Contre le Mercosur, plusieurs mairies retirent le drapeau de l’Union européenne

Les mairies de Gargenville et de Magnanville ont décidé de ranger au placard le drapeau de l’Union européenne la semaine dernière. Les deux édiles voulaient marquer le soutien envers les agriculteurs, qui manifestent depuis plusieurs mois contre le traité du Mercosur.

Yann Perron

Les agriculteurs français ont obtenu un peu de répit la semaine dernière : depuis décembre, ils manifestent contre le traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et plusieurs pays de l’Amérique du Sud, le Mercosur, composé de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. En effet, les eurodéputés ont voté le 21 janvier – à 10 voix près – la saisie de la Cour de justice de l’UE (CJUE) sur cet accord commercial. Conséquence : le processus de ratification pourrait être retardé de 12 à 18 mois, un temps qui permettrait de remettre tout le monde autour de la table des négociations.

Si un sondage ELABE de décembre 2025 indique que près de 8 Français sur 10 soutiennent les actions des agriculteurs, ceux-ci ont reçu le soutien de deux édiles dans la Vallée de Seine : Yann Perron (DVD) de Gargenville et Michel Lebouc (DVG) de Magnanville. La veille et le jour du vote à Bruxelles, ils ont décidé de retirer le drapeau européen de la façade de leur mairie respective. Un geste sans conséquence puisque non puni par la loi mais à la portée symbolique forte selon eux.

« Je ne me suis jamais positionné pour baisser des drapeaux ou en mettre. Mais quand ça impacte directement le territoire national, il me semblait de ma responsabilité de faire ce geste » justifie le maire magnanvillois. Idem pour son homologue gargenvillois : « On doit beaucoup à l’agriculture française, premièrement pour nos paysages. C’est aussi eux qui nous nourrissent et qui nous nourrissent bien. » Chacun fustige dans ce traité de libre-échange l’importation de viandes non soumises aux mêmes règles que celles du territoire français, un nouveau coup dur pour une profession déjà fragilisée. « Je n’ai rien contre les contrats réalisés dans l’intérêt commun. Quand on fait des échanges de machines-outils contre des voitures, du minerai contre du matériel électronique, énumère l’élu de Gargenville. Sauf que là nous sommes sur quelque chose de très sensible lié à la santé. »

Par ailleurs, selon eux, le Mercosur relèverait également de la schizophrénie, à l’heure où l’on vante la consommation locale. Par exemple dans sa commune, Michel Lebouc a mis en place un commerce de circuit court avec les éleveurs de la Charentonne et l’on peut également citer le programme du Département, C’Midy, qui permet aux denrées yvelinoises de composer à 30 % les déjeuners des collégiens alors pourquoi importer des produits ayant parcouru plusieurs milliers de kilomètres ?

C’est aussi par leur histoire personnelle que les deux élus ont décidé de s’insurger contre ce contrat. Yann Perron est issu d’une famille d’agriculteurs, « j’ai également un beau-frère en Charentes avec une centaine de vaches, harcelé de contrôle et qui n’arrive plus à gagner sa vie ». Quant à Michel Lebouc, sa Bretagne natale est un territoire agricole fort. Les deux maires ne savent pas encore si leur geste fera des émules, ils ont cependant reçu quelques messages de soutien. L’édile d’Issou, Lionel Giraud, qui a certes refusé de retirer son drapeau, a confié à son homologue gargenvillois qu’il n’en pensait pas moins.