« C’est comme un deuil » : ces maires qui basculent dans l’opposition

Si certains maires yvelinois vaincus lors des dernières élections municipales ont préféré jeter l’éponge et prendre du recul sur la vie politique, d’autres poursuivront leur engagement pour leur commune en endossant le costume d’élu minoritaire.

Il est 20 heures, le dimanche 15 mars dernier. Les résultats tombent au goutte à goutte dans les bureaux de vote de la ville d’Issou, et le maire de la commune, Lionel Giraud, commence à se faire à l’évidence : il ne sera pas réélu. Pire, il se classe troisième du scrutin derrière ses deux concurrents, Julien Petit et Denis Gallé. « Ça a été dur, admet-il. J’ai compris tout de suite, alors que mon équipe a plutôt eu le choc après le second tour. Au soir du 15 mars, je savais que j’avais plus de chances de gagner Rolland-Garros cette année que d’être réélu maire ».

Ce difficile retour à la réalité, ils sont nombreux à l’avoir connu dans les Yvelines, le mois dernier. Certains ont fait le choix d’abdiquer durant l’entre-deux-tours, comme Hervé Charnallet à Orgeval et Jean-Pierre Laigneau à Villennes-sur-Seine, éjectés de leur siège par un vote sanction qui a propulsé deux femmes à l’hôtel de ville, Sophie Clerc et Marie-Agnès Bouyssou. D’autres, battus au second tour, ont carrément pris la décision de se retirer, au moins temporairement, de la vie politique locale, et ne siègeront donc pas au conseil municipal. C’est le cas de Laurent Brosse, arrivé derrière Raphaël Prats à Conflans-Sainte-Honorine, et de Raphaël Cognet, délogé de la mairie mantaise par Adama Gaye. « On ne peut pas être et avoir été, et quand on a été vaincu, il faut savoir partir, déclarait l’ancien édile mantais dans la foulée de sa défaite. Dès lundi, je vais changer de vie, et je vais enfin pouvoir consacrer du temps aux choses que je n’avais pas le temps de faire lorsque j’étais maire ».

Pour eux, l’engagement pour leur commune s’arrête là. Mais pour d’autres, c’est le moment d’endosser un nouveau rôle : celui d’élu d’opposition. Une première pour Lionel Giraud, à Issou. Il l’admet toutefois sans détour : lui aussi a pensé à ne pas siéger au conseil municipal. « Mon idée première, c’était de démissionner après le premier conseil municipal. Pour moi, démissionner avant la passation de pouvoir est un manque de respect vis-à-vis des résultats des élections, et même de l’institution. Ça m’a tenu à cœur. Mais finalement, je me suis dit que j’allais rester un peu, car je pense que je serai plus utile au conseil qu’en dehors ».

Être utile à sa commune : voilà précisément ce qui anime l’ancien maire d’Issou au moment de commencer son nouveau mandat d’élu minoritaire, qu’il promet constructif. « Je ne souhaite pas être dans l’opposition frontale, assure-t-il. Avec le maire, on s’est mis d’accord sur quelques dossiers où on était d’accord. Mais je vais être dans l’opposition de proposition, parce que son projet était vide avec de grandes phrases creuses, ce qui fait que tout le monde a compris ce qu’il voulait bien comprendre dans son projet. C’est l’ensemble de son programme qui est comme ça. Il n’y a absolument rien de concret dans son projet, et c’est là-dessus que je vais me positionner ».

« Nous avons fait passer beaucoup de mesures impopulaires pour redresser les finances de la Ville durant le dernier mandat, et on en paye le prix » avance Lionel Wastl. (DR)

Une opposition constructive, c’est également ce que promet Lionel Wastl. Maire sortant écologiste de la commune d’Andrésy, il a connu le même sort que son homologue issoussois, en arrivant troisième à l’issue du premier tour. « C’est comme un deuil, raconte-t-il. On doit dire au revoir aux agents, vider les bureaux… C’est brutal ».

Si Lionel Giraud n’a pas encore su prendre le recul nécessaire pour analyser les raisons de sa défaite, l’ancien maire andrésien a déjà une idée bien arrêtée pour expliquer l’élection de Jean-Pierre Dos Santos. « Nous avons fait passer beaucoup de mesures impopulaires pour redresser les finances de la Ville durant le dernier mandat, et on en paye le prix. Mais je le vis bien, ce n’est pas ma première élection. Quand il y a un vote démocratique, la victoire et la défaite sont légitimes à mes yeux, il faut accepter ça ».

En effet, Lionel Wastl avait déjà siégé dans l’opposition andrésienne de 2014 en 2020, lors du dernier mandat de Hugues Ribault qui comptait notamment dans son équipe… un certain Jean-Pierre Dos Santos, élu le 22 mars dernier. Alors retourner au front, cela ne lui faisait pas peur. « Je n’ai pas du tout hésité, assure la tête de liste d’Andrésy Énergies Renouvelées. Je dois représenter 23% des électeurs. Ils attendent que je sois là pour défendre nos valeurs et nos idées ». Il assumera donc son rôle de contre-pouvoir face à la droite, à l’inverse de Michel Près, arrivé en deuxième position du scrutin avec sa liste Andrésy Réunie, qui a finalement décidé de ne pas siéger dans les rangs de l’opposition.

Parmi les sujets sur lesquels Lionel Wastl promet d’être attentif, il cite notamment l’urbanisme. « D’énormes projets ont été votés et décidés par l’ancienne majorité, donc il retrouve ces projets. Je vais maintenant être vigilant, pour les projets immobiliers de la gare, qui représente 300 logements, et celui des Sablons et ses 450 logements ». Quant à ceux qu’il a initié et qu’il craint de voir tomber aux oubliettes, il cite la réhabilitation de la bâtisse historique du Moussel. En effet, la nouvelle équipe municipale avait annoncé ne pas vouloir la poursuivre lors de la campagne.

Du côté d’Issou, Lionel Giraud assure qu’il se battra contre toute forme d’« immobilisme ». « Lors du dernier conseil municipal, j’ai compris qu’il allait jouer la montre, sur le projet de city-stade par exemple. Mais la Ville ne peut pas se permettre de prendre du retard, j’ai essayé de réparer 20 ans d’immobilisme. Je connais l’état des finances, je sais ce qui peut être fait, je sais ce qu’il faut faire pour faire progresser la ville. Je ne vais pas m’opposer systématiquement, mais je ferai remarquer que ne pas faire certaines choses peut être dommageable pour la ville, à court et long terme ».

Le long terme, justement. Alors que ce nouveau mandat pourrait bien durer 7 ans en raison de l’élection présidentielle de 2032, se pose naturellement la question de la suite pour ces anciens maires désormais opposants. Ce rôle leur servira-t-il à amorcer un retour devant les électeurs pour tenter de récupérer leur siège ? En tout cas, Lionel Wastl ne semble pas du genre à tirer des plans sur la comète. Avant de penser à une potentielle reconquête de la mairie, il se concentrera sur son mandat d’élu d’opposition, et surtout sur son métier d’enseignant, d’autant plus que la transition fut particulièrement compliquée. « Je faisais partie des maires qui continuaient à travailler à côté, cela m’a permis de garder un équilibre. Mais là où j’ai beaucoup souffert, c’est que quand j’ai perdu mon indemnité de maire, je n’ai pas récupéré tout de suite mon temps-plein de prof. L’éducation nationale est tellement rigide sur ces sujets que le lendemain de la défaite, on se retrouve avec la moitié des revenus. Déjà qu’on n’a pas le moral parce qu’on a perdu… »

Pour Lionel Giraud aussi, il semblerait qu’il soit encore trop tôt pour le dire. Bien que l’ancien maire d’Issou ait une idée en tête : « préparer une équipe qui soit prête en 2033 ». Mais quand on lui demande s’il la mènera lui-même, sa réponse est on ne peut plus claire : « je n’en sais fichtrement rien ».