
Nous sommes le mercredi 14 janvier dans l’après-midi. Pendant que Catherine bricole, juchée sur son escabeau, Pedro s’affaire dans son arrière boutique à préparer une commande de galettes des rois. Les présentoirs sont remplis de gourmandises, l’odeur du pain flotte dans l’air… Rien ne laisse présager, donc, une fermeture dans quelques heures. Et pourtant, à en croire la rumeur qui circulait depuis quelques jours dans la petite commune de Juziers, la boulangerie locale fermerait ses portes le 15 janvier.
« On a des clients de la commune mais aussi qui ne sont pas du coin qui sont venus prendre le pain et qui nous ont demandé si on allait fermer, s’interroge Pedro. J’avoue, ça m’a mis un petit peu les nerfs. Alors j’ai contacté la Mairie, et en accord avec elle, un démenti a été publié ».
Dans celui-ci, publié sur les réseaux sociaux, la municipalité se veut rassurante. « Vous avez sûrement entendu dire ces derniers jours que la boulangerie de Pedro et Catherine fermait le 15 janvier prochain. Rassurez-vous, il s’agit là d’une rumeur. La boulangerie rencontre certes quelques difficultés mais nos deux artisans se mobilisent pour maintenir leur activité. Ce commerce essentiel restera donc ouvert après le 15 janvier et continuera de faire vivre notre centre-ville ». Un post qui, à l’heure où nous écrivons ces lignes, a rassemblé plus de 200 réactions de soutien de la part des internautes.
Toutefois, Pedro l’admet sans détour : sa boulangerie est en proie à des difficultés. « Mon four m’a lâché au mois de novembre 2024, j’ai dû fermer pendant 10 jours le temps de trouver le financement, raconte-t-il. Du coup, la trésorerie était à plat. Et puis au mois de mai suivant, il y a eu un contrôle d’hygiène, à la suite duquel on a dû fermer pendant une semaine parce que je traitais moi-même contre les souris, et on n’a pas le droit. Depuis, tout est rentré dans l’ordre, mais les dettes se sont accumulées. Alors, pour protéger l’entreprise, j’ai été voir le tribunal de commerce et il m’a fait une procédure préventive, autrement dit une demande d’aide, pour ce qu’ils appellent une période d’observation ».
Entre les galères de ces derniers mois, ou encore la hausse du coût des matières premières et de l’énergie, c’est un euphémisme de dire que le quotidien de Pedro et Catherine est difficile. Mais pour celui qui est également président de l’association des commerçants de la commune, il n’est pas question de baisser les bras. « J’ai toujours l’amour et la passion du métier, assure-t-il. Je n’arrête pas de proposer de nouvelles choses, j’ai prévu de faire des tartelettes à l’orange sanguine avec de la guimauve à la cardamome, des gâteaux au thé matcha aussi, c’est la mode. J’ai plein d’idées, je ne vais pas me laisser abattre ! »