Du sommet de Kyiv aux ruines d’Ivankiv, Eddie Aït témoigne d’un peuple debout

Les 25 et 26 mai, le maire de Carrières-sous-Poissy participait à Kyiv au 4ème Sommet International des Villes et des Régions, sous l’égide de Volodymyr Zelensky. Mais au-delà du rendez-vous diplomatique, c’est la confrontation avec la réalité du terrain qui a marqué l’élu.

Eddie Aït

Le voyage commence par un train de nuit depuis la Pologne. Seul cordon ombilical entre l’Ukraine et le reste du monde, ce trajet nocturne installe d’emblée le ton : celui d’un pays sous blocus aérien, coupé du ciel, mais pas du monde. Pour Eddie Aït, maire de Carrières-sous-Poissy et vice-président de l’Union des maires des Yvelines, ce déplacement officiel n’est pas qu’une visite de courtoisie. C’est une « mission », répondant à une invitation du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux placé sous l’égide du président Zelensky, dans le cadre du 4ème Sommet International des Villes et des Régions, consacré cette année à la « Résilience, le Partenariat et la Préparation ».

Le 25 mai, la délégation ne reste pas dans les salles feutrées de la capitale. Elle prend la route vers la périphérie de Kyiv, à la rencontre de projets concrets de reconstruction : des infrastructures énergétiques réparées, des communautés locales qui se réorganisent, des élus qui tiennent leurs territoires. Le 26, c’est la session plénière, les panels de discussion sur l’autonomie des services publics en temps de crise et la transition numérique des collectivités.

Mais c’est Ivankiv qui restera, visiblement, le moment le plus fort du séjour. Cette commune porte une double blessure : celle du drame nucléaire de Tchernobyl en 1986, et celle d’avoir été l’un des premiers territoires à subir l’invasion russe en février 2022 : occupée, bombardée, puis coupée du monde. Pourtant, ce qu’Eddie Aït y a trouvé n’a rien d’un peuple brisé. « Malgré les bâtiments détruits, la population est debout, nous écrit-il. Face à l’inquiétude de nos familles avant de passer la frontière, le contraste sur place est saisissant : là-bas, le courage est devenu une habitude quotidienne ».

Un épisode en particulier l’a frappé. Lors des bombardements, des habitants d’Ivankiv ont couru au milieu du danger pour sauver des flammes les tableaux de l’artiste peintre Maria Prymatchenko, icône de l’art populaire local. « Pour les Ukrainiens, défendre leur ville ne se résume pas à protéger des murs de béton, mais à préserver leur identité culturelle et leur âme collective », résume le maire. L’image finale qu’il rapporte est celle d’une assemblée de maires, de soldats et d’habitants entonnant l’hymne national ukrainien à Kyiv. Pas pour pleurer, mais pour affirmer une fierté que la guerre n’a pas entamée. « Les barrières de la langue s’effacent pour laisser place à une fraternité pure », note-t-il.

Ce déplacement n’est pas isolé. Carrières-sous-Poissy, labellisée « Ville Européenne » en 2024, membre du réseau Maires pour la Paix et signataire de la Charte de soutien à l’Ukraine de l’ONG Stand With Ukraine, insère cette mission dans une politique internationale cohérente. Eddie Aït rentre avec des images, des regards et des voix plein la tête, avec une conviction : « ce que nous vivons en les soutenant est absolument ­nécessaire ».