
Chanteloup-les-Vignes décline son mantra. Après « tous acteurs de l’Éducation » – ce qui a permis de sortir de terre la cité éducative Simone Veil – place maintenant à « tous acteurs de la Sécurité ». Car c’est un « bien commun » d’après Réda Didi et Jean-Marie Godard, auteur du livre du même nom. Les deux hommes se complètent bien. Quand l’un montait des actions au sein des quartiers politiques de la ville avec son association Graine de France, l’autre réalisait de multiples reportages chez les forces de l’ordre. Ils étaient de passage le 22 avril dans la commune chantelouvaise au centre-social Espoir, pour une conférence autour de ce thème.
Pour Réda Didi il faut « sortir du manichéisme ». « La sécurité n’appartient pas à un parti politique et ne peut pas se résumer à une mentalité pro ou anti-flic (sic) » assène-t-il. Chiffre à l’appui, le natif de Meaux explique que la délinquance ne progresse pas, un constat partagé dans la ville dirigée par Catherine Arenou. « Il reste juste un noyau dur de 10-15 jeunes » ajoute Rémi Engrand, maire-adjoint en charge de la culture et de la politique de la ville. « Mais il y a une augmentation de la violence dans la violence » rapporte Jean-Marie Godard. Comme exemple, il cite les bagarres impliquant de plus en plus de blessés ainsi que le fléau du narcotrafic.
Dans « Sécurité : notre bien commun », le recours à la prévention doit être plus systématique. « Peut-être que je suis trop dans la bien-pensance » concède Réda Didi qui pointe toutefois un fait : depuis le gouvernement Jospin (1995-2002), il n’y a eu aucune politique mêlant prévention et répression. L’image d’Épinal de la fameuse police de proximité surgit, elle qui a disparu dès la nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2005. « Même au sein de la police on demande de la prévention » pointe Jean-Luc Godard.
Au fur et à mesure de la conférence, certaines personnes se questionnent : « Pourquoi a-t-on l’impression que la sécurité est une réflexion centrée sur les jeunes ? » Réda Didi acquiesce, « on se rend compte que la prévention fléchée sur un public ne suffit pas » analyse-t-il. En revanche, l’argent reste le nerf de la guerre. Les moyens doivent être mis, sauf que la prévention n’étant pas quantifiable, il est difficile de la défendre à l’heure des coupes budgétaires…
À travers ces échanges, la Mairie souhaite donc placer ses habitants au centre de son plan « Chanteloup ville apaisée ». « Ils ont envie d’être partie prenante » assure Réda Didi. Il donne quelques idées, issues de pays européens comme en Espagne ou en Norvège où les commissaires de police sont conviés à des réunions de quartier. « On remobilise des moyens humains avec une augmentation des effectifs de la police municipale, explique Rémi Engrand. Mais il y aura de la médiation de proximité. L’idée est de déconstruire les représentations. » Des paroles suivis d’actes. Le lendemain, Graines de France est intervenue auprès des jeunes du collège René Cassin afin de poursuivre ce travail de concertation. À travers trois ateliers – boxe, théâtre et écriture créative – ils ont ainsi pu découvrir les hommes qui se cachent derrière les uniformes bleus.