En vallée de Seine comme dans le reste du pays, les zones de déploiement du très haut débit par fibre optique ont été séparées en deux catégories. Les espaces densément peuplés, soit 590 000 foyers dans les Yvelines, ont été attribués aux opérateurs privés, charge à eux d’investir dans ces endroits dits « AMII ». Les zones plus rurales, soit 109 000 foyers yvelinois, sont, elles, sous la responsabilité du Conseil départemental.

Chez les opérateurs privés, le déploiement est aujourd’hui bien entamé, comme s’en sont félicités les responsables d’Orange, venus au soir du jeudi 27 avril à Vernouillet pour présenter le déploiement aux habitants. « On a déjà 275 000 prises adressables, et quasiment 210 000 raccordables : ça commence à être conséquent », s’est satisfait Régis Philippon, directeur des relations avec les collectivités locales des Yvelines.

Vallée de Seine : dates du déploiement de la fibre optique commune par commune

Consultez les dates de déploiement de la fibre optique en cliquant sur la commune qui vous intéresse. Le rouge le plus clair indique les villes où le déploiement a déjà commencé ou débute cette année. Plus le rouge est foncé, plus elles devront attendre. En gris figurent les communes où le début du déploiement n’est pas encore connu.

En vallée de Seine, 28 833 foyers sont en zone publique et 146 624 en zone privée. Toutes les données de cette carte interactive sont ont été collectées directement soit auprès des opérateurs privés (Orange et SFR-Numéricable), soit auprès du conseil départemental des Yvelines, soit grâce à des documents institutionnels et des articles de presse.

Le contrat signé entre opérateurs privés et Etat oblige les premiers à terminer le branchement de tous les foyers qui leur ont été confiés d’ici fin 2020. A Vernouillet, Orange ne lésine pas pour convaincre de l’obsolescence technique du réseau cuivre utilisé par l’ADSL. « On va tourner la page et passer à quelque chose de beaucoup plus important », promeut ainsi Jean-Bernard Dognon, directeur de projet fibre.

« La fibre optique, c’est un fil de verre, de la silice, de 9 microns de diamètre, dessus, on passe des quantités d’informations énormes à des vitesses très importantes », ajoute-t-il. En guise d’exemple, il montre un faisceau de câbles de cuivre de gros diamètre… puis un mince support rassemblant des centaines de fils de verre : « Avec ce câble-là, vous reliez 46 900 clients. » A Vernouillet, 1 751 foyers, soit 46 % des logements, seront raccordés cette année, la fin du déploiement étant prévue « pour 2018 ».

Jean-Bernard Dognon, directeur de projet fibre chez Orange, montre un mince support rassemblant des centaines de fils de verre : « Avec ce câble-là, vous reliez 46 900 clients. »

Du côté de SFR, le déploiement est également bien engagé dans les deux communes dont l’opérateur a la charge. Tandis qu’il a terminé à Achères, près de 5 000 foyers sur un total de 14 000 sont aujourd’hui commercialisables à Conflans-Sainte-Honorine. « On a une date fixée à 2019, mais je pense très honnêtement que d’ici fin 2018, le déploiement sera achevé sur l’ensemble de la ville », estime Jean-Claude Brier, directeur des relations régionales Île-de-France.

Les 109 000 foyers à la charge du Conseil départemental, eux se divisent en deux catégories. Les habitants de 54 des 158 communes bénéficieront dans les mois à venir de chantiers d’amélioration de leurs débits par ADSL. Les travaux débuteront d’ailleurs dès cet été dans 22 d’entre elles, entre autres aux Alluets-le-Roi, Aulnay-sur-Mauldre, Bazemont, ou Le Tartre-Gaudran. Pour la fibre, ces communs connaissant une « montée en débit » devront par contre attendre la prochaine décennie.

Montée en débit, satellite, fibre optique : quelles différences ?

