« Je suis le seul maire en Île-de-France à porter un projet tel que celui-là », note derrière son bureau l’édile magnanvillois Michel Lebouc (DVG). Depuis lundi 11 décembre, un agent de sécurité circule en effet toutes les nuits dans la commune, qui ne dispose pas d’une police municipale. Cet essai, lancé pour trois mois dans un premier temps et regardé avec curiosité par les communes voisines, a été validé par le préfet et le commissariat mantais.

Si les mairies sont nombreuses à recourir à des vigiles, l’usage habituel est de les cantonner aux événements exceptionnels. « On dissocie bien ce qui est surveillance de structures éphémères, de ce qui est la sécurité au quotidien avec la police municipale, détaille ainsi le maire des Mureaux François Garay (DVG). Chez nous, pas question de s’en servir pour la sécurité, je préfère faire appel à des policiers municipaux. »

Le 30 novembre, lors d’une réunion dédiée à la future « police de sécurité du quotidien », il s’inquiétait, face au sous-préfet de Mantes-la-Jolie Gérard Derouin, de savoir « quels seront les rôles éventuellement dévolus » aux polices nationales, municipales et à la sécurité privée. « Il faut que les rôles soient très clairement définis », a indiqué Gérard Derouin à la réunion suivante, tenue à Mantes-la-Jolie.

« C’est ce que j’appelle le pari de la médiation publique-privée, résume de son intiative Michel Lebouc. Ca peut choquer, certains maires me l’ont dit. A un moment donné, les questions de sécurité ne sont pas réservées qu’au service public et aux collectivités. » Un salarié de l’entreprise limayenne Conexia sécurité est désormais chargé de veiller sur la commune chaque nuit, tandis que la mairie finalise actuellement l’embauche de deux agents de surveillance de la voie publique (ASVP).

Il aurait fallu six mois de discussions avec les forces de l’ordre pour décrocher leur accord. « Une police municipale n’a pas le même rôle, c’est plus une police de sanction, justifie le premier magistrat. Je souhaitais travailler la médiation. Au lieu de taper avec la sanction tout de suite, il y a aussi la prévention. Ils sont formés à la médiation, qui sera en lien direct avec la police nationale. » Dans la commune, pavillonnaire à 67 %, cambriolages et incivilités sont les principaux problèmes.

Cherchant « un métier de médiation porté sur la sécurité », il n’a pas non plus choisi de recruter des éducateurs en prévention spécialisée. « C’est ce que je fais déjà avec mon tissu associatif », rappelle-t-il par ailleurs. De l’agent de sécurité, dont il attend « médiation, prévention et sanction », il détaille : « Ce n’est pas une police, mais ils sont équipés pour, avec une voiture bien identifiée. »

Côté budget, la dépense annuelle est évaluée à environ 150 000 euros pour les deux ASVP et le contrat avec l’entreprise de sécurité, contre environ 450 000 euros s’il avait fallu recruter « six à huit » policiers municipaux avec leur matériel, indique Michel Lebouc. « La ville le permet, il y a beaucoup de passage mais en même temps une sérénité », nuance-t-il par ailleurs de sa décision de privilégier des agents de sécurité.

Un syndicat de policiers municipaux réagit à l’expérience magnanvilloise

L’Union syndicale professionnelle des policiers municipaux (USPPM) a souhaité commenter les informations rapportées dans cet article cet article, par l’intermédiaire de son directeur national de la communication, Jean-Louis Del Pistoia : « Le maire est le garant de la sécurité sur sa commune et il dispose pour cela de pouvoirs de police, la sécurité publique étant précisée dans le Code général des collectivités territoriales et le Code de la sécurité intérieure. En ce qui concerne les ASVP ceux-ci ne peuvent l’assurer, les agents de surveillance de la voie publique ont d’autres prérogatives et compétences, mais en aucun cas la sécurité publique. »

Une autre organisation syndicale dépose un recours devant le préfet

Le 21 décembre, le Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM) annonce qu’il va déposer un recours devant le préfet afin de demander « des éclaircissements, la communication de son autorisation et des contrats ». Dans le cas où les informations portées à connaissance de nos lecteurs ci-dessus seraient confirmée par le représentant de l’Etat, le SDPM exigera « le retrait de cette mesure ».

Le syndicat de policiers municipaux estime en effet que « des missions consistant à assurer des rondes, de la prévention, afin de maintenir la tranquillité publique, relèvent des pouvoirs de police du Maire qui ne sauraient, en aucun cas, être délégués à une personne privée ». Il rappelle également « que son président a gagné en 2010 un recours contre la Ville de Cluses et la société Sécuritas devant le tribunal administratif de Grenoble ».

Mise à jour, 21 décembre 2017 : ajout des réactions de l’USPPM et du SDPM.