Depuis le conseil municipal du 20 décembre, qui vit la mise en minorité systématique du maire de Villennes-sur-Seine, Michel Pons (DVD), la situation politique villennoise est moins claire que jamais. Dix-neuf conseillers, se disant excédés par une gouvernance dont ils estiment qu’elle manque d’humanité, souhaitent sa démission et une élection interne au conseil. Des élus de la vallée de Seine le soutiennent et montrent, comme une partie des habitants, leur incompréhension.

L’Etat permet à la commune de continuer à fonctionner malgré l’absence de certaines délibérations budgétaires cruciales présentées le 20 décembre. Le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, Stéphane Grauvogel, invite des représentants de chaque groupe politique à une réunion, ce mardi 16 janvier. « Je veux attirer l’attention de tout le monde sur ce que signifie une commune qui ne prend plus de délibérations », indique-t-il samedi dernier, aux voeux du maire.

Ce soir-là, dans la salle où environ 200 Villennois se sont pressés à la cérémonie, l’atmosphère se fait parfois pesante le temps du discours venu. Derrière le maire, et malgré ses exhortations, seuls quelques adjoints et conseillers municipaux sont sur la scène. Les autres, bien présents, préfèrent rester mêlés à la foule. Pour compenser, les élus de communes voisines vont aussi sur l’estrade, derrière le maire entouré des enfants du conseil municipal des jeunes.

Peu avant ces voeux, plusieurs conseillers municipaux ont rencontré La Gazette pour s’expliquer. Marcel Djourno (DVD), conseiller, était sur la liste de Michel Pons. Christine Hanion-Batiot (DVD), conseillère, et Jean-Pierre Laigneau (DVD), 3e adjoint, étaient sur la liste de Jean-Michel Charles (a fusionné avec la liste Pons entre les deux tours en 2014, Ndlr). Carine Duquenne (SE), élue sur la liste de Pierre-François Degand (LREM), est conseillère d’opposition indépendante.

« Nous voulons dire que ce n’était pas un mouvement politique, débute Jean-Pierre Laigneau, même si plusieurs conseillers municipaux sont encartés chez LREM (dont l’ex-premier adjoint Olivier Hardouin qui assure être dans une démarche municipale « apolitique », Ndlr). Il y a un problème de gouvernance, qui nous pose problème à différents niveaux de nos délégations. » Pour Marcel Djourno, les 13 délibérations rejetées seraient le fait d’une « majorité silencieuse » d’élus.

Ils lui reprochent un manque d’humanité dans ses relations aux autres. Ils déplorent l’insuffisance d’informations transmises au conseil en matière d’urbanisme, sujet sensible s’il en est dans cette commune très aisée soumise à des pénalités en matière de logements sociaux. « Ce qui est dit depuis trois ans et demi est que le maire n’écoute pas assez les Villennois et les associations », estime Carine Duquenne, décrivant un édile à l’écoute mais prenant peu en compte les remarques et idées.

L’atmosphère était parfois pesante à la traditionnelle cérémonie des voeux, dans la salle où environ 200 Villennois se sont pressés samedi soir.

Maire sans majorité, dont il se murmure qu’il aurait même proposé à son opposant, Pierre-François Degand, de l’aider à en reconstituer une, Michel Pons, lors de ses voeux, ne dévie pas du discours prévu ou presque. « Je tiens à vous rassurer, la crise des vocations ne semble pas menacer notre commune, indique-t-il seulement, à l’évocation du déclin de l’attrait de la fonction de maire. Je m’en réjouis, ça confirme que Villennes est une ville sympa et agréable à vivre. »

Lors de son discours, il remercie adjoints et conseillers municipaux des dossiers dont ils ont la charge. Plusieurs manquent sur scène, certains le combattent même désormais activement. Seule certitude : la situation est « bloquée », reconnaît le 3e adjoint Jean-Pierre Laigneau. Les frondeurs comptent bientôt décider de la suite, comme le rejet de tout ou partie des délibérations du prochain conseil, ou des démissions provoquant une nouvelle élection.

« S’ils démissionnent, il faut que ceux d’après sur leurs listes ne veuillent pas siéger, et qu’il manque un tiers du conseil (soit dix élus, Ndlr), c’est plus compliqué que de dire qu’on menace de démissionner », analyse Denis Faist (UDI), premier adjoint à Andrésy, présent aux voeux. « Pour les Villennois, c’est contreproductif, juge-t-il sans aménité des conseillers en colère. Je sais qu’au niveau de la communauté urbaine, on défend nos contribuables, et cela, il le fait bien. »

A Triel-sur-Seine, l’étrange situation politique villennoise n’est pas vue plus positivement. « Ceux qui ont généré, directement ou indirectement, cette situation, risquent d’être jugés responsables des conséquences par la population », note aux voeux le 2e adjoint, Frédéric Spangenberg (DVG). Chez les Villennois, c’est l’étonnement qui semble dominer face à cette situation très inhabituelle : « Je trouve tout ça ridicule ! », s’étrangle ainsi un ancien élu quelque peu interloqué.