Une connexion est considérée comme étant à très haut débit à partir d’un débit descendant, du réseau vers l’usager, de 30 Mbits/s. Le satellite, s’il est cher et moins rapide que le débit maximal de 25 Mbits/s d’une connexion ADSL, permet cependant un accès dans des zones très isolées.

La montée en débit consiste à créer des sous-répartiteurs (NRA) situés à moins d’un kilomètre des abonnés. Ces derniers bénéficient alors, en utilisant la technologie VDSL2 (une évolution de l’ADSL, Ndlr), d’un débit descendant compris entre 25 et 100 Mbits/s, et d’un débit montant allant de 5 à 30 Mbits/s, la vitesse de la connexion augmentant avec la proximité du sous-répartiteur.

La fibre optique introduit de son côté une rupture beaucoup plus importante, en particulier lorsqu’elle est amenée directement jusqu’à l’abonné (solution FTTH, Ndlr). C’est le cas dans les communes yvelinoises où le Conseil départemental et les opérateurs privés déploient cette technologie. Elle offre alors actuellement, selon l’abonnement et l’opérateur choisis, des débits descendants de 100 Mbits/s à 1 Gbits/s, et des débits montants de 50 à 200 Mbits/s.

« Aujourd’hui, les opérations se passent donc parfaitement dans le timing qui a été communiqué aux communes concernées fin 2016 », se réjouit Karl Olive (LR). Le maire de Poissy est vice-président chargé du numérique tant à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) qu’au Conseil départemental des Yvelines. « Les opérations de déploiement pour les 104 autres communes qui sont éligibles au réseau FTTH (la fibre optique, Ndlr) seront lancées d’ici fin 2017 », assure-t-il également.

Dans les 104 communes dévolues aux opérateurs privés, les maires dont les administrés attendent encore le début du déploiement se plaignent parfois du peu de considération des opérateurs. A Vernouillet, les responsables d’Orange n’ont pas fait mystère de l’insistance du maire Pascal Collado (DVD), depuis son élection en 2014 : « Il a vraiment insisté auprès de nous, depuis quelques années maintenant, pour que l’on vienne, c’est pour ça qu’on l’a mis dans les priorités de cette année », indique ainsi Régis Philippon.

« Les attributions financières définitives se font au mois de décembre », précise Régis Philippon, directeur des relations avec les collectivités locales des Yvelines chez Orange, à propos de l’incertitude qui entoure les prochaines communes choisies pour y déployer le très haut débit.

Car, fait souvent méconnu du grand public et rappelé à Vernouillet, Orange planifie ses déploiements de fibre optique dans les communes d’une année sur l’autre, en fonction de ses finances. « L’année dernière, à cette époque-là, on ne savait pas qu’on allait déployer sur Vernouillet cette année », assure ainsi Jean-Bernard Dognon. « Les attributions financières définitives se font au mois de décembre », précise Régis Philippon.

« Je sens une certaine impatience », conclut ce soir-là Jean-Bernard Dognon face à des habitants manifestant clairement leur ras-le-bol devant la lenteur du débit des connexions ADSL actuelles. A Vernouillet, ce dernier est pourtant plutôt supérieur à celui de certains villages du Mantois devant être « fibrés » par Orange et dont les élus se désespèrent de devoir attendre encore, comme à Breuil-Bois-Robert.

Cette impatience des internautes yvelinois ne semble plus être un caprice en 2017. « Il faut penser que ça va apporter une plus-value immobilière, analyse d’ailleurs le responsable d’Orange. Les gens, une maison qu’ils construisent ou achètent, entre une ville fibrée ou pas, le choix est vite fait : c’est une vraie valeur ajoutée. »

Le réseau départemental confié au privé ?

Le syndicat mixte ouvert Yvelines numérique a été créé en 2016 pour le lancement du second plan de déploiement du très haut débit par le Conseil départemental hors des zones réservées à Orange et SFR, soit environ 109 000 prises, suite à l’abandon du programme initial d’une couverture à 100 % en fibre optique pour 2020. Yvelines numérique pourrait confier tout ou partie de son réseau de fibre optique à un opérateur privé : plusieurs seraient actuellement sur les rangs, et leurs offres en cours d’étude.

