La situation autour du camp Rom installé au niveau de la route départementale 1 continue de cristalliser les tensions. Il y a quelques semaines s’est créé un collectif anonyme baptisé « Pas de bidonville à Triel », demandant par une pétition « sa fermeture définitive dans les meilleurs délais ». Collectif qui, lors du dernier conseil municipal le 13 février, a été soutenu par plusieurs dizaines de riverains présents. Ils sont venus détailler les nuisances subies au quotidien et blâmer les occupants du campement de l’accumulation de déchets dans la plaine Carrières-Triel.

Face à eux, les quelques bénévoles du collectif inter-associatif Romyvelines, qui suivent le camp depuis 2007, se sont sentis bien seuls lorsqu’ils ont demandé « dialogue et bienveillance ». Joël Mancel (DVD), l’édile triellois, a rappelé les actions engagées, indiquant qu’une expulsion devrait avoir lieu « à la fin de la trêve hivernale, entre mars et la fin de l’année scolaire ». Si tous s’accordent sur les conditions d’hygiène et de sécurité déplorables au sein du camp, les visions sont elles, totalement opposées.

Cela fait pourtant plus d’un an que le terrain est occupé. « En 2016, quelques caravanes d’une même famille se sont installées », rappelle des faits Joël Mancel. Mais c’est avec le démantèlement de camps de Roms dans la plaine entre Triel-sur-Seine, Chanteloup-les-Vignes et Carrières-sous-Poissy, effectué le 30 août, que la situation s’est dégradée. « Quand ils ont su que le camp allait être démantelé, ils se sont installés la nuit précédente », souligne le premier magistrat. Qui recense aujourd’hui « une soixantaine de caravanes » sur le terrain.

Terrain qui avait d’ailleurs été préservé du démantèlement dans le but « d’en faire un terrain provisoire d’insertion », avait à l’époque expliqué le collectif Romyvelines dans un communiqué. Tout en regrettant « que l’installation de ses nouveaux habitants ait dû se faire dans la précipitation et sans aménagement préalable ». Le collectif demandait également que le terrain, où vivent désormais 130 personnes, soit « viabilisé », notamment pour des questions de salubrité.

En des termes beaucoup plus crus, les riverains du camp ont exprimé les nuisances subies ainsi que leurs inquiétudes par rapport à la situation sanitaire. Si aucun n’a déclaré appartenir au collectif, tous ont cependant salué la pétition en ligne, qui recueillait ce lundi 943 signatures. L’annonce d’une possible expulsion n’a pas semblé convaincre grand-monde.

C’est le Secours catholique qui a financé l’installation d’armoires électriques ainsi que de quatre toilettes de chantier à l’intérieur du camp.

« Un soir, j’ai vu passer des rats sur la route », commence l’un d’entre eux pour « témoigner de l’insalubrité du camp ». Une autre évoque des « poubelles systématiquement retournées ». Enfin, une dernière, mère de famille détaille les avoir vus « faire leurs besoins » alors qu’elle attendait le bus. « Je ne prends même plus ce chemin. Y’a du papier toilette, des déjections, de la merde, voilà ! », s’indigne-t-elle.

« La police municipale y va constamment, répond Joël Mancel. Ce matin, ils ont évacué une caravane qui tombait en ruine ainsi que deux voitures. » L’édile poursuit en évoquant une « verbalisation systématique » des Roms, dont le stationnement sur le terrain est anarchique et empiète sur la piste cyclable. Mais une seule chose intéresse le public : « Qui paye ? La plupart d’entre eux ne sont pas solvables. »

Le maire triellois insiste : « Il suffit d’appuyer sur le bouton pour que ça se déclenche, c’est le préfet qui peut le faire, c’est le seul responsable. » Et de rappeler que dès l’été, un arrêté municipal avait été pris, suivi en septembre d’un appel public au préfet. Sans effet depuis. En marge du dernier conseil communautaire, l’élu confie que « le sous-préfet a obtenu le feu vert du préfet pour intervenir. »

Et de poursuivre plus largement en conseil municipal, sur une possible défaillance de l’État. « On a accepté d’accueillir provisoirement les familles qui allaient être relogées, précise Joël Mancel. Il n’y a jamais eu d’accord pour que cela perdure. » Et de pointer « un manque de régulation » chez les services de l’État : « On ne sait pas qui va être relogé ou pas. »

Une réunion publique aura lieu le jeudi 1er mars à 20 h à la salle Grelbin, notamment en présence du sous-préfet. « Ca risque de dégénérer, regrette Jean-Pierre Bercovici, bénévole au Secours catholique et membre du collectif Romyvelines. On aimerait que les familles soient présentes puisqu’on va parler d’elles. »

Contacté, le Département, propriétaire des terrains, mais « n’ayant pas de pouvoir de police », a saisi le 1er juillet le tribunal de grande instance. Le 27 septembre dernier, une ordonnance d’expulsion a été rendue par le tribunal, la rendant exécutoire. « Depuis, nous n’avons pas de nouvelles, la préfecture n’a pas fixé de date », poursuit-on au conseil départemental des Yvelines.

