Le budget de 1,3 milliard, d’euros voté vendredi 27 janvier ne prévoit pas d’augmentation d’impôts après la hausse de 66 % de la taxe foncière votée l’an dernier. Qu’en est-il pour l’avenir ?

Nous avons eu une forte hausse de l’imposition liée à ce que l’Etat nous a hold-uppé la quasi-totalité des dotations qu’il nous verse. Pour la première fois, avec ses systèmes de péréquation, il nous prend plus qu’il ne reverse, pour près de 30 millions d’euros. Ca a expliqué cette très forte hausse, sur laquelle on ne reviendra pas. L’engagement que je prends pour les quatre années qui viennent est qu’on tiendra le cap. Si on continue à nous prendre de l’argent, comme l’Etat et la Région le peuvent encore, on diminuera les services.

Pourrez-vous continuer à investir ?

Tout ce que nous avons annoncé, nous le ferons, principalement Eole : nous avons pris l’engagement de verser 200 millions d’euros. Ca reste notre priorité, mais je ne peux avoir le même engagement [que la stabilité des impôts] si l’Etat et la Région continuent à ponctionner notre argent et si on n’augmente pas les impôts. On est allés au maximum de ce qu’on pouvait faire. Mais si on n’en est pas dans la phase de réalisation, je ne saurais pas vous dire. Le collège de Mantes est un « coût parti », comme la déviation de Verneuil. Le pont d’Achères n’est pas prévu dans cette mandature, peut-être sera-t-il [encore] reporté dans les années 2020. Le viaduc de la Montcient fait partie de ces choses en phase d’étude, mais qu’on décidera peut-être de ne jamais faire si on n’a pas d’argent.

« Si on continue à nous prendre de l’argent, comme l’Etat et la Région le peuvent encore, on diminuera les services », indique Pierre Bédier, également ancien maire de Mantes-la-Jolie.

Pourquoi votre insistance à financer la coopération décentralisée (à hauteur de 1,8 million d’euros en 2017) malgré les polémiques qui l’entourent ?

A mon élection à Mantes (en 1995, Ndlr), avec Marc Schwob, l’adjoint aux affaires sociales (aujourd’hui défunt, Ndlr), nous avons pensé que pour pouvoir développer notre action sociale dans une ville avec des émeutes, des morts, il fallait pouvoir retisser des liens d’échange : on s’est dit qu’on passerait par les pays d’origine. J’ai vu que ça produisait des résultats, du lien social. J’ai proposé de refaire la même chose à l’échelle départementale, parce que pour d’autres villes qui connaissaient des tensions importantes avec les populations d’origine migrante, ça pouvait être une politique sociale. L’étape que l’on franchit aujourd’hui est que je voudrais associer d’autres Départements.

Les populations de là-bas seraient bien mieux dans leurs pays si elles pouvaient y rester, avoir accès aux biens les plus élémentaires. Il y a aussi désormais des opportunités de faire du business en Afrique, les entreprises yvelinoises devraient pouvoir nouer des relations et trouver des marchés pour participer au développement de ces pays qui connaissent enfin une croissance économique très importante.

Comment voyez-vous l’analyse du Monde Diplomatique, qui dénonce le clientélisme yvelinois de votre part, dans sa dernière édition ?

L’article, je ne l’ai pas lu, je ne le lirai pas. Pour ma génération, le Monde Diplomatique est le journal qui a soutenu le génocide Khmer, ce sont des gauchistes qui ont été complices de criminels. Je les ai reçus, je n’avais aucune illusion quant à ce qu’ils écriraient. Fondamentalement, ce que j’ai dit et que je redirai toujours est que l’accusation de clientélisme est l’accusation que porte toujours ceux qui sont battus aux élections à ceux qui les ont gagnées.

L’idéologie, comme la philosophie, permet de structurer la pensée et de se positionner. La désidéologisation d’aujourd’hui, induite entre autres par les trotskistes, depuis leur infiltration au Monde par l’intermédiaire du Monde Diplomatique dans les années 1970, finira par un effondrement du systême politique dans la prochaine décennie.

Pierre Bédier s’explique sur Tonton Pierre

Le président du Conseil départemental a porté plainte en diffamation contre l’auteur du blog anonyme Tonton Pierre, identifié comme étant Nicolas Kern. Il a été mis en examen le 4 janvier.

PIERRE BÉDIER

Pourquoi porter plainte ?
Pourquoi maintenant ?

C’est une question de principe. Est-ce qu’on peut raconter des saloperies derrière l’anonymat ? On peut critiquer, mais pourquoi derrière l’anonymat ? Je veux faire jurisprudence, qu’on ne puisse attaquer un homme politique de façon anonyme. C’est un problème politique. Le rédacteur du blog, Nicolas Kern, a quand même cherché un emploi auprès de la mairie et du conseil départemental il y a trois ans, qu’il n’a pas eu.

Il s’est fait embaucher par la Camy, la date de création du blog correspond à un moment où il travaillait à la Camy (la communauté d’agglomération du Mantois, disparue au 1er janvier 2016, alors dirigée par Paul Martinez, Ndlr). Et ce au moment où Paul Martinez décide d’être candidat à la présidence de la communauté urbaine (Grand Paris Seine et Oise, issue de la fusion de six intercommunalités, Ndlr).

Il y a des coïncidences troublantes. On m’avait dit qui était l’auteur mais je n’arrivais pas à le croire, puisqu’il s’est présenté auprès de moi pour une demande d’embauche. Mais je connais la personne, je ne suis pas surpris de son comportement compte tenu de ses positions extrêmes.

Pourquoi impliquer publiquement Paul Martinez ? Avec quelles preuves ?

Je ne peux jurer de rien, j’essaie d’être honnête dans mon raisonnement. Nicolas Kern a monté dans cette période-là le blog qui n’a cessé de critiquer Pierre Bédier et Philippe Tautou, dont on sait bien qu’ils étaient les hommes à abattre pour accéder à la présidence de la communauté urbaine. Y-a-t-il jamais eu une attaque sur Monsieur Martinez ou le FN ? C’est Bédier, Tautou, les élus de gauche qui sont dans la majorité.

Et un jour, nous nous sommes trouvés avec Monsieur Martinez pour défendre un dossier avec [le président d’une grande entreprise immmobilière portant localement un projet de centre commercial], que je connais bien. Il me demande quand nous irions en Birmanie ensemble. Je lui dis « pas devant Monsieur Martinez, ça va se retrouver sur le blog ». Ca n’a pas manqué, il y a eu une remarque sur le blog.

C’est donc bien un blog à finalité politique, tourné vers la communauté urbaine. Le problème est que Monsieur Martinez est aujourd’hui président de l’UDI départementale et donc un partenaire des Républicains.

PAUL MARTINEZ

Que répondez-vous à ces accusations ?

Elles sont extrêmement graves, c’est du n’importe quoi. Le blog a débuté pratiquement à la fin de mon mandat, c’est une initiative personnelle sous forme satirique de l’intéressé, qui connaît bien Pierre Bédier puisqu’il l’a connu par le passé et fait partie des grands déçus du bédiérisme, comme beaucoup. Il y avait des choses que je ne savais même pas que j’ai apprises par ce blog. Il faudra qu’il le prouve, il n’y a pas de sujet [me concernant].

L’auteur a collaboré avec moi pendant un an, la belle affaire ! Puisqu’il veut en faire définitivement des choux gras, ça va se traiter devant les tribunaux, je vais attaquer en diffamation car ce n’est pas possible. C’est quand même délirant de vouloir accuser sans preuve, ce n’est pas parce que j’ai un lien, à un moment donné, avec cette personne que je suis l’instigateur de quoi que ce soit. Les gens qui me connaissent savent que ce ne sont pas mes méthodes, de toute façon.

Le blog Tonton Pierre est une démarche personnelle à son auteur, qui a pour vocation de dénoncer un système. Moi, le système, je le dénonce en faisant de la politique, je ne me suis jamais caché pour m’affronter à Pierre Bédier. Tout le monde le sait dans le département, c’est mon adversaire politique, je ne vois pas pourquoi je me planquerais pour faire les choses. Quant à sa démarche vis-à-vis de l’UDI, j’espère bien que ce sera peine perdue.

De quelle démarche parlez-vous ?

Il a fait une démarche informelle, ou formelle, auprès de mon propre parti, sur ce sujet, ce qui est assez humiliant. C’est quand même délirant qu’un élu, qui plus est président du Département, s’abaisse à ce genre de pratiques en allant écrire au président de l’UDI (Jean-Christophe Lagarde, Ndlr) pour me destituer de la présidence de l’UDI des Yvelines (le courrier a été reçu début janvier à l’UDI, Ndlr).

Je mettrai des moyens juridiques personnels dans cette affaire, parce que c’est un peu mon image qui est en cause. Vous dire que depuis quelques mois, je ne savais pas qui était l’auteur, je mentirais bien sûr, comme Pierre Bédier qui avait fait ses démarches pour s’informer, mais à l’époque, non. Si la justice condamne cette personne pour de la diffamation, dont acte, mais ça les regarde, qu’ils ne me mettent pas dans cette histoire.

Pourquoi Pierre Bédier vous accuserait ?

L’attitude de Pierre Bédier est un peu politique elle-même, il doit craindre que je sois candidat à une élection nationale (Paul Martinez a récemment indiqué qu’il envisageait de se présenter dans la circonscription du Mantois aux législatives, Ndlr). S’il commence à gérer la politique par la voie de la diffamation, ça ne va plus du tout.