En gestation depuis plus d’une dizaine d’années, le projet visant à transformer la Ferme du Poult, exploitation agricole accueillant de l’évènementiel, et propriété de la famille Desjouis depuis 30 ans, a été lancé ces dernières semaines. Un temps envisagé pour accueillir le futur centre d’entraînement du Paris-Saint-Germain, les travaux de gros œuvre concernant le corps de ferme ont démarré en novembre dernier. Le premier des 6 000 arbres a été planté ce jeudi 16 décembre. Car sur les 150 ha de terres agricoles, la famille Desjouis envisage de réaliser un projet d’envergure. En 2023, le site accueillera ainsi un hôtel de 82 chambres et suites, une exploitation agricole et un haras visant à devenir « pôle d’excellence ».

Le coût de ce « Hamo », nom retenu pour le futur lieu, s’élève à plus de 50 millions d’euros, avec la création d’un peu plus de 200 emplois pour faire tourner les différents pôles. Destiné aux Franciliens ayant besoin de campagne, ses dirigeants espèrent également pouvoir capter l’attention des entreprises de la Défense, situées à 15 minutes, pour l’organisation de séminaires.

« Merci à mon père, Michel Desjouis, qui a eu l’audace d’investir ici il y a plus de 30 ans, et qui a cru en cet emplacement et aussi en son fils et ses collaborateurs pour sortir ce projet. » Ce jeudi-là, la fierté de Nicolas Desjouis est palpable pour le lancement du Hamo. « Quand on s’est rencontrés avec Nicolas il y a quelques années, […], il m’a parlé d’une idée un petit peu folle qui était de construire sur ce site de Poissy un projet magnifique autour d’un hôtel, d’un haras, d’un projet agricole et ça m’a tout de suite piqué au vif », se rappelle Hugues Van Heesewijk, président de la SAS Le Hamo, en charge de l’exploitation de l’hôtel.

Le corps de ferme, dont les bâtiments ont été construits entre les XIIe et le XIXe siècles devrait ouvrir ses portes au printemps 2023. « On a voulu un lieu ouvert à tous, qui est ouvert à chacun, où chacun peut venir à n’importe quel moment de la journée, et on n’est pas un contry-club fermé », poursuit-il de l’établissement, qui se positionne comme un hôtel quatre étoiles. En plus de 82 chambres et suites, dont les tarifs démarreront à « 190, 200 euros » et pourront monter jusqu’à « 300-350 euros », en fonction de la temporalité. Sur le site, qui se déploiera sur 4 500 m², seront également proposés deux restaurants, salles de sport, de massage et de cryothérapie et salles de ­séminaires.

« Pourquoi une programmation aussi développée, pourquoi autant d’activités ? Parce qu’on croit, […] que les gens viendront chez nous au lieu de prendre une maison de vacances, assure Hugues Van Heesewijk. […] Au lieu d’acheter une maison de vacances dans le Perche ou les Yvelines, ce qui est totalement légitime, on va pouvoir accueillir les gens ici en week-end et ils se sentiront comme à la maison. »

« Architecturalement, ce projet est la construction et la revisite d’un corps de ferme […] mélangeant la tradition mais avec de larges touches contemporaines en termes d’architectures », détaille Cyril Durand Behar, architecte.

Classée, la bâtisse sera conservée. En revanche, deux ailes seront construites sur une partie de la cour, en remplacement des anciens hangars, dont les fondations n’étaient pas assez solides. « Architecturalement, ce projet est la construction et la revisite d’un corps de ferme […] mélangeant la tradition mais avec de larges touches contemporaines en termes d’architectures, détaille Cyril Durand Behar, architecte. La tradition, avec une lecture de matériaux tels que la pierre, la chaux, les tuiles mais toujours avec un contrepoint contemporain de part l’utilisation de matériaux tels que le verre, l’acier, le bois brûlé. »

Environ 70 ha seront dédiés à de l’exploitation agricole, mais il faudra patienter un peu. « On est en train d’étudier avec la Chambre d’agriculture, on est en plein calcul de quantités qu’on va planter en vergers, ce qu’on va faire en maraîchage, etc., note Olivier Janois, agriculteur et chargé de développer l’exploitation agricole. On va démarrer sur quelque chose qui est faisable, sur l’esprit de faire un petit magasin avec de la cueillette sur place, où les gens pourront acheter les produits dans le magasin et accéder dans le verger qui sera derrière. » Les premières plantations se feront à la fin de l’année 2022.

