Des scores historiques sur tous les tableaux. Emmanuel Macron (LREM) a remporté, dimanche 24 avril, le second tour de l’élection présidentielle. En récoltant 58,5 % des suffrages nationaux, le chef de l’Etat sortant devance une nouvelle fois Marine Le Pen (RN) et devient ainsi le premier président à être réélu, hors cohabitation, depuis 1962. La députée du Pas-de-Calais, créditée de 41,5 % des voix, fait bien mieux qu’en 2017 tout comme l’abstention qui réalise, elle aussi, un score inédit. Dans les Yvelines la victoire du sortant est plus franche avec un score de 71 %.

Alors que les premières estimations tombées il y a un peu plus de 40 minutes s’affinent, à Poissy, où le dépouillement bat encore son plein en mairie, c’est un véritable « ouf » de soulagement. Dans les rues du centre-ville, les discussions vont bon train devant les bars et restaurants d’où s’échappent les images des chaînes d’informations. « On s’attendait à (un résultat) plus serré », confie un groupe de trentenaires qui ne cache pas sa satisfaction de voir Emmanuel Macron reconduit pour un nouveau mandat. Comme ces trois amis, plus de 75 % des votants pisciacais ont accordé leur vote à celui qui avait lancé sa campagne dans la commune en mars dernier.

Mais pas de quoi non plus entraîner la liesse. « Il n’y a pas eu de cris de joie mais par contre on sentait vraiment une tension dans les dernières secondes puis ensuite un sentiment d’avoir échappé au pire », raconte Elise du compte à rebours vécu dans un restaurant. En 2017, Emmanuel Macron s’était déjà imposé largement à Poissy en enlevant 79,64 % des voix.

Quelques mètres plus loin, dans une pizzeria transformée en QG de campagne pour le maire, Karl Olive (DVD), l’ambiance est plus festive. Fidèle soutien d’Emmanuel Macron, l’élu pisciacais se réjouit que l’écart qui sépare les deux finalistes soit plus important que ce que ne l’avaient prédit les sondages à la sortie de premier tour. « Malgré cinq ans de turbulences pleines et entières, avec les Gilets jaunes, le Covid et la guerre en Ukraine, l’exploit n’est pas mince », salue Karl Olive qui a ensuite rejoint le Champ de Mars pour accueillir le vainqueur d’une franche accolade capturée par les caméras de TF1. Pour l’édile, le succès d’Emmanuel Macron marque la victoire d’un choix de société « entre une France avec l’égalité citoyenne entre les uns et les autres et d’une France qui clive, entre une France qui est une France forte dans une Europe indépendante ou une France qui est dépendante et soumise aux diktats russes ».

Durant toute la journée, bon nombre d’électeurs de vallée de Seine rencontrés à la sortie des urnes partageaient cette appréhension d’un scénario dans lequel le Rassemblement national accéderait au pouvoir à 20 h. « Ça m’inquiète beaucoup », avoue Frédérique en fin de journée devant le bureau de vote de l’espace Arnaud Beltrame de Poissy. Alors qu’elle n’avait voté pour aucun des deux candidats qualifiés au second tour il y a quinze jours, cette dernière confie avoir voté Emmanuel Macron pour faire barrage à l’extrême-droite. « Clairement, je ne voulais pas, j’avais presque envie de voter blanc, ou pas du tout mais finalement j’ai fait un vote utile », détaille-t-elle de sa réflexion.

Même chose pour Aurélien, interrogé dans la cour de l’école élémentaire Jean Jaurès de Verneuil-sur-Seine. L’homme de 42 ans aborde ce match retour un brin résigné. « On se retrouve encore avec la même affiche où l’idée c’était plutôt de voter contre que par adhésion », souffle-t-il. Car le président sortant a effectivement profité d’un report de voix important et notamment chez les électeurs de gauche. Une dynamique qu’il a lui même souligné lors de son discours prononcé au pied de la Tour Eiffel plus tard dans la soirée.

Jamais la participation n’avait été aussi faible pour un deuxième tour d’une élection présidentielle depuis 1969.

« Je sais aussi que nombre de compatriotes ont voté ce jour pour moi, non pas pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l’extrême-droite, et je veux ici les remercier et leur dire que ce vote m’oblige pour les années à venir, note Emmanuel Macron en promettant à ces derniers un projet de rupture. Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève mais l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux au service de notre pays, de notre ­jeunesse. »

Mais une bonne partie des électeurs ont aussi boudé les urnes comme le prouve le taux d’abstention record enregistré ce dimanche : 28 %. Jamais la participation n’avait été aussi faible pour un deuxième tour d’une élection présidentielle depuis 1969. Cela représente près de huit points de plus qu’en 2002 lorsque le Front national avait obtenu sa première qualification avec Jean-Marie Le Pen. Dans les Yvelines, le taux d’abstention a également progressé entre les deux tours puisqu’il s’élevait dimanche à 26,51 % contre environ 22 % le 10 avril.

Bien que battu sèchement, le Rassemblement national poursuit sa percée engagée en 2017 et s’enracine un peu plus profondément comme la première opposition au pouvoir en place. Dans le département, le parti progresse de quasiment six points par rapport à 2017. « Les idées que nous représentons arrivent à des sommets un soir de second tour d’élection présidentielle […]. Le résultat de ce soir représente en lui-même une éclatante victoire », s’est consolée Marine Le Pen qui a adressé ses remerciements à ses électeurs « des provinces, des ­campagnes et d’outre-mer ».

Dans les communes rurales du Mantois, comme Auffreville-Brasseuil ou Issou, la candidate était arrivée en tête lors du premier tour avec respectivement 29 % et 28,68 % des voix. « Les résultats ne m’ont malheureusement pas surpris, je pense d’ailleurs qu’on se dirige vers le même résultat ce soir », note le maire DVG d’Issou, Lionel Giraud. Exemple du basculement du vote populaire dans certaines communes au passé ouvrier, à Issou le 10 avril, Marine Le Pen, Eric Zemmour (Reconquête) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) avaient recueilli à eux trois plus de 40 % des suffrages. « Moi ce que je vois c’est une forme de repli sur soi, post-Covid, de certaines personnes. On sent que les gens sont plus tendus, analyse l’édile. Et puis je remarque aussi qu’il y a un sentiment de délaissement chez ­certains habitants de la rive droite. »

Comme en 2017, Vincent, un Guervillois de 29 ans, a voté pour la candidate du Rassemblement national après avoir soutenu Nicolas Dupont-Aignan. « Je pense que ça aurait été n’importe quel politique en face d’Emmanuel Macron j’aurais voté pour l’opposant, explique-t-il. C’est plus une envie de changement qu’une envie de [Rassemblement national] au pouvoir après je pense qu’elle propose quand même de belles idées […]. Je pense que ça peut valoir le coup d’essayer. »

De son côté, Suzanne, qui avait voté Jean-Luc Mélenchon (FI) lors du premier tour, reproche au candidat LREM sa gestion de la crise sanitaire. « Au temps de Chirac il y a eu barrage, là je ne suis pas dans cette dynamique mais plutôt dans la sanction, explique cette mère de famille de 56 ans. Il y a eu des horreurs qui ont été commises […] quand on est rentré dans le vaccin, la démocratie n’a pas été appliquée, le phénomène d’obligation, les gens qui ont été renvoyés … » Dans ces trois communes rurales Emmanuel Macron a finalement déjoué les pronostics en arrivant en tête pour quelques centaines voire dizaines de voix.

« Évidement j’accueille ces résultats avec déception dans la mesure où la campagne a été très bien accueillie, je pense, par les Français : c’est une campagne qui aura été menée de bout en bout sans faute avec beaucoup d’enthousiasme », déplore Laurent Morin, le responsable RN du département. Il dénonce notamment un certain climat de fatalité autour de cette élection présidentielle : « Sans doute qu’Emmanuel Macron a habitué les Français à avoir des libertés restreintes et donc au final les Français ne retrouvent pas cette liberté, ne retrouvent pas ce courage, ne retrouvent pas cette audace qui permettraient de mettre en œuvre une politique alternative à celle d’Emmanuel Macron c’est-à-dire une politique comme il l’a lui-même nommée d’extrême centre, une politique brutale d’un point de vue social. »

Les regards déjà tournés vers les législatives

La victoire d’Emmanuel Macron ce dimanche 24 avril a également donné, pour les acteurs politiques surtout, le coup d’envoi de la campagne des élections législatives qui se tiendront les 12 et 19 juin prochains. Dès l’annonce de la défaite de son clan, Laurent Morin (RN) a appelé à « une action de remobilisation immédiate » en vue d’imposer une cohabitation à ­Emmanuel Macron.

Talonné par deux blocs en ascension portés par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le président réélu devra effectivement relever un nouveau défi : celui de conserver la majorité à l’Assemblée nationale « pour lui permettre de pouvoir mettre en place ces réformes et le projet qu’il a façonné avec les Français durant cette campagne », lance Karl Olive qui a indiqué qu’il y mettrait « tout son poids ». Pressenti comme candidat sur la douzième circonscription des Yvelines, l’édile pisciacais a fait savoir que sa décision n’était pas encore arrêtée. « Il y a des discussions qu’il va falloir qu’on ait, à la fois avec les collègues ici, mais aussi avec le président et je me positionnerai en responsabilité après cela », explique-t-il.

Dans un communiqué de presse publié dimanche soir, le président LR du Département, Pierre Bédier s’est lui aussi dit soulagé du dénouement du second tour en appelant à construire « une opposition ferme mais constructive, respectueuse du choix des Français tout en proposant un contre-pouvoir indispensable pour permettre des réformes nécessaires, justes, acceptables ».