Les AESH en grève pour être enfin reconnues

Plusieurs membres du Collectif AESH 78 se sont rassemblées sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Mantes-la-Jolie, le mardi 9 juin au matin, afin de demander « respect », « reconnaissance » et « dignité » pour une profession qu’elles estiment lésée.

« Ma maman accompagne vos enfants. Qui accompagne ma maman ? » Cette pancarte brandie par une AESH devant la mairie de Mantes-la-Jolie est révélatrice des maux qui touchent toute une profession. Réunis en collectif, plusieurs Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap des Yvelines étaient en grève le mardi 9 juin dernier, pour alerter sur leurs conditions de travail et sur l’absence de reconnaissance dont elles se disent victimes.

Ce rassemblement n’est pas une première. Le Collectif AESH 78 existe depuis une dizaine d’années, ce qui, pour Souad, AESH en maternelle à Mantes, est en soi un aveu d’échec collectif. « Ça prouve que les conditions de travail sont compliquées depuis toujours », lâche-t-elle. Au cœur des revendications : l’absence de statut. « On peut être CDIsées, mais on demande à être fonctionnaires de catégorie B. Ils ne veulent pas, parce qu’on n’est pas diplômées. On demande des formations, mais ça n’est pas le cas. Donc on nous précarise ».

La précarité, elles la vivent au quotidien. Moins de 1 000 euros par mois, des mi-temps imposés, et des journées de grève qui coûtent cher. « On est payées 30 euros la journée. Des collègues n’ont pas pu venir aujourd’hui parce qu’elles avaient peur de perdre ce salaire ». Pourtant, ces femmes, car la profession est quasi exclusivement féminine, constituent le deuxième corps de métier de l’Éducation nationale. « Si on était essentiellement des hommes, on aurait avancé depuis longtemps », tranche Souad.

Malgré leurs sollicitations, les manifestants n’ont pu échanger avec le maire ou avec le député de la circonscription.

Sur le terrain, les conditions sont tout aussi éprouvantes. Une autre AESH du Mantois décrit des journées épuisantes, à jongler entre plusieurs élèves aux handicaps variés (trisomie, dyslexie, dyspraxie, troubles moteurs ou visuels) répartis dans plusieurs établissements. « On est amenées à changer d’établissements, à faire des allers-retours pour s’occuper de 2, 3, 4, parfois 5 enfants. Comment voulez-vous qu’on soit concentrées sur des enfants qu’on doit mettre en confiance ? » Elle confie une lassitude profonde, au bord de la rupture : « J’ai une colère en moi. Je suis prête à arrêter, mais j’aime tellement ce travail que je ne sais pas quoi faire. »

Toutes réclament la même chose : un vrai statut, des formations, une revalorisation salariale. « On est des pions. On nous prend là, on nous met là », résume-t-elle. Sans AESH, rappelle le slogan brandi ce matin-là, pas d’école inclusive.