A l’heure actuelle, le syndicat, qui associe Département et intercommunalités yvelinoises, est chargé de la montée en débit de l’ADSL ou du déploiement de la fibre optique pour 158 communes. Il a également pour but le déploiement du très haut débit auprès des services publics locaux, et des entreprises implantées dans 63 zones d’activités (autrefois confié à Eiffage, le réseau d’entreprises lui avait été repris en 2016 contre une indemnité, Ndlr).

En décembre dernier, Yvelines numérique publiait,comme la réglementation l’y oblige, une « consultation formelle des opérateurs » sur le site internet de l’organisme de régulation des télécoms. « Le syndicat a été approché tantôt par écrit, tantôt de façon informelle par plusieurs opérateurs », peut-on lire dans un appel d’offres destiné au recrutement d’un cabinet d’analyse financière afin d’évaluer les propositions de ces opérateurs privés et d’une éventuelle cession de son réseau.

« Il ne s’agit à ce stade que d’une éventualité dont la réalisation est soumise, pour autant que cela intéresse un opérateur, à la nature comme à la portée des engagements susceptibles d’être pris par lui, nuance le syndicat mixte ouvert dans son appel d’offres. La décision d’abandonner ou de poursuivre ce projet sera prise par le comité syndical en fonction des résultats de cette consultation. » Les opérateurs intéressés présentaient leurs projets le 27 avril devant le comité syndical, dont la décision finale est prévue pour le 15 juin 2017.

Orange et SFR incitent les copropriétés à se bouger

Lorsque des habitations individuelles sont concernées, le déploiement de la fibre optique ne nécessite que l’accord de son ou ses propriétaires, moyennant le paiement de frais d’accès de 149 euros. Dans le cas de logements collectifs, c’est toute la copropriété qui doit donner son accord préalable : SFR comme Orange incitent donc les copropriétaires à se mobiliser pour s’assurer d’un déploiement le plus rapide possible.

« C’est à nous d’aller chercher les conventions d’opérateur d’immeuble, mais c’est très compliqué sur les petites copropriétés qui ne se réunissent qu’une fois par an », estime ainsi Jean-Claude Brier, directeur des relations régionales Île-de-France chez SFR. Ce dernier a terminé le déploiement de la fibre optique à Achères, et espère avoir terminé à Conflans-Sainte-Honorine d’ici « mi-2018 »… sous réserve de pouvoir brancher rapidement les copropriétés, justement.

« Ce qui est important est que les Assemblées générales (AG) donnent le pouvoir de signer la convention d’opérateur d’immeuble au conseil syndical, possible depuis la loi Macron, rappelle-t-il dans un sourire. Avant, ce type de convention ne pouvait être validé qu’en AG régulière ou extraordinaire, ça fluidifie et simplifie le sujet car ça évite d’attendre un an. Après, il faut que les gens prennent la disposition. »

Chez Orange, la préconisation est identique, comme préconisé il y a quinze jours à Vernouillet lors d’une réunion d’information. « On ne fera aucun travaux en partie privative sans une convention de raccordement type », assure ainsi Jean-Bernard Dognon, directeur de projet fibre optique chez Orange. « L’alternative est de faire signer tous les copropriétaires et de transmettre au syndic, qui peut alors signer la convention sans AG », complète Solenn Funck, chef de projet du déploiement à Vernouillet.

Ce soir-là, certains s’inquiètent du coût du raccordement si des travaux doivent être menés, par exemple au sein des copropriétés pavillonnaires. « On va passer par les fourreaux qui existent. Il peut y avoir des problèmes : souvent, c’est terre et boue, on arrive à dégager facilement, détaille Jean-Bernard Dognon. Parfois, ça peut être des réparations plus importantes, et le coût est à la charge de la copropriété. »