Depuis 2014, un débat public officiel et animé se tient autour du futur Port Seine métropole Ouest (PSMO), une plate-forme portuaire multimodale de 100 ha. Situé au Nord d’Achères, à l’Ouest de la route nationale 184, ce projet de port dédié au BTP doit être terminé en 2040, avec une première portion de 20 ha en chantier dès 2020. Il représente un investissement de 110 millions d’euros HT (hors des acquisitions foncières, Ndlr) pour Ports de Paris.

Son grand frère dédié à la logistique, conditionné par l’A104, progresse beaucoup plus discrètement. Le Port Seine métropole Est (PSME), envisagé face à Conflans-Sainte-Honorine par le gestionnaire d’Etat des ports franciliens, a été récemment discuté par les élus d’Achères. Au conseil municipal du 9 novembre, l’assemblée a en effet voté l’acquisition de 119 hectares appartenant à la ville de Paris à l’Est de la RN184, dans un premier temps pour y exploiter le sable.

A Conflans-Sainte-Honorine, le conseil municipal s’y oppose résolument. Son maire Laurent Brosse (LR) n’avait pas été prévenu de l’achat, il a fort peu goûté la nouvelle selon nos informations. La futue infrastructure portuaire, dont la réalisation pourrait suivre la fin de l’exploitation sablière, nécessiterait par ailleurs le prolongement de la Francilienne pour fonctionner… et en novembre, l’édile conflanais s’est aussi positionné contre cette A104 dont le trajet passe par sa commune.

Les parcelles concernées par la vente votée en conseil municipal d’Achères, actuellement exploitées par un agriculteur, sont situées le long de la Seine, à l’Est de la RN184. Elles sont comprises dans le périmètre du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap) et de son usine d’épuration, la plus importante d’Europe.

Ces terrains, achetés à la mairie de Paris, seront ensuite revendus à l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France (Epfif), deux opérations qui devraient se tenir quasi-simultanément ce mois-ci. L’opérateur régional est habituellement chargé de « porter » le foncier pour les collectivités en vue d’une utilisation ultérieure. A Achères, il supervisera l’exploitation des carrières de sable.

La municipalité achéroise percevra un bénéfice à la revente, puis des recettes de l’exploitation du sable, mais pourrait devoir racheter les terrains si jamais la plate-forme portuaire multimodale ne se réalise finalement pas. Celle-ci est cependant souhaitée par l’État, notamment dans le cadre de la création du canal Seine Nord Europe, juste relancée par le gouvernement avec une mise en service estimée à 2024.

Ses 107 km sont destinés à permettre des convois fluviaux de 4 000 tonnes depuis le Nord de la France. L’une de ses extrémités débouche au niveau de la confluence Seine-Oise. « L’idée est de localiser sur cette confluence des grands centres logistiques où on pourra relocaliser de la valeur ajoutée et de l’emploi », expliquait en 2012 Alexis Rouque, alors directeur général de Ports de Paris, lors d’une conférence de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP).

La carte ci-dessus est extraite d’une conférence de l’Atelier international du Grand Paris organisée en 2012 et dédiée au double projet : d’un côté le Port Seine métropole Ouest (PSMO), de l’autre le Port Seine métropole Est (PSME).

L’institution, créée suite à la consultation organisée en 2008 par l’État autour du Grand Paris, précise sur son site internet l’ensemble du projet. Le Port Seine métropole totalise « 420 hectares d’aménagement en deux opérations ». A l’Ouest, le PSMO fait face à Andrésy. A l’Est, le PSME fait face à Conflans-Sainte-Honorine, même si le bois de l’ancienne île de Devant, pas concernée par les acquisitions, devrait limiter l’impact visuel face à la place Fouillère, au pied du centre-ville.

Les activités du BTP sont la cible du PSMO, l’objectif à travers le PSME est la création d’une plateforme portuaire multimodale de conteneurs, doublée d’une zone logistique. Avec quelques écueils pour Ports de Paris : « Sur ces 300 ha, 100 sont constructibles, le reste, il faut le préserver pour l’expansion des crues, révélait en 2012 Alexis Rouque. Le site est aussi très contraint par la proximité des collectivités locales, la dimension d’acceptation par les riverains. » Pour acquérir les terrains à la Ville de Paris, la municipalité achéroise va débourser environ 25 millions d’euros. Elle les revendra ensuite pour 31 millions d’euros à l’Epfif. « Il y a deux temps d’opération, expliquait le maire DVD Marc Honoré au conseil municipal du 9 novembre dernier. Le premier, c’est l’achat avec la valeur du sable à 6,50 [euros]. Ensuite, la revente à l’Epfif, avec une valeur du sable à 8,50 [euros]. »

La double transaction représente un gain important pour la municipalité. « Cinq millions seront à disposition de la Ville au moment de la vente à l’Epfif », poursuivait l’édile face à l’assemblée des élus. Deux millions d’euros seront ensuite reversés à la commune « durant la recherche et l’exploitation [du sable] par le carrier », puis un dernier reliquat à une date indéterminée. Le total des sommes perçues par la municipalité devrait atteindre 13 millions d’euros.

