« C’est de l’intimidation », « ils veulent nous museler », devant l’Ehpap L’Île de Migneaux de Poissy, la pilule ne passe pas. Syndicalistes, salariés et même résidents de la maison de retraite, ils sont nombreux à s’être réunis lundi 5 septembre, rue de Villiers, pour soutenir Nadia Boutmar. Dans moins de quatre heures cette soignante de l’établissement pisciacais sera devant le tribunal correctionnel de Paris, assignée par son employeur pour « injure publique ». L’entreprise Korian lui reproche d’avoir arboré un t-shirt provoquant lors d’une manifestation devant la maison de retraite le mardi 8 mars dernier.

Présent ce jour-là, La Gazette avait entendu les maux des salariés qui protestaient principalement contre la dégradation des conditions de travail. Comme à l’accoutumée, drapeaux, banderoles et gilets syndicaux sont de sortie. Pour faire entendre sa colère, Nadia s’était également confectionné un t-shirt détournant le logo passant de deux cœurs à un doigt d’honneur. Sur le torse de la syndicalistes CGT de 64 ans, le slogan de l’entreprise « le soin à cœur » a été lui remplacé par la formule « le fric à cœur ».

Voyant cela, Korian estime que l’image de l’entreprise a été salie. « Le fait que ce geste outrageant et vulgaire soit matérialisé par un détournement du logo Korian donne à cette injure une portée symbolique visant la société et l’ensemble des professionnels qui s’y investissent au quotidien », rapportait le Courrier des Yvelines de la citation écrite par l’avocat de l’entreprise. « Cette action a pour but de protéger les collaborateurs de Korian. Ces salariés en ont marre de voir leur entreprise traînée dans la boue alors qu’elle fait bien son travail, expliquait l’avocat auprès de nos confrères. Je ne remets pas en question la légitimité du combat syndical de Madame Boutmar, mais on peut choisir ses voies ­d’action. »

Présente au milieu de ses soutiens lundi, Nadia Boutmar se dit encore aujourd’hui très surprise par la démarche du groupe Korian. « Quand j’ai reçu l’assignation j’en suis tombée à la renverse, raconte la soignante qui risque une peine pouvant aller jusqu’à 12 000 euros d’amende. On était en plus sur un appel à la grève national, ce t-shirt c’était avant tout pour passer un message : pour crier le ras-le-bol de la profession et donner l’alerte sur les conditions de traitement des ­résidents ».

La syndicaliste juge que Korian a fait d’elle « un exemple » pour décourager les mouvements de grève. « Ils ont les moyens pour nous attaquer en justice mais quand on demande des moyens ou des effectifs pour le bien-être des résidents il n’y a plus personne… », grince celle qui est employée de la société depuis près de 17 ans. Les faits seront jugés lors d’une prochaine audience fixée au 8 novembre par le ­tribunal ­correctionnel de Paris.