Dans leurs échanges téléphoniques, dévoilés durant le procès, ces jeunes dealers se targuaient d’inonder le quartier de la Vigne blanche en produits stupéfiants. Devant le tribunal correctionnel de Versailles, où ils comparaissaient ce vendredi 30 avril, leurs versions étaient toutes autres. Les jeunes Muriautins, menottés dans le box des accusés pour quatre d’entre eux et arrivé libre pour un autre, avaient tous été arrêtés le 6 avril suite à la découverte, par la police locale, de produits stupéfiants cachés dans un transformateur électrique. En tout, les policiers avaient mis la main sur 20 sachets de résine de cannabis sur ce point de deal supposé.

« Les constatations de la police rapportent également la présence de cocaïne, mais aucun des prévenus n’est concerné sur cet aspect du dossier », précise le juge. Suite à cette découverte, les enquêteurs ont mis en place plusieurs dispositifs de surveillance permettant l’identification et l’arrestation des huit dealers présumés.

Au moment de détailler les surveillances policières, le juge énumère une cinquantaine de transactions observées par la police, impliquant à divers degrés les cinq suspects. « On a une vingtaine, trentaine de ventes (de montants allant de 10 à 20 euros à chaque fois, Ndlr) pour certains et une seule pour d’autres », ­détaille-t-il. Interrogés, la plupart d’entre eux reconnaissent avoir effectué ces ventes, à l’exception d’un qui assure n’être « qu’un gros ­consommateur ».

En observant le point de deal, les policiers établissent alors un organigramme du réseau, plaçant le plus gros vendeur à sa tête. « Au bout d’un moment, [la tête de réseau présumée], arrête de vendre et on le voit plutôt donner des consignes », abonde en ce sens le procureur de la république. De son côté, le ­suspect épinglé par l’enquête, lui, nie tout niveau de hiérarchie.

« Ici, si les petits veulent vendre, ils le font, personne ne les pousse », assure le dealer âgé de 18 ans qui reconnaît avoir réalisé jusqu’à 80 euros de profit par jour sur plusieurs mois. Son avocat, lui, a fortement dénoncé le rôle donné à son client en mettant en cause « l’interprétation des enquêteurs ». Soulignant que seul son client avait été mis sur écoute, l’avocat dénonce « qu’il est bien facile de faire passer celui-ci pour le chef […] alors qu’on sait bien qu’un chef qui passe sa journée à vendre sur un point de deal cela n’existe pas. »

Si dans les écoutes téléphoniques le suspect indiquait vendre « en rafale » dans le quartier de la Vigne blanche, de son côté le procureur admettra « que nous n’avons pas devant nous, le nec plus ultra des trafiquants ». Lors de ses réquisitions, ce dernier a réclamé des peines allant de un an de prison ferme à six mois avec sursis. Pour sa part, le tribunal a globalement rendu un verdict contradictoire en distribuant des peines allant de six mois du sursis pour le jeune homme arrivé libre, à six, huit et dix mois de prison avec mandat de dépôt. « C’est une décision vide de sens, car vide de preuve qui accable un sous-prolétariat du trafic de stupéfiants », analyse après coup maître Pierre Deval, l’avocat de l’un des ­prévenus les plus ­faiblement condamné.