Pour justifier cette opération, la Ville avance notamment deux arguments. D’abord un manque de capacités techniques pour assumer la mise en exploitation et la gestion de la carrière, mais aussi un déficit de moyens financiers pour faire face aux différents recours pouvant être déposés. « On sait que Conflans-Sainte-Honorine a voté contre l’exploitation des carrières, a détaillé Marc Honoré au conseil municipal. Et il y a certaines associations environnementales qui sont opposées au projet. »

Si l’objectif à long terme est bien « que les terrains soient une extension de Ports de Paris », la municipalité reste toutefois prudente. « L’exploitation du sable, c’est au moins
25 ans, on est sur du très long terme », a ainsi tempéré Marc Honoré des inquiétudes possibles. Cependant, l’engagement financier de l’Epfif, institution habituellement chargée de préparer le terrain à des projets de grande envergure, à hauteur de 31 millions d’euros, rend quelque peu plus concrète la réalisation du PSME.

Cet engagement financier inquiète toutefois l’ancien édile communiste Alain Outreman. « L’Epfif n’a pas finalité à faire du profit », a-t-il noté le 9 novembre. S’il trouve l’accord « pas si mal », il a finalement choisi de s’abstenir lors du vote de la délibération dont il estime que les termes financiers auraient pu être plus avantageux pour la commune : « Je pense qu’on n’a pas assez forcé la main à la Ville de Paris. Et on a assez peu de lisibilité sur la finalité de l’opération. »

Les délais seraient de cinq à dix ans pour la mise en exploitation du sable, puis d’environ deux décennies avant le lancement du chantier de port. A la mairie, l’on fait noter que l’utilité de ces 119 hectares est plus que limitée hors d’un port, les terrains se situant en zone inondable. S’ils devaient revenir in fine à la Ville, cette dernière devrait alors leur trouver une vocation pouvant prolonger le PSMO, le projet de parc urbain et le futur quartier de la Petite arche, tous à l’Ouest de la RN184.

Côté PSME, dont la naissance est donc fixée entre 2040 et 2050, la municipalité achéroise devra surtout faire avec la franche hostilité de sa voisine conflanaise. Le 19 décembre 2014, le conseil municipal de Conflans-Sainte-Honorine avait ainsi déclaré « s’opposer catégoriquement » au projet de réalisation du port Est. « Ce projet porterait irrémédiablement atteinte au cadre de vie et à la qualité de vie des habitants de la commune et de la confluence », avait-il souligné.

Le projet de port logistique conditionné par l’A104

Le prolongement de l’A104, dont le tracé passe à proximité du futur Port Seine métropole Est, est considéré comme indispensable à sa réalisation par Ports de Paris.

Sans un passage de la Francilienne à quelques centaines de mètres de son emplacement envisagé, le port logistique souhaité par l’État ne pourra voir le jour, faute d’implantation des sociétés de logistique et d’entrepôts de géants du commerce comme Amazon. Pourtant, le projet A104, discuté depuis plusieurs décennies, rencontre une opposition associative comme politique féroce même s’il compte aussi des soutiens de poids.

En 2012, le directeur général de Ports de Paris, justifiait d’ailleurs le choix de phaser le projet entre Ouest et Est par « le débat autour du bouclage de l’A104 ». Et d’expliquer : « Les grands logisticiens ont besoin d’une desserte routière pour que votre site soit crédible et pouvoir les attirer. »

Ce projet, récemment revenu au-devant de la scène entre autres grâce à l’activisme du maire de Poissy, Karl Olive (LR), fait cependant face à l’opposition politique du maire de Conflans-Sainte-Honorine, Laurent Brosse. Ce dernier justifie d’ailleurs son opposition farouche au Port Seine métropole Est par la nécessité d’y amener l’autoroute, qui traverserait sa commune.

En 2014, le Collectif pour la protection des riverains de l’autoroute A184 (Copra 184, d’après le nom initial de l’A104, Ndlr) envoyait un questionnaire pour connaître l’avis des candidats aux élections municipales quant à son prolongement. Le futur maire d’Achères, Marc Honoré (DVD), s’était positionné contre le tracé prévu pour l’autoroute, dit « tracé vert », mais avait prévenu : « En tout état de cause, il faudra trouver une solution de bouclage… »

Aujourd’hui, l’édile se montre plus nuancé. « Je me suis positionné contre par solidarité car il n’y a pas qu’Achères, détaille-t-il. Mais, selon le tracé vert, il n’y aurait pas beaucoup d’impact à Achères. » L’élu est également tiraillé entre ses deux homologues et voisins de Poissy et de Conflans-Sainte-Honorine. « Je préfère ne pas prendre de décision pour le moment, précise-t-il donc.
J’ai demandé à ce qu’on se rencontre tous les trois. »