Dans la résidence sociale de la rue de Buchelay, à Magnanville, des travaux doivent avoir lieu très prochainement. Dans cet ex-hôtel devenu foyer en 2011, le chantier doit transformer les logements familiaux, des T4 de plusieurs pièces, en studios. Si les familles acceptent bon gré mal gré ce déménagement forcé, elles protestent contre le commencement des travaux, avec les désagréments qui vont avec, alors qu’elles n’ont pas encore toutes pu déménager malgré leurs démarches.

Pour l’une de ces familles, cette péripétie s’ajoute à bien d’autres. Exilés de Syrie, les Aech se sont retrouvés en 2014 au foyer de Gargenville, ont obtenu l’asile politique avant de déménager à Magnanville en février 2016. Ils rénovent l’appartement lors de leur emménagement. Lorsque l’opérateur public Adoma (ex-Sonacotra) indique, début 2017, aux familles de son foyer qu’il faudra déménager, ils l’acceptent, mais ne peuvent trouver de logement, même social, faute d’emploi.

Une question réglée depuis deux mois : interprète pour l’armée française pendant la guerre du Golfe, Abdelhamid Aech a été de nouveau recruté comme interprète, à l’aéroport de Roissy cette fois-ci, où il assiste les douaniers. Malgré l’éloignement de son travail, il a accepté un logement social à Epône, mais le bailleur ne peut le libérer de suite car l’appartement nécessite une réfection avant de pouvoir accueillir les parents et leurs deux petites filles.

Alors, il n’a pas vraiment digéré que fin janvier, le responsable du foyer lui indique qu’ils allaient « commencer les travaux », en prévenant que « l’eau et l’électricité pourraient être coupés les jours de travaux ». Deux autres familles sont également concernées, n’ayant pu se reloger pour l’instant. « Je trouve que ce n’est pas normal qu’on commence les travaux alors que nous, on est là », regrette-t-il. Sollicité, Adoma n’a pu apporter de commentaire avant publication de cet article.

« C’est scandaleux !, lâche le maire Michel Lebouc (DVG), qui a rencontré Abdelhamid Aech. Ces familles stabilisent les foyers, les T1, c’est pour des personnes isolées. Et on fait pression pour qu’ils quittent la résidence sociale… » Alors, il a décidé de transmettre directement au sous-préfet le courrier un peu désespéré envoyé par ce père de famille.

L’école de l’aînée, Sham, six ans, a aussi envoyé un courrier pour demander que le relogement soit à proximité. « On fait tout notre possible, ce n’est pas comme si on se reposait sur le fait d’être logés », se désole sa femme. « La France nous a ouvert les bras et nous a accueillis, résume Abdelhamid Aech. Le strict minimum est de s’intégrer et de travailler, on essaie de le faire, mais en parallèle, on veut aussi se loger. »