En 2015, lors des élections départementales, le canton de Mantes-la-Jolie était le plus prisé, huit listes s’étant déclarées. Parmi ces huit listes, la moitié était de gauche. Une division qui ne lui avait pas permise d’être présente au second tour, ce dernier opposant l’ancien maire de Mantes-la-Ville, Cyril Nauth (RN) et l’actuel président du conseil départemental Pierre Bédier (LR). Alors que le premier tour des élections départementales est prévu le 20 juin, le scénario va-t-il se ­répéter ?

Les différents courants de la gauche travaillaient sur une candidature unique depuis la fin de l’année dernière. Même s’ils appellent encore à l’union, trois listes pourraient toutefois être sur le départ : celle de l’opposant communiste de Mantes-la-Jolie, Marc Jammet, une alliance entre PS, PCF et FI, et enfin une liste EELV conduite par Nazim Bekhti, commerçant mantevillois désigné par les militants de la section du Mantois (et ex-colistier de Romain Carbonne pendant les municipales, Ndlr).

Dans un communiqué de presse daté du 18 avril, PS, PCF et FI, ont annoncé leur rassemblement autour d’un quatuor commun, dont le premier titulaire serait selon nos informations Pierre Sztulman, premier secrétaire fédéral adjoint du PS (et ex-colistier d’Amitis Messdaghi pendant les municipales, Ndlr). « Cette candidature d’union est la seule en mesure de mettre enfin un terme à 27 ans de règne de Pierre Bédier sur le canton et le département, affirme le communiqué. […] Europe Ecologie-Les Verts (EELV) réfléchit encore à sa participation à cette candidature […] Toute candidature de gauche solitaire, ne pourrait profiter qu’à l’extrême-droite en risquant de la placer au deuxième tour et ainsi contribuer à la ­réélection de la droite clientéliste. »

Car si l’entente entre les membres du PCF et ceux de la section dissidente mantaise n’était pas possible, du fait des tensions, Marc Jammet avait annoncé sa candidature deux jours plus tôt, emmenant avec lui les trois autres élus de son groupe. « Si Pierre Bédier s’est maintenu au pouvoir aussi longtemps, il le doit aussi à certains qui s’en sont accommodés, écrivait-il. […] C’est vrai chez certains à gauche qui se verraient bien prendre sa place sans jamais l’avoir combattu réellement. Il n’y a rien à attendre d’eux. Ce qu’ils veulent c’est changer les têtes, pas améliorer la vie des habitants. »

Concernant EELV, la réponse de la section du Mantois ne s’est pas faite attendre. Le même jour, elle livre une toute autre version des faits : « Les trois partis de gauche se sont mis d’accord entre eux pour refuser absolument les trois candidat.e.s écologistes possibles présentés par EELV : Amitis Messdaghi, Nazim Bekhti et Dylan Guelton. » Une situation que déplore l’une de ses responsables Amitis Messdaghi. « Les partis n’ont pas à faire d’ingérence dans le choix des candidats », souligne-t-elle, comprenant toutefois le refus de Dylan Guelton du fait du recours formulé contre l’élection municipale à Magnanville, majorité dans laquelle se trouvent des adjoints PCF.

Pierre Sztulman dément lui le refus de la candidature d’Amitis Messdaghi dans une candidature qui se veut celle d’une gauche « écologiste et sociale unie » dans le Mantois. « On n’a pas rejeté la candidature, on a juste parlé de qui devait conduire ce quatuor, il n’y a pas de rejet de personne, affirme-t-il. […] On se dit quel est le meilleur quatuor pour gagner et qui derrière fera le mieux le boulot. »

La dimension écologique du projet interpelle Amitis Messdaghi, la représentation d’EELV se trouvant dans une place de suppléant. « On ne peut pas faire d’écologie sans écologistes, assène-t-elle. […] On a un projet écologiste et social, pour le faire gagner on est prêts à s’allier, mais on ne veut pas faire disparaître notre projet. Ils ont fait le choix de faire un binôme entre deux partis, PS et FI, pour nous il n’y a pas ­d’écologie. »

Pour Pierre Sztulman, la situation n’est qu’une « péripétie » mais il reconnaît qu’il est difficile de mettre tout le monde d’accord en termes de représentation : « Il y en a forcément un qui est frustré, mais on était prêts à faire des efforts sur la communication de manière à ce que toute la gauche puisse se retrouver. » Car pour lui, l’enjeu est d’écarter la possibilité qu’un binôme RN puisse être présent au second tour : « [En 2015] Quand on fait le total des voix de gauche c’était à peu près à la hauteur de Pierre Bédier, à moins de 100 voix d’écart. […] La gauche aurait pu gagner si elle avait été intelligente. »

Sur ce raisonnement, le fait que la multiplication des listes de gauche favorise la droite, Amitis Messdaghi acquiesce : « C’est une évidence, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Après il faut se donner les moyens de faire l’union de la gauche et des écologistes, chacun doit prendre ses ­responsabilités. »