Des locaux fermés depuis juillet 2016 et une seule présence sur internet : celle de l’annuaire des associations de Carrières-sous-Poissy. Depuis sa création, l’Association jeunes Carrières (AJC), ayant pour but d’animer les quartiers, fait l’objet de rumeurs persistantes concernant son activité et l’utilisation de subventions municipales. Si le maire Christophe Delrieu (DVD) reconnaît des irrégularités, il ne remet ni en cause l’existence, ni le but de l’AJC. Une enquête est en cours.

Mardi 31 janvier, les policiers du commissariat de Conflans-Sainte-Honorine se rendent au siège de l’association, situé dans le quartier des Fleurs, pour y interpeller quatre personnes. Ils soupçonnent le président de l’AJC d’avoir détourné, à des fins personnelles, une subvention municipale de 50 000 euros, accordée le 16 décembre 2014.

Sur place, les enquêteurs trouvent environ 15 000 euros en espèces ainsi qu’une facture de 25 000 euros, correspondant à des travaux théoriquement effectués dans le local de l’association, attribué par la mairie au sein du centre commercial Saint-Louis. Les forces de l’ordre constatent que « la valeur des travaux effectués semble bien inférieure à celle de la facture », précise une source proche de l’enquête.

Entendu par les enquêteurs, le gérant de la société en charge des travaux affirme avoir été approché pour émettre une fausse facture et retirer 22 000 euros en liquide. Un témoignage nié par le président de l’association, dont l’objet, selon ses statuts déposés en juin 2014, est « de créer une réelle dynamique socioculturelle à dimension humaine » pour « donner toute sa place à la jeunesse ». Selon lui, la somme trouvée en espèces par les policiers correspond aux recettes réalisées par le fast-food dont il est gérant.

En février 2015, Eddie Aït (PRG), ancien maire et conseiller municipal d’opposition avait envoyé un courrier au procureur de la République, qui a déclenché l’enquête. « Cette association a été créée en juin 2014, et, en décembre de la même année, on lui donne cette subvention », explique-t-il, pour une somme « considérable » qui représenterait « un sixième » de l’enveloppe globale allouée aux associations carriéroises.

Concernant l’AJC, il n’a vu son logo « qu’une ou deux fois sur un tract municipal ». Au siège de l’association, les grilles ne laissent pas de place au doute : le lieu est fermé. Une commerçante de la galerie se souvient bien « avoir vu du monde y passer » lorsque les locaux étaient ouverts. La fermeture, selon le maire actuel, est effective depuis  « juillet dernier ».

Pour Christophe Delrieu, d’ailleurs entendu par les policiers dans le cadre de l’enquête (sans être mis en cause, Ndlr), « on ne peut pas dire qu’il n’y a rien eu » en ce qui concerne l’activité de l’association. Il évoque « un accompagnement à un tournoi de foot en salle au niveau national » et la mise à disposition par la municipalité de « créneaux spécifiques pour les jeunes à la salle de musculation ».

Toutefois, impossible de contacter les responsables de l’association, le courriel fourni dans l’annuaire des associations étant inactif. Sur les réseaux sociaux, certains Carriérois ne font pas mystère de leurs doutes concernant son existence, pointant ainsi son absence au forum des associations en 2015. S’il défend la réalité de ses actions, le maire Christophe Delrieu déplore néanmoins un « refus » de l’association de remettre des rapports moraux et financiers depuis le 31 décembre 2015.

« Quand la subvention est supérieure à 23 000 euros, il existe une convention qui cadre l’utilisation de cette subvention », précise l’élu. Il évoque aussi la « nécessité » pour l’AJC d’avoir une vie administrative passant notamment par l’organisation d’une assemblée générale annuelle… mais estime que « c’est le rôle de la préfecture de contrôler tout cela ».

Sur le site internet de la préfecture, les statuts sont les mêmes depuis la création en juin 2014. « Pourtant, nous avons travaillé sur les statuts avec le président, mais cela n’a pas été réactualisé, détaille-t-il. Nous les avons accompagnés, mais nous ne pouvons pas être derrière constamment, il n’a pas dix ans. »

Malgré les soupçons, Christophe Delrieu maintient sa position : « Des associations comme l’AJC relèvent des politiques de la Ville en matière des quartiers. » Mais il n’exclut pas «  de solliciter le tribunal administratif de Versailles » ainsi que le remboursement de la somme versée. « Pour l’instant on ne sait pas, cela n’a pas été établi », commente-t-il de l’enquête en cours.

Le président de l’AJC, a été remis en liberté, tandis que l’enquête se poursuit. Le prédécesseur de Christophe Delrieu estime de son côté que « ce n’est que le premier volet ». Dans un courrier daté du 6 février 2017, il saisit ainsi l’association Anticor, qui lutte contre la corruption en politique.

D’autres associations contrôlées

Outre l’AJC, l’ex-maire et conseiller municipal d’opposition Eddie Aït (PRG) souhaiterait faire la lumière sur deux autres associations. « Nous ne voulons pas qu’il y ait de poupée gigogne », précise l’élu, qui attend déjà des explications du maire sur le dossier de l’AJC. Sans donner de noms, Christophe Delrieu (DVD) évoque « au moins quatre associations » contrôlées par la mairie. « Notre objectif est de répondre aux rumeurs des Carriérois, détaille-t-il. Parfois, ce sont même les adhérents qui viennent nous trouver. »