Flavien Belpaume

Pourra-t-on, bientôt, mesurer le taux de radioactivité dans l’air en Vallée de Seine ? C’est en tout cas le souhait de Gilles Cousin, créateur du groupe Nucléaire je balise, qui vise à rendre possibles de telles installations. Et à constater la quinzaine de personnes présentes lors d’une réunion publique organisée dans la librairie limayenne La nouvelle réserve le 8 février dernier, il n’est pas le seul.

Jusqu’à très tard dans la soirée, tout ce beau monde est resté à discuter, débattre et mettre en avant la nécessité de prévenir les risques liés à la radioactivité. Chose que des balises de mesures radioactives sont à même de réaliser grâce à la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Pour les aiguiller, Roland Desbordes, physicien de formation et ancien président de la Criirad, a d’abord exposé ses connaissances et surtout son expérience dans le domaine, avant de répondre à toutes les questions.

Car la Criirad est une association qui a été créée au lendemain de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986. Indépendante de l’État et fonctionnant avec ses propres laboratoires de contrôle, elle veille surtout à la diffusion d’une information de qualité, alternative à la communication officielle qui dédramatiserait, plus que de raison, les effets du nucléaire lors des accidents surmontés.

« Les capteurs des centrales nucléaires EDF ont bien enregistré la hausse de radioactivité, début mai 1986 suite à Tchernobyl, mais EDF n’a pas eu l’autorisation de communiquer là-dessus, regrette l’administrateur de la Criirad. La France est un des rares pays en Europe à n’avoir rien fait. Alors il fallait créer un réseau indépendant. »

Pour une balise qui pompe, rejette et filtre l’air tout en donnant l’alerte (une sonde de spectrométrie gamma, Ndlr), il faut compter 30 000 euros à l’achat du matériel.

A partir de 1989, La Criirad a commencé à réunir des moyens pour analyser, grâce notamment à ses laboratoires, le taux de radioactivité de l’air. Tout cela a débuté dans le département où l’association a vu le jour : la Drôme. « Aujourd’hui, dans la Drôme, il y a un véritable réseau de balises à Romans-sur-Isère, Valence et Montélimar ; qui s’étend à d’autres départements avec Avignon, Saint-Marcel-d’Ardèche, Montélimar, le Péage-de-Roussillon et même en Suisse, à Genève, depuis deux mois ! Elles fonctionnent sept jours sur sept et 24 h sur 24. », poursuit le physicien.

Nucléaire je balise, sous forme de groupe en attendant la constitution d’une association, a pour vocation de promouvoir l’installation d’une ou plusieurs de ces balises indépendantes de mesure de la radioactivité de l’air en Île-de-France, et plus précisément en Vallée de Seine. « Cette soirée avait pour but de présenter Nucléaire je balise, d’expliquer en quoi consistent les balises indépendantes, pourquoi elles nous paraissent indispensables et aussi d’avoir l’expertise de la Criirad qui gère déjà d’autres balises », confirme Gilles Cousin, à l’initiative de ce mouvement.

Mais tout cela à un coût. Pour une balise qui pompe, rejette et filtre l’air tout en donnant l’alerte (une sonde de spectrométrie gamma, Ndlr), il faut compter 30 000 euros à l’achat du matériel et 50 000 euros pour l’installation. Sans oublier le coût de fonctionnement qui, lui, se fait régulièrement d’année en année.

« En se constituant association, on pourrait essayer d’obtenir des subventions et pourquoi pas envisager un financement participatif », a évoqué le créateur de Nucléaire je balise. Ce projet n’en est aujourd’hui qu’à ses prémices. De là à ce que ce concept ne devienne un réseau, comme dans le département de la Drôme, il n’y a qu’un (grand) pas à franchir.

CREDIT PHOTOS : CRIIRAD