bédier espère un « grand débat national » sur l’organisation administrative du pays. En attendant, entre la hausse des coûts de l’énergie et les ponctions de l’État pour éponger le déficit national, la collectivité vit au rythme de cette « goutte » qui, selon son président, finit par rendre « fou ». La santé financière exemplaire des Yvelines, c’est bel et bien du passé : l’heure est à la gestion d’une crise qui dépasse les frontières du ­département.