De la répartition des cultures, Olivier Janois précise : « On a prévu 15 ha pour le blé, 5 ha pour l’orge, 5 ha pour le houblon, 5 ha voire un peu plus de vignes. » Sont aussi prévus « 5 ha de champs-vergers, 1 ha de vergers fruitiers, 1 ha de serres, 4 ha de maraîchage », détaille le communiqué de presse. « On a décidé d’être un fournisseur des restaurants de l’hôtel », complète Olivier Janois, qui précise qu’un « petit » élevage de chèvres prendra également place afin de pouvoir faire du fromage. Au sein de l’exploitation agricole seront également installées une brasserie, une boulangerie qui vendra du pain campagnard au kilo, mais aussi des ruches. « On va essayer de respecter le circuit-court, d’aller chercher les choses complémentaires autour, note l’agriculteur. On va essayer de se diversifier au ­maximum. »

Dernier élément du Hamo, le chantier du haras devrait débuter en avril prochain. « On privilégie de sortir en premier les terrains [de polo] et les carrières pour que l’outil de travail soit là, insiste Clément Delfosse, joueur de polo professionnel et porteur du projet. Les boxes c’est une chose, mais si vous avez des boxes et pas de pistes vous ne pouvez rien faire. Donc l’idée c’est de commencer avec les sols équestres, surtout pour le terrain de polo, pour qu’il soit au niveau, efficace, il faut attendre un an ou deux. »

« Merci à mon père, Michel Desjouis, qui a eu l’audace d’investir ici il y a plus de 30 ans, et qui a cru en cet emplacement et aussi en son fils et ses collaborateurs pour sortir ce projet. » Ce jeudi-là, la fierté de Nicolas Desjouis est palpable pour le lancement du Hamo.

Une grosse partie du projet est en effet dédiée à la pratique du polo. « Il y aura une première partie qui sera consacrée à l’élevage de chevaux de polo principalement. […] On aura des étalons, on vendra les services de ces étalons-là et aussi des personnes qui voudront faire de l’élevage avec leur ancienne jument pourront nous la confier, explique Clément Delfosse. […] Ensuite la partie polo sera composée de plusieurs équipes qui viendront s’installer pour entraîner leurs chevaux, leurs jeunes chevaux. […] L’idée c’est que de toute cette formation là ressortent des chevaux de haut niveau, des chevaux de ­compétition. »

Une dernière partie sera consacrée à la compétition en saut d’obstacles et dressages et aux écuries, une cinquantaine au départ, pour les propriétaires. « On espère arriver à 300 boxes mais à terme, dans peut-être trois ans juste avant les Jeux Olympiques », fait remarquer le cavalier. Mais s’il s’adresse en premier lieu aux cavaliers professionnels, le site sera également ouvert aux amateurs possédant leur propre cheval. « Si la personne veut mettre son cheval en pension ici elle pourra. Si elle a envie aussi d’être coachée pour s’améliorer il n’y a aucun problème aussi, indique Clément Delfosse. On est ouverts à tout le monde, on va avoir de belles infrastructures, où les chevaux seront bien, dans des tops conditions. […] Ce sera plus du coaching. »

Le site, qui s’étendra sur une quinzaine d’hectares, sera un lieu de formation pour des palefreniers ou dans le domaine de la maréchalerie. « Il y a un réel manque, déplore Clément Delfosse. Mais il y a un manque aussi parce qu’il y a un manque d’informations, il y a très peu d’endroits qui proposent des formations, qui ne sont pas forcément adaptés. L’idée c’est de faire connaître et pourquoi pas lancer certaines personnes dans des carrières équestres. » Et s’il est désormais un peu tard pour être reconnu en tant que centre d’entraînement pour les Jeux Olympiques de Paris, « cela peut-être potentiellement un endroit où on réceptionnera des équipes ­internationales », fait-il savoir.

Présent ce 16 décembre, le maire DVD de Poissy, Karl Olive, a, quant à lui, évoqué « une révolution du développement économique qui trouve ici sur la ferme du Poult une déclinaison très concrète », avec un projet qui « sera la vitrine du savoir-vivre pisciacais et du savoir-recevoir Desjouis ». Optimiste, l’édile voit dans le Hamo « la promesse d’un succès économique, touristique et je le disais écologique, local, très attendu », prenant place après « dix ans de réflexion, après dix ans de propositions, après dix ans de délibérations ».

Crédits photo 1 : CYRIL DURAND BEHAR ARCHITECTES