« Lorsque j’ai appris, en lisant mon journal il y a trois jours, que la caisse [primaire] d’assurance maladie (CPAM), service public, voulait quitter le Val Fourré, je vous le dit : je ne l’accepte pas, je regrette profondément de ne pas avoir été prévenu avant. J’ai donc convoqué la directrice et je peux vous dire que ça va mal se passer. »

Ce samedi 2 octobre, alors qu’il prononce un discours à l’occasion de l’inauguration du belvédère situé en contrebas de la collégiale, le président du Département, Pierre Bédier (LR), laisse publiquement éclater sa colère quant au possible déménagement de la CPAM, implantée dans le quartier du Val Fourré, dans la zone d’activités Sully, évoqué ce 27 septembre par Le Parisien. Sollicitée par La Gazette, la CPAM yvelinoise dément vouloir quitter la ville et le quartier, mais confirme que l’accueil des usagers dans les locaux de la Caisse d’allocations familiales ne sera effectif que pour l’année 2022.

Notre confrère évoque ainsi une fermeture du site à la fin de l’année, entraînant le transfert des 80 salariés vers deux sites pisciacais, l’un situé dans le centre-ville, près de la gare et l’autre au Technoparc. L’une des raisons avancées serait l’arrivée à échéance du bail avec le propriétaire des locaux, et l’impossibilité pour la CPAM de racheter l’immeuble d’environ 4 000 m², le prix proposé par le propriétaire étant trop élevé.

La question du foncier est effectivement un point que confirme Sylvie Landrieau, directrice générale adjointe de la CPAM yvelinoise. « Notre bail arrive à échéance au 31 décembre de cette année, et donc on avait, avec l’appui de la Caisse nationale envisagé acquérir ces locaux compte-tenu du loyer qui était relativement conséquent puisqu’on était à un peu plus d’un million d’euros par an de loyer, détaille-t-elle. On a bien sûr engagé une négociation avec le bailleur, et on a eu une fin de non-recevoir de sa part sur la proposition d’achat qu’on lui a faite, sachant qu’il y avait une très grosse différence entre l’évaluation faite de la valeur du bien, qu’on a fait faire par deux prestataires différents, et puis la valeur que le propriétaire voulait nous vendre. »

« Nous, on a rencontré les gens de la CPAM il y a plusieurs semaines avec Jean-Luc Santini (LR), l’adjoint à l’urbanisme qui nous avait fait part de leurs problèmes, confirme des difficultés rencontrées par l’organisme le maire mantais, Raphaël Cognet (LR). On a essayé d’imaginer des solutions alternatives, de leur proposer d’autres locaux et ils sont revenus vers nous, moi j’ai eu le sous-directeur cette semaine, donc sur l’accueil du public il n’y a pas de changement mais nous ce qu’on veut évidemment, c’est qu’un maximum d’emplois reste dans le territoire. »

Les deux élus mantais pointent toutefois la nécessité de conserver les services publics au Val Fourré, quartier prioritaire. « Tout ce qu’on pourra faire pour avoir du service public de proximité, que ce soit l’accueil du public ou bien les emplois qui sont derrière on essayera de le [conserver] et c’est le travail de tous », assure Raphaël Cognet. Il indique que la Ville a prospecté auprès des propriétaires de locaux privés « qui soient compatibles avec leurs besoins », sans succès pour l’instant.

L’une des raisons avancées serait l’arrivée à échéance du bail avec le propriétaire des locaux, et l’impossibilité pour la CPAM de racheter l’immeuble d’environ 4 000 m², le prix proposé par le propriétaire étant trop élevé.

Pierre Bédier rappelle pour sa part que l’implantation de la CPAM dans le quartier, qui date de 2007, avait été réalisée dans le cadre du premier projet de renouvellement urbain du Val Fourré. « Depuis 30 ans toutes les institutions convergent dans l’idée qu’il faut plutôt faire venir des services publics dans les quartiers difficiles de la politique de la Ville », insiste-t-il, avant d’énumérer : « Mantes nous l’avons fait de façon exemplaire, nous y avons fait venir un hôpital, on y a fait venir tous les services de la trésorerie, donc du ministère des finances, on y avait même en son temps créé un poste de police, on y fait une mairie de quartier, on y a installé le centre technique municipal, on y a mis une école d’infirmière… »

« Il n’a jamais été question qu’on s’en aille, il était question qu’on reste puisqu’on avait l’objectif d’acheter l’immeuble », insiste Sylvie Landrieau, l’échec des négociations ayant conduit la CPAM a chercher des solutions « alternatives ». Au 1er janvier 2022, les usagers seront ainsi accueillis dans les locaux de la Caf, située elle aussi dans le quartier du Val Fourré. « C’est bien sûr un scénario provisoire puisque je ne sais pas si vous le savez mais la Caf va s’installer dans de nouveaux locaux sur le premier semestre 2023 (sur les terrains de l’ex-station service, Ndlr) et donc il faut qu’on recherche une solution pour notre accueil en 2023 », poursuit-elle, évoquant la possibilité de continuer avec la Caf, ou de chercher un local à acquérir. Trois salariés pointent toutefois une communication « inexacte » de la direction concernant l’accueil des usagers : « Ce qui est prévu, c’est qu’il ne reste que trois boxes, pour les cartes vitales par exemple, mais les assurés malades, eux, seront convoqués à Poissy ! Ça veut dire que c’est à eux qu’on va demander de prendre la voiture ou le train. »

Une « petite vingtaine » d’employés resterait ainsi sur place, sur les 70 présents actuellement, les autres seront transférés sur les deux sites pisciacais, au Technoparc et en centre-ville. « Notre logique une fois qu’on a trouvé une solution pour l’accueil des assurés, ça a été pour le restant des activités qui sont du « back-office » d’essayer de regrouper les activités par activités similaires », détaille la directrice adjointe.

Concernant les transferts à Poissy, elle se montre un peu plus précise et indique qu’ils concerneront « une quarantaine de collaborateurs », principalement sur le site du Technoparc. « Nous sommes dans une logique de regroupement d’une même activité sur un même site », justifie Sylvie Landrieau, prenant pour exemple le service des remboursements de soins.

Pour le président du Département, l’idée même d’un transfert n’est pas envisageable. « Je me battrai de toutes mes forces pour que ça ne se fasse pas (la fermeture au public et les transferts vers Poissy, Ndlr), martèle Pierre Bédier. C’est un scandale absolu et j’irai jusqu’au sommet de l’État si c’est nécessaire pour faire revenir sur cette décision totalement scandaleuse. »

Le conseiller d’opposition communiste Marc Jammet, au nom de son groupe Vivre mieux à Mantes-la-Jolie, propose lui d’inscrire à l’ordre du jour du conseil municipal du 4 octobre (après l’envoi à l’impression de cette édition, Ndlr) un vœu marquant la désapprobation des élus envers cette fermeture et ce transfert. « Une telle décision, si elle était mise en œuvre, priverait les habitants de Mantes-la-Jolie et de ses environs d’un service public de proximité essentiel, écrivent les quatre élus. […] Par le présent vœu, le conseil municipal de Mantes-la-Jolie interpelle l’ensemble « des décideurs » afin que cette décision de fermeture soit annulée sine die. »