« Un soir, j’ai vu passer des rats sur la route », commence l’un des riverains pour « témoigner de l’insalubrité du camp ».

S’il comprend la réaction des riverains face aux nuisances, Joël Mancel confie en fin de conseil : « Quand ils sont arrivés, personne n’a rien dit, je suppose parce qu’on ne les voyait pas. » Désormais bien visible, le campement suscite les regards effarés des automobilistes empruntant la RD 1. « Je passe comme vous sur le rond-point, ils ont à cœur de nettoyer ce lieu », souligne cependant Jean-Pierre Bercovici en réponse aux « poubelles renversées » décriées par les riverains.

Difficile dans cette ambiance tendue de faire entendre ses arguments pour le collectif Romyvelines. En réponse à la pétition, Jean-Pierre Bercovici fait savoir que les familles sont « particulièrement accueillantes » et demande aux Triellois de ne pas être « dans le rejet ni l’anathème. » La réponse fuse : « Des fois, on se demande s’il ne vaut mieux pas être sourd que d’entendre ça. »

Le collectif propose également à la mairie d’enlever les pierres ainsi que de reculer les barrières interdisant l’accès à la plaine, afin de mieux organiser le stationnement. Sans succès. C’est le Secours catholique qui a financé l’installation d’armoires électriques ainsi que de quatre toilettes de chantier. « L’abonnement a été souscrit par une personne du camp, détaille Jean-Pierre Bercovici. Mais l’électricité risque d’être coupée, il y a des difficultés pour payer. »

Le bénévole ne cherche pas à enjoliver la réalité et pointe la diversité des situations parmi les membres du camp : « Il y a des familles qui travaillent, mais d’autres qui vivent dans une grande misère. » De même que pour les nuisances constatées par les riverains : « Elles surviennent surtout le week-end, quand ceux qui ont été relogés reviennent voir leur famille. » Selon lui, d’ici le mois de juin, « deux ou trois familles » seront relogées, sur les 25 présentes.

Une position que lui-même et trois autres bénévoles ont défendue lors du conseil municipal. « Allez les voir, essayez de les connaître », lance, excédée, une bénévole suite à une nouvelle pique venue du public. « Vous n’avez qu’à les prendre chez vous », lui rétorque-t-on. Face à l’affirmation du maire « que les caravanes ne se vident jamais », le collectif tient à apporter un peu de nuance. 

« Les familles relogées souhaitent garder leurs caravanes lorsqu’elles reviennent. On recense seulement une à deux nouvelles familles par an. » Il insiste sur le problème de la création d’un nouveau bidonville si celui-ci venait à être démantelé sans solution de relogement pérenne pour ses occupants (les familles présentes au camp n’ont pas souhaité s’exprimer, Ndlr).

Ces derniers suscitent le soutien de la municipalité lorsqu’ils sont accusés d’être à l’origine de la présence de rats en centre-ville comme de l’accumulation des déchets dans la plaine. « Ce n’est pas faute de mettre des panneaux interdisant le dépôt d’ordures ménagères à même le sol dans le centre-ville, explique Jean-François Boutoille, adjoint aux espaces verts. Ils sont systématiquement sciés. » La recrudescence des rongeurs est également expliquée par la municipalité en raison de la récente crue, leurs galeries ayant été inondées.

« Il y a beaucoup de gravats, mais on ne peut pas les accuser de tout », insiste Joël Mancel, concernant les ordures de l’ex-plaine maraîchère. Mais le public reste inquiet : « Depuis l’arrivée des Roms, les agriculteurs n’ont plus accès à la plaine. Qui va l’entretenir ? » Face à ces inquiétudes, Michel Poirot, adjoint à l’urbanisme l’assure : « La plaine est tenue par les agriculteurs. Leur présence contient l’envahissement de la plaine par d’autres. »

« Ils ne veulent plus y aller parce qu’ils ont peur », conteste un riverain. Cependant, concernant son nettoyage, Joël Mancel, n’est pas optimiste : « Le coût a été estimé entre un et 1,5 million d’euros. Le chantier, c’est de savoir qui paie ce financement, entre le Département, les communes, les propriétaires des terrains, il y a tout un débat. Aujourd’hui, on n’a pas de solution mais le coût augmente tous les jours avec les dépôts sauvages. »