Un déplacement presque à domicile pour Emmanuel Macron (LREM). Lundi 7 mars, le chef de l’Etat a troqué sa casquette de président de la République durant un peu plus d’une heure et demie, le temps de renfiler les crampons du candidat à Poissy pour donner le coup d’envoi de sa campagne, bouleversée par la guerre en Ukraine. Dans le fief de son fervent soutien local, le maire DVD Karl Olive, qu’il avait chargé d’organiser la soirée, le candidat Macron a levé le voile sur sa stratégie de circonstance. Misant sur la sobriété, il est venu répondre aux questions du panel de Pisciacais sélectionnés par l’édile.

Il est 18 h et alors que le président est attendu dans une trentaine de minutes, les quelques 250 invités, s’installent dans la salle du centre de diffusion artistique où les chaises forment un cercle autour du pupitre central. À peine arrivée, l’assemblée se positionne en deux groupes distincts avec d’un côté une moitié composée de personnalités politiques et d’élus locaux et de l’autre les riverains. « C’est prévu depuis 48 heures, confie en souriant Karl Olive. J’ai reçu un message du président en me disant « et si je commençais ma campagne chez toi, avec toi, dans un format qu’on apprécie qui est le contact direct ». » Au-delà de la proximité affichée publiquement entre les deux hommes, le choix de Poissy n’est pas anodin. Aux dernières élections présidentielles de 2017, Emmanuel Macron avait été plébiscité dans la commune en récoltant 79,64 % des suffrages (près de 75 % de participation) lors du second tour qui l’opposait à Marine Le Pen (RN). Au premier tour, il était également arrivé en tête avec près de 30 % des votes.

Pourtant, alors que le président-candidat lui aurait laissé « totale liberté » sur le choix des personnes à inviter, l’édile pisciacais l’assure, la salle ne lui est pas totalement acquise. « Ici, certains de nos administrés n’ont pas voté pour vous en 2017, ni au premier, ni au deuxième tour », fait-il savoir à Emmanuel Macron dès l’introduction de la soirée. L’annonce s’est plutôt bien vérifiée dans les échanges menés par La Gazette au sein du public. « La Ville nous a sollicitées pour venir, on a répondu à un questionnaire, explique de la méthodologie de sélection, Nadia, une habitante du quartier de Beauregard, engagée un temps dans le conseil citoyen. Pour le moment on vient surtout par curiosité, pour le soutien, c’est à voir, là je ne peux pas dire, j’attends de voir, d’écouter et de là on jugera. » D’autres, en revanche n’ont pas eu cette chance à l’image de Jean Lassalle (Résistons !) également candidat à l’élection présidentielle. Dépourvu d’invitation pour l’événement, ce dernier s’est étonné sur Twitter, du refus qu’il lui a été opposé devant le cordon de sécurité de la salle pisciacaise.

La guerre en Ukraine, l’éducation, le sport et le pouvoir d’achat ont été les grands thèmes des questions posées à Emmanuel Macron.

Venue avec sa sœur, Nadia n’est pas spécialement surprise de voir le candidat débuter sa campagne à quelques pas de chez elle. « Sincèrement, ça ne m’étonne pas du tout, ce n’est pas la première fois qu’il vient, on commence à avoir l’habitude, c’est devenu un ami de Poissy », analysent les deux femmes. En mars 2021, durant la crise sanitaire, Emmanuel Macron s’était effectivement déplacé au centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain pour échanger avec les soignants puis était revenu six mois plus tard pour disputer un match de football caritatif au profit de l’équipe hospitalière.

Installé dans les premiers rangs Serge, lui, le sait : le 10 avril prochain, il donnera sa voix au sortant. « Je suis déjà convaincu, alors bien sûr on n’a pas vraiment encore entendu le candidat, donc il y a de la curiosité, mais je viens plus en tant que supporter », confie cet habitant de l’Île de Migneaux. Et il n’est pas le seul à en croire l’envolée d’applaudissements qui accueille le président à son arrivée dans la salle. Cinq ans après son élection en 2017, la stratégie de campagne d’Emmanuel Macron est radicalement différente. Exit les déplacements de foules ou les slogans criés à pleins poumons, cette année les apparitions du candidat seront inévitablement plus rares en raison de la situation géopolitique. Le rendez-vous se veut ainsi plus « direct » et plus « intimiste ». La sobriété du lieu en atteste : le président sortant n’a pour seul décor que son slogan « Avec vous ».

Le conseiller municipal, David Luceau, l’interroge d’ailleurs sur sa candidature tardive. « Pourquoi ne pas l’avoir fait avant [la guerre] ? Rien ne vous en empêchait et vous auriez eu le temps de faire votre bilan et de présenter votre projet aux Français. » « Ce qui est difficile, c’est d’être en même temps président et candidat, répond le chef de l’État. Pour défendre son bilan on n’a pas besoin d’être candidat, je l’ai beaucoup fait durant mon mandat […] ensuite les propositions il faut les préparer et il faut qu’elles soient audibles […]. Au fond ce que je veux présenter c’est quatre grands pactes au pays, un pacte européen pour défendre notre Europe […], un pacte entre les générations des sujets d’éducation, de santé jusqu’à l’autonomie, un pacte productif pour aller vers le plein emploi et bâtir cette France 2030 à laquelle j’ai commencé à dessiner quelques aspects et un pacte républicain qui consiste à partager quelques lignes de forces sur ce qu’on doit faire en matière d’immigration, de laïcité, de sécurité et d’intégration. »

La guerre en Ukraine, l’éducation, le sport et le pouvoir d’achat ont été les grands thèmes des questions posées à Emmanuel Macron. Ses auteurs, principalement des élus ou des acteurs de la vie locale, n’ont jamais vraiment poussé le candidat dans les cordes. Est-ce une consigne du maire qui avait recueilli et validé les questions à l’avance ? Dans un article publié le lendemain, France Inter pointait la préparation minutieuse de cet échange en publiant les fiches du maire qui détaillent le profil de chaque intervenant et leur question au mot près. « J’ai reçu environ 80 questions que j’ai thématisées personnellement pour gagner en fluidité », s’est défendu Karl Olive sur Twitter en indiquant qu’Emmanuel Macron « n’a jamais voulu connaître les questions (en avance) » et que ces fiches étaient « uniquement mes documents de travail pour gérer la